Les éoliennes si présentes dans chacune des campagnes de communication sont ainsi devenues, et par commodité, un exemple concret d’un engagement réel ou supposé en faveur du développement durable. Pour autant le front anti-éolien se structure et ses revendications trouvent désormais un large écho dans les médias.
Une Fronde savamment orchestrée
Les opposants au déploiement de l’éolien auront trouvé en la personne de l’ancien président de la République, Valéry Giscard d’Estaing , un brillant porte-parole. Enfin, et tel un couronnement et en fin d’année dernière, l’Institut Montaigne, Think tank créé par Claude Bébéar, organisait autour de la publication de son rapport consacré à l’éolien, une rencontre avec VGE, Anne Lauvergeon et Corinne Lepage
Le rapport « Éoliennes, nouveau souffle ou vent de folie ? » et sa seconde partie tendant à répondre aux contre-arguments des opérateurs de l’éolien « Pour rétablir la vérité sur le coût de l’éolien » présenté par Vincent Le Biez , élève ingénieur au corps des mines, tel un réquisitoire, interroge ses lecteurs sur les conditions extrêmement favorables accordées aux producteurs (politique de rachat, garantie de rachat à long terme) et sur l’intérêt même de développer une filière française de production d’électricité de type éolien. L’auteur dans une vision franco-française, procède à un amalgame tendancieux entre énergies renouvelables et énergies non carbonées.
Un ancien président et un think tank influent
En effet, la France est la championne mondiale de la production d ’électricité sans émission de CO2, les parcs nucléaire et hydraulique assurant 90 % de la production. Pour autant l’engagement européen est bien d’intégrer à l’horizon de 2020, 20 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique. L’ancien président a eu beau jeu d’amuser l’assistance avec un « si les traités étaient discutés par des ingénieurs et non des diplomates, il y aurait moins de bêtises ». Il était moins inspiré en nous contant son périple à destination d’Orléans « sur l’autoroute vers Orléans, ce n’est que champs d’éoliennes à perte de vue », ayant oublié sans doute que la politique d’aménagement du territoire (maillage autoroutier et voie de trains à grande vitesse) aura été décidée sous sa présidence. Je ne suis par certain qu’il faille établir un palmarès des nuisances, mais pour autant, il n’est par certain que l’éolien monterait sur la première marche.
Areva aurait pu devenir un leader de l’éolien, mais Bercy ne l’a pas suivi
Dans une attitude de singulière compassion envers le développement de l’éolien, Anne Lauvergeon, nous rappelait que toute les nouvelles énergies avaient bénéficié du soutien de l’État, le CEA étant toujours à ce jour, le premier actionnaire de l’Areva. Enfin, et nous indiquant qu’elle n’avait jamais reçu de courrier de protestation que lorsqu’il s’agissait pour Areva d’implanter un champs d’éolienne, et affirmant qu’elle ne croyait que « à l’éolien off-shore ». Anne Lauvergeon aura sans oublié ses tentatives infructueuses de rachat de deux entreprises internationales de fabricants d’éoliennes. L’État ayant mis son véto (en la personne de son ministre de l’Economie Nicolas Sarkozy) à la prise de contrôle de la société danoise Bonus en 2004 , et 3 ans plus tard de l’allemand RE-POWER à l’issue d’une bataille homérique avec son concurrent indien SUZLON. Areva finira par jeter son dévolu sur le fabricant allemand d’éoliennes off-shore Multibrid. Sûre de son passé de sherpa, Anne Lauvergeon n’en aura pas oublié le langage diplomatique, affirmant sans complexe en 2007 que « Nous sommes convaincus d’avoir trouvé avec REpower la bonne entreprise pour participer au développement mondial du marché de l’éolien » et assurant aujourd’hui que seule la solution en mer est compatible à la bonne intégration des parties prenantes.
Une ancienne ministre s’émeut du lobby du nucléaire
Corinne Lepage était bien esseulée. Elle s’en est plainte et alors prononcé le mot de « lobby du nucléaire », dénonçant les amalgames, les erreurs et les faiblesses du rapport de l’Institut Montaigne. C’est cette dénonciation de l’influence d’Areva dans la politique énergétique française qui est à l’origine de cet article. Interrogée par téléphone, elle confirme ces propos « le but en s’attaquant à éolien est en fait de s’attaquer à l’objectif 2026 (réduction de 20 % des émissions de CO2 par rapport aux émissions de 1990), en transformant la notion d’énergie renouvelable en celle d’énergie non carbonée ». Affirmant que le nucléaire « n’est pas une énergie renouvelable, on n’en a, on fait avec, c’est une énergie de transition », elle pense cependant que « la France doit être le producteur nucléaire pour toute l’Europe ».
Pragmatique, elle dénonce cependant le rapport de l’Institut Montaigne, s’inquiétant que le rapport de l’auteur, Élève Ingénieur, « n’ai été validé par personne » et s’interroge sur la non présence du cout de démantèlement de la filière nucléaire dans le rapport.
Lobby Versus Lobby
En quête d’un avis sur les éventuelles pressions exercées par Areva dans le débat, nous avons contacté Gilles Larmaque, directeur Général de la société Anthenor Public Affairs (reperé sur le site de l’AFCL Association Francaise des Conseils en Lobbying et annonçant dans ses références le client Areva). Gilles Lamarque nous affirmant ne pas avoir légitimité pour répondre à nos questions, s’interrogeait malgré sur le rejet sur suscité par l’éolien « une lubie de parisien bobo » et la montée en puissance nationale d’initiatives locales de rejet justifiant par la notion de « not in my backyard » l’idée que l’éolien, c’est très bien mais surtout chez le voisin. Enfin, il nous informait que le Syndicat des Énergies Renouvelables (SER) inquiet de cette fronde venait de s’assurer des services d’un de ses confrères.
C’est ainsi que nous avons interrogé Jean-Philippe ROUDIL, delégué général du SER, dans le cadre d’une interview écrite, celui-ci nous répondit « Le Syndicat fait appel à un consultant extérieur depuis que les projets de lois Grenelle ont commencé à arriver au Parlement. Cette personne effectue une mission de veille sur les projets de textes et d’amendements. En effet, le SER, composé de onze permanents, pour la plupart de jeunes ingénieurs, n’a pas les moyens de disposer dans son équipe d’un salarié en charge des relations institutionnelles qui serait en permanence en charge de cette mission, comme c’est le cas pour les grands groupes ou certaines associations, organisations ou syndicats ».
Une bataille de communication durant la semaine des énergies renouvelables
D’un tempérament suspicieux, je me suis étonné de la « riposte » des anti-éolien moins d’une semaine avant l’ouverture de la « semaine des énergies renouvelables » organisée par l’ADEME, la réponse est pour le moins diplomatique « Nous ne savons pas s’il existe un rapport entre la date de publication du second rapport et le Semaine des énergies renouvelables. La Semaine traitait, comme notre colloque, de toutes les énergies renouvelables et pas seulement de l’éolien. D’ailleurs, lors de l’ouverture de cette semaine, le Ministre d’Etat a confirmé l’objectif de 23 % d’énergies renouvelables dans notre consommation énergétique en 2020 et les 25 000 MW éoliens, indispensables pour y parvenir. »
La poursuite de ces échanges d’amabilité durant l’examen de Grenelle 2 au Sénat
Avant le passage à l’Assemblée Nationale, les sénateurs auront singulièrement mis un frein au développement de parc d’éoliennes. Les éoliennes terrestres rejoindront ainsi en 2011 le régime des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE), ce qui tend à complexifier les procédures d’autorisation. Ces autorisations n’ont effet que pour les éoliennes terrestres, à contrario des parcs marins. Anne Lauvergon ne peut que se féliciter de sa stratégie de l’off-shore.
Poursuite des échanges à l’Assemblée dans le cadre de l’examen du projet de loi.
Vous pouvez retrouver en intégralité les échanges dans le cadre du débat organisé par l’Institut Montaigne en suivant ce lien





