Interruption du trafic pendant plusieurs jours, motif de grève corporatiste, service minimum battu en brèche… Rebelote. Après leurs déboires sur le RER début novembre, les clients de la RATP ont droit à une nouvelle grève des conducteurs à partir de jeudi 10 décembre.
Cette fois-ci, ce sont les conducteurs de la ligne A qui crient misère pour réclamer quelques émoluments supplémentaires.
A vrai dire, un accablant rapport non public de la Cour des comptes que Bakchich s’est procuré permet de relativiser la situation des agents de la RATP, en particulier celle des conducteurs de RER.
La retraite effective à 53 ans
Travailler à la RATP, où les effectifs augmentent sans arrêt (+4,9 % en sept ans) est assurément une bonne planque. "Avec un bon niveau de rémunération", certifient les magistrats. Encore que le salaire de départ est supérieur au Smic de 98 euros seulement.
Mais les traitements -sur 13 mois, avec une prime d’intéressement, comme dans la privé- croissent de façon automatique. Et bien plus que le coût de la vie ! "Entre 2001 et 2007, le salaire moyen annuel brut a augmenté de 18,65 % soit une augmentation moyenne de 3,1 % par an", écrit la Cour. Bien plus que l’inflation (+1,77%).
La Cour des comptes note par ailleurs que "l’âge de la retraite est fixé à 60 ans à la RATP mais le départ en retraite moyen constaté est de 53,7 ans". Ce qui est possible grâce à un système de bonification… auquel les nouveaux embauchés n’ont cependant plus droit depuis cette année. Tant pis pour eux !
Paris, ville-lumière…
Soucieuse de savoir où elle se situe par rapport aux standards du métier, la RATP s’est même risquée à se comparer à son homologue berlinois. La Cour des comptes a ainsi retrouvé une étude qui avait été présentée au conseil d’administration de l’entreprise en 2007. Plutôt édifiant ! Dans la capitale allemande "un jeune conducteur de métro gagne 1640 euros brut contre 2070 euros (brut) à la RATP". Quand un conducteur berlinois trime "1527 heures par an contre 1286 heures à Paris".
Toutefois, la boîte a resserré la bride, les salaires d’embauche ont diminué de 10 % depuis 2005. "Concernant le réseau de bus, Paris est 50 % plus chère que Lyon et plus chère encore que les plus grandes villes européennes" note la Cour. "Pas étonnant, acquiesce-t-on au ministère de l’Ecologie, depuis quelques années, la RATP a cessé de rendre publiques ses statistiques sur le prix de revient de ses lignes de bus."
Le Graal de la ligne B
Le meilleur concerne le RER, une sorte de Graal pour agents en fin de carrière. Sur la ligne B, leur "temps de travail total comprend un temps de conduite à proprement parler de 2h50, soit une durée extrêmement faible", pointe le rapport. Pour sa défense, la Régie explique que la SNCF ne fait pas mieux !
Pris entre le marteau des syndicats tout-puissants et le marteau d’une tutelle politique qui hait les grèves, le PDG de la RATP a bien peu de marge de manœuvre. En novembre, Pierre Mongin a joliment trébuché au sujet de la grève de la ligne B. En démontrant que le service minimum imposé par Sarko ne tenait pas la route. "Et il a encore dû régler le conflit comme d’habitude, en payant", fulminent les ministères. Les conducteurs ont obtenu la création d’un nouveau grade.
Un laisser-aller que La Cour des comptes brocarde. Jusqu’aux conseils d’administration de la RATP où "les délibérations autorisent systématiquement le président à contracter les emprunts nécessaires (…) sans définir ni le montant des emprunts nécessaires, ni le niveau d’endettement", lequel s’élève à plus de 4,3 milliards d’euros et n’a "cessé de croître". Bigre !
Vu l’ambiance, être fournisseur de ce service public parisien s’avère un bon plan. Bonne fille, la RATP introduit peu de concurrence ou vit une relation fusionnelle avec certains. Après avoir bénéficié d’un contrat de 10 ans, "sans mise en concurrence" jusqu’en 2003, la boîte de pub Euro RSCG est revenue dans le circuit depuis 2006. Cumulant un montant de près de 15 millions d’euros.
Notre document
Travailler à la RATP n’est pas forcément synonyme de bagne. C’est ce que montrent ces bonnes feuilles tirées d’un récent rapport de la Cour des comptes consacré à la gestion de l’entreprise. Il n’était pas destiné à être rendu public mais Bakchich a pu s’en procurer un exemplaire.
Les premières pages qui suivent établissent une comparaison entre les salariés de la RATP et ceux de la société qui gère les transports publics de la capitale allemande Berlin. Le reste du document aborde d’autres aspects fort instructifs : effectifs, évolutions des traitements, conditions de retraite etc. De quoi faire beaucoup de jaloux !
(clic :) Bonus : la note salée des tramways
La construction des tramways de Paris et de banlieue coûte "plus de deux fois" plus cher qu’ailleurs. "En province, [la moyenne] est de 23 millions d’euros du kilomètre", "en Ile-de-France [elle] est de 51,15 millions !" C’est une récente étude confidentielle du Stif, le Syndicat des transports d’Ile de France, qui lance le pavé dans la mare.
Le Stif, qui réunit la région Ile-de-France, les départements et la ville de Paris, conclut que ce dérapage financier est dû au "maître d’œuvre", la RATP. Des délais non tenus ont engendré ces coûts. On comprend pourquoi Jean-Paul Huchon, président de la région, rechigne à donner le feu vert au prolongement du tram des Maréchaux à Paris.
La Cour des comptes éreinte, elle aussi, la RATP pour sa gestion des projets de tramways dont les coûts explosent à chaque fois de façon endémique.
A lire sur Bakchich.info :















