Avec plus de 700 cas confirmés dans le monde, la grippe porcine inquiète de plus en plus l’OMS et les gouvernements. Déclenchant la phase d’alerte 5, les pays les plus touchés espèrent ainsi enrayer la pandémie qui menace de plus en plus l’Europe. Détectée en Amérique du Nord, la grippe a touché 160 personnes, dont une mortellement aux Etats-Unis et au Mexique, pays qui compte, avec 19 décès, le plus grand nombre de victimes, 506 personnes ont été infectées. Rebaptisée par l’OMS « grippe A (H1N1) » pour éviter la stigmatisation de l’Amérique du Nord et l’abattage des porcs estimait « inutile » par l’industrie agroalimentaire, les origines de la grippe restent bel et bien mexicaine, porcine et nord-américaine.
Tout commence en 1994, lorsque sanctionnée et expulsée des Etats de Virginie et de Caroline du Nord pour contamination environnementale,« Smithfield Food », la plus grande entreprise d’élevage et de conditionnement de porcs des Etats-Unis, s’installe au Mexique –devenu la même année membre de l’accord de libre-échange entre les Etats-Unis et le Canada.
Etendue sur une cinquantaine de sites dans l’Etat de Veracruz, « Granjas Carroll », la filiale mexicaine de « Smithfield Foods » a fait, depuis, l’objet de sérieuses plaintes de la part de la population pour ses pratiques d’élevage et de confinement qui mettent en danger la santé publique.
Cochon qui s’en dédit
Récemment encore, les habitants de La Gloria, une communauté située aux environs de la ferme, dénonçaient la contamination de l’eau et les infections respiratoires dont ils souffraient comme une conséquence de l’élevage intensif des porcs. Tandis que le quotidien mexicain La Jornada publiait, en mars 2009, un article sur le décès de trois enfants en bas âge affectés par une maladie respiratoire qui touchait également 60% de la population, sur les trois mille habitants de La Gloria.
D’après le quotidien, des manifestations arborant des photos de cochons barrés d’une croix et portant la légende « Attention, danger : Granjas Caroll », ont eu lieu dans la localité début avril. Et selon le Los Angeles Times, le premier cas confirmé de grippe A (H1N1) avait été détecté le 2 du même mois chez un garçon de quatre ans vivant dans la municipalité de Perote, dans l’Etat de Veracruz, à proximité « d’un élevage de porcs géré par une société américano-mexicaine, Granjas Carroll ».
Ce n’est donc pas un hasard que le foyer ce soit déclaré au Mexique. Pour la grippe Aviaire, il s’agissait de la Chine, un pays émergent et peu regardant sur les normes sanitaires et environnementales. Nul doute alors, que ces élevages industriels soient de véritables bombes à retardement pour les épidémies mondiales.
Une industrie grippée
Devenus les déversoirs des entreprises les plus polluantes qui échappent aux réglementations contraignantes de leurs pays en s’y installant, ces pays émergents économiquement ne peuvent pas refuser ces installations en raison des clauses de protection de l’investissement. Et si les scientistes affirment que rien ne pose de problème de santé tant qu’on n’a pas de preuve scientifique, les exemples ne manquent pas pour nous rappeler le contraire.
A l’époque du libre-échange économique, de l’agrobusiness et du dumping social et environnementale, les conséquences sanitaires, économiques, environnementales et humaines sont réelles. Recherchant davantage de profits, l’industrie agroalimentaire a créé un système alimentaire qui tue pendant que les gouvernements, en rassurant la population, s’assurent qu’elle continue la consommation de ces produits.
« Smithfield Foods », ce géant américain au lourd passif environnemental, a fusionné pour devenir « Campofrio Food Group » qui, selon ses propres termes, est « le leader européen du marché de la charcuterie et l’une des cinq plus grandes entreprises de ce secteur au niveau mondial ». Voilà qui rassure !
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