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La morale laïque : c’est normal Monsieur le Ministre ?

 

 

Chef d'entreprise et fondatrice du cabinet Id&ethics, Isabelle Deflandre livre à Bakchich son coup de gueule moral

 

A l’annonce de Vincent Peillon d’instaurer l’enseignement de la morale laïque à l’école, les sondages ont été dithyrambiques, voire soviétisants, avec plus de 90% d’opinions favorables.

En fait, rien de plus « normal » ! Qui pourrait répondre non à cette question : « Approuvez-vous l'introduction à l'école de cours de morale laïque, durant lesquels seraient enseignés aux enfants les principes et les comportements du 'vivre ensemble' dans notre société».

Autrement dit, comment obtenir une caution éthique en formulant une question qui ne l’est pas ? Car c’est bien d’éthique qu’il s’agit. 

 

Les politiques, à l’instar de NKM, sont souvent hors sujet : "La République (…) est censée garantir le vivre ensemble qui passe par l'attachement à des valeurs politiques. (…) cela sous-entend une véritable réflexion collective sur la morale qui prévaut dans notre société, puisque chaque société humaine se dote de normes qui régissent les comportements publics et privés de ses membres". 

Comme si, en France, la morale ne pouvait s’incarner que par les valeurs de la République : liberté, égalité, fraternité ! Ou encore, comme si elle relevait de la bonne observation des règles et des lois !

Valeurs ou vertus ?

Plutôt que de valeurs, il vaudrait mieux parler de vertus de base: respect, intégrité, audace, responsabilité, responsabilité etc. Au-delà des sourires entendus de ceux qui pensent à la vertu de la rosière, illustrons cela en comparant la valeur d’un aliment par opposition à sa vertu nutritive.

La valeur nutritive d’un aliment s’exprime en calories, en protéines, glucides, lipides et fibres. La vertu nutritive tient moins à sa composition chimique qu’au bien que cet aliment consommé produira sur l’organisme.

En transposant cette image à l’école, l’enseignement de la morale aurait la mission de déclarer, d’ânonner, d’apprendre des valeurs, dont on ne sait pas au juste si elles puisent dans le civisme ou dans la morale bien pensante, mais sans faire appel au libre-arbitre. L’engagement des élèves s’obtient par la mise en œuvre de leurs vertus, encouragées par l’enseignant. Qui méprisera l’importance de l’esprit de solidarité ou de loyauté dans la vie, y compris en dehors de l’école ?

Mais, ainsi que le souligne Ruwen Ogien : «L'école peut apprendre ce que c'est qu'être un bon citoyen, mais elle n'a peut-être pas la vocation et les moyens de rendre les gens vertueux». 

Redonner du sens !

Le plus grave dans cette histoire est que toutes les analyses s’accordent sur le fait qu’il faut "redonner du sens" (au contenu de l’enseignement, à la discipline, aux comportements, …).

Pourquoi a-t-on perdu ce sens ? La seule assiduité à respecter la conformité n’expliquerait-elle pas cet oubli de l’éthique, qui s’incarne par les comportements ? Est-ce que les causes de la disparition de sens sont toujours en place ?

Certes, le Développement Durable chausse des baskets et entre en jeu en devenant une spécialisation (arrêté du 25 juin 2012)  associée aux nouveaux diplômes sportifs.

Or, s’il était bien un domaine où le respect régnait et ce qui en découle :- le fair-play, le courage, l’humilité - c’était dans le monde du sport de compétition. Assister à l’entrée du Développement Durable à l’école du sport, vise donc à intégrer des critères environnementaux mais aussi de RSE, au rang desquels l’acceptation de la diversité et du handicap. C’est un signe. Quel est le sens de cette entré du DD, faux nez et figure imposée par une multitude de lobby, dans le domaine sportif ?

Quid de  l’éthique et donc des comportements ?

Albert Camus méditait cette phrase magnifique de son père : «Un homme, ça s'empêche.» En effet, ce qu’Alain Finkielkraut nomme «la décence ordinaire» consiste à refuser aux individus le droit de se décharger de leurs responsabilités sur les autres et de penser que la source du mal est la société. «A l'école, on doit apprendre à se conduire dignement». Certes. 

Si la finalité est de rendre de futurs citoyens plus aptes à adopter des comportements éthiques pendant (et après leur scolarité), sans doute faudrait-il mettre à contribution des visions, des analyses et des éclairages issus de tous les milieux et ne pas laisser les enseignants s’exprimer seuls, à partir du seul contexte qu’ils connaissent : le monde de l’Education nationale.

En somme, si M. Peillon veut promouvoir la «morale laïque», espérons qu’il la traduise par la faculté, en dehors des seules  valeurs de la République : de «savoir réfléchir par soi-même et s’exprimer exactement, savoir éviter les duperies de la propagande et les malentendus avec autrui, savoir raisonner et prévoir, n’est-ce pas la suprême liberté…?», comme l’avait si bien senti Jacqueline de Romilly ?

 

Isabelle de Flandre

 

Fondatrice de ID&ethics,

société de conseils spécialisée dans l’éthique des affaires et de la RSE.