Bonjour Mr Omari,
Merci de l’intérêt qu’a sucité chez vous mon intervention.
Je ne suis pas sûr d’avoir compris entièrement votre thèse, mais je me permets de rajouter quelques éléments à ma précédente intervention..
Vous disiez à raison d’ailleurs, "tous les sois disant patron du renseignement savent à qui ils doivent obeissance".
Or faisons un rapide état des lieux de ces patrons du renseignement :
le ministère de l’Intérieur : je pense qu’on peut se risquer à dire qu’avec à sa tête le duo Benmoussa-EL Himma, cette source de renseignement et le levier d’action que ce puissant ministère représente est largement entre les mains du souverain et de ses proches
la DST : à sa tête se trouve Abdellatif Hammouchi. Il a remplacé à ce poste Mr Harari (qui y fut placé par Laanigri). Pour expliquer la proximité encore une fois de cet homme fort du renseignement avec le souverain, je citerai un journal qui en général s’y connait un peu plus que nous deux réunis en affaires intérieures marocaines et qui ne mache pas ses mots, en l’occurence TelQuel, dans un article titré "Le Roi verrouille les renseignements", je cite "La nomination d’un spécialiste de l’islamisme à la tête de la DGST, l’ensemble des services secrets sous surveillance des hommes de confiance du roi… Mohammed VI quadrille le domaine des renseignements." fin de citation
la DGED : je ne m’attarde même pas sur cet autre maillon du renseignement puisqu’à sa tête se trouve Yassine Mansouri, "copain" et homme de confiance du Roi
le renseignement militaire : jusqu’à présent chasse gardée du Gal Belbachir, ce dernier a été écarté récemment. Il y a fort à parier que cet écartement va accélérer le retour de cette cellule dans le giron royal.
Je pense donc qu’après ce nouveau tour d’horizon, et surtout après la remarque très pertinente de votre part soulignant l’importance du renseignement, je pense que preuve est faite encore une fois de la réalité du contrôle des pouvoirs au Maroc.
Après, naturellement, untel peut être l’homme d’untel, selon les jours et les tendances, Benslimane peut placer un homme à lui, Laanigri peut en faire autant, mais je pense sincèrement que le Roi peut largement se faire une idée de la réalité des choses grâce à la pluralité des sources d’information.
Autre chose, vous m’interrogez sur qui nomme les hauts responsables. Encore une fois, je vous réponds méthodiquement. Communément, il est admis qu’au Maroc, on entend par plus hauts responsables les ministres, les walis, qui sont véritablement les détenteurs des pouvoirs économiques et politiques dans les régions marocaines (ils ont infiniment plus de prérogatives que les préfets français), les directeurs des grandes administrations, les directeurs des grandes entreprises publiques ou semi-publiques etc..
les ministres : au grand dam des démocrates, c’est encore une fois du palais royal que sort le nom du premier ministre, et ce malgré le résultat des élections législatives, la preuve en est la nomination de Mr Jettou, un pur technocrate, au grand désespoir des partis traditionnels (USFP et Istiqlal en tête) qui espéraient voir l’un des leurs accéder à la primature. Qu’on aille pas me dire que c’est le Général Hosni Benslimane qui a décidé de ca encore une fois. Même chose pour les ministères régaliens (AE, Intérieur, Finances), c’est le Palais Royal (i.e. M6 et ses conseillers) qui décident de tout. Admettons quand même que le pouvoir de nommer un 1er ministre et son gouvernement, ca n’est pas rien..
les walis : encore une fois, qui d’autre que le Roi a décidé de désormais nommer des technocrates (Hassar, Kabbaj etc..) à la tête des wilayas ? vous croyez encore que c’est notre vieux Bennani ou encore le valeureux Housni Benslimane qui de sa villa de Bir Kacem prépare sa petite liste et l’impose au Roi ?
idem pour les grandes administrations et les grandes entreprises nationales (ONA, OCP, RAM, ONE, ONCF etc..) tout passe par le palais et rien que le Palais, sans transiter par le commandement de la Gendarmerie Nationale ou encore l’Etat Major, occupé à fouetter d’autres chats.
Pour conclure ce bref chapitre, gérer un pays, avoir le pouvoir sur les affaires d’un pays, n’est ce pas cela ? choisir de manière autocratique, sanas consulter aucun parti ni société civile, des hommes à sa guise ?
Alors après ce long exposé, je reviens Mr Omari sur ma thèse principale pour m’assurer à mon tour que vous ayez compris la finalité ultime de mes propos.
Mon but n’est pas de critiquer le livre de Mt Tobji pour le critiquer. D’ailleurs, je vous donne raison, je ne l’ai pas lu et je vais me précipiter pour l’acheter car je suis preneur du côté témoignage de ce livre(pas du reste). En revanche, je critique de la thèse qu’il soutient (à en croire tous les médias qui en ont fait l’enseignement principal de ce livre) d’un pouvoir concentré entre les mains du Général benslimane.. C’est uniquement ca que je critique. Après je reconnais volontiers la très très grande influence de ce personnage et son poids politique. Mais encore une fois qu’on arrête de fantasmer sur un pouvoir qu’il n’a pas.
Pour votre prochaine intervention, citez moi, concrètement des arguments justifiant votre thèse. Autrement dit, quels sont concrètement, les pouvoirs que Mr Benslimane détient ? Mais attention, des pouvoirs de nature à concerner la gestion des affaires de ce pays (comme ceux que j’ai listé plus haut).
Enfin, pour répondre à une dernière interrogation de votre part, je vis sur la planète Maroc…avec ses contrastes, ses multiples imperfections et ses REALITES, mais aussi ses fantasmes, et vous semblez en avoir gobé certains…