Dans Défense européenne, la grande illusion, Jean-Dominique Merchet pose deux questions : est-ce que l’Europe de la défense est efficace ? Est-elle souhaitable ?
« Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant l’Europe ! l’Europe ; mais ça n’aboutit à rien, ça ne signifie rien… ». C’est pourquoi ce livre est doublement intéressant car son auteur Jean-Dominique Merchet est un journaliste français spécialiste des problèmes de défense. Son blog fait référence. Et il écrit dans Libération, un journal plutôt europhile, voire eurodolâtre. Or, notre expert est plus que sceptique sur l’efficacité de l’Europe en matière de défense.
Inefficace et coûteuse financièrement
L’auteur utilise de nombreux exemples de l’inefficacité de l’Europe de la défense. Il compare, entre autres, deux avions de combat. Le Rafale, une fabrication franco-française, dont 6 exemplaires vont survoler Paris, à l’Eurofighter, né d’une coopération entre quatre pays européens.
En bon connaisseur du dossier, Merchet nous raconte l’histoire par le menu. En 1985, lorsque Charles Hernu décide de faire cavalier seul, les europhiles béas criaient au « choix ruineux et arrogant dicté par Dassault ».
Plus de vingt ans après, le résultat est sans appel. « La France a fait le bon choix, celui de voler de ses propres ailes », et pour ne pas trop se mouiller il n’hésite pas à s’appuyer sur d’autres spécialistes comme « Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman » : « l’idée selon laquelle la coopération européenne réduirait les coûts des équipements militaires ne résiste pas toujours à l’épreuve des faits ». « Un point de vue partagé par la plupart des spécialistes, qui s’accordent à penser qu’un Eurofighter coûte aux contribuables des pays concernés au moins 1,5 fois plus cher qu’un Rafale aux contribuables français ».
Elle ne permettrait pas d’intervenir efficacement
En plus du fait que la dissuasion nucléaire n’est efficace qu’avec « un seul doigt sur un seul bouton », un certain nombre d’autres opérations plus quotidiennes n’auraient pu être mises en œuvre rapidement. Notre président n’aurait pas été capable de donner l’ordre aux Forfusco d’intervenir contre les pirates somaliens, et malheureusement de tuer un otage, voire d’envoyer des renforts en Afghanistan en deux mois.
D’autant plus que quand il faut mettre en place une coopération européenne, certains pays ne font que des efforts très limités. « Le 15 octobre 2007, les 27 se mettent d’accord pour "mener une opération militaire" » pour tenter d’intervenir au Darfour. « 4 Allemands et 5 Britanniques » participeront à la mission. On aurait pu en attendre un tout petit peu plus de la part des deux plus grosses forces armées européennes.
La première phrase du livre servira de conclusion à cet article : « la défense européenne est une illusion. Elle ne verra pas le jour et c’est tant mieux, car c’est une illusion dangereuse. Sa mise en œuvre plus avant aboutirait à plus de gabegie, d’impuissance de renoncement ».
Voici quelques exemples tirés d’un livre qui invite à réfléchir contre les cabris. Un livre comme on aimerait en lire plus souvent.
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