« Il » va balancer. « Il » va faire trembler la République. Oyé. Oyé. Courrons ce jeudi 12 novembre rejoindre le prestigieux Press Club de France, rue Jean Goujon, à Paris. Révélations fracassantes. Grand déballage. À 14h50, l’officielle voiture déboule. Telle une super star, l’ex-ministre de l’intérieur se fraye un chemin parmi la foule. Bousculade. Pieds écrasés. Visages projetés contre les vitres d’entrées. « Bienvenue au Press Club de France M. Pas… », tente un inconnu, éjecté aussi sec. Rictus des mauvais jours, Pasqua est sérieusement encadré. Course effrénée vers les escaliers. Les plus pessimistes pronostiquent déjà le pire : « Il ne va absolument rien dire, glisse un confrère. Ou bien, il va nous refaire le coup de maître Gilbert Collard pendant l’affaire du cimetière de Carpentras : brandir une enveloppe, dire “J’ai les noms des coupables, ils sont là” – et ne jamais ouvrir le pli ».
« Je peux demander à la police d’intervenir »
La foule est invitée à rejoindre la salle du bas. Plus de 200 journalistes. Trois rangs de caméras aux premiers rangs bloquent toute visibilité. À l’arrière, les souliers crottés grimpent sur les sièges rouges et matelassés du Club. Pagaille. Voix féminine au micro : « Que tout le monde se calme, si on ne s’organise pas un minimum, on ne va pas y arriver. Les caméras ! Mettez-vous sur le côté ». Personne ne bouge. Vingt minutes passent. Les caméras prennent racine. À l’arrière, la mauvaise foi commence : « Y’a même les caméras de la presse étrangère, c’est eux qui gênent tout le monde ».
15h13. Crépitement des flashs. Aveugle, le fond de la salle en déduit que l’homme a fait son entrée. « Mesdames, Messieurs… » C’est elle : La Voix de Pasqua. Elle commence : « Il y a neuf ans, notre pays s’est engagé dans un marathon politico-judiciaire dont nul n’est capable de dire combien de temps il durera, ni comment il se terminera : le dossier des ventes d’armes à l’Angola ». Gênée par les chamailleries de confrères en lutte sur un champ de vision, La Voix interrompt sa lecture. Ton paternaliste de La Voix : « Messieurs, ayez un minimum de respect les uns envers les autres ». La bataille pour sauvegarder son angle de tir continue. La Voix, goguenarde : « Ecoutez messieurs, je peux demander à la police d’intervenir si vous voulez, c’est un peu ma spécialité ». Rires enjoués de la salle. Puis religieuse concentration. Buvons ces paroles censées tuer.
« Cela ne vaut rien »
« Un lynchage médiatique (…) un jugement qui me scandalise et que je n’accepte pas (…) j’affirme que les hautes autorités de l’Etat étaient informées (…) j’accuse Jacques Chirac de ne pas avoir assumé ses responsabilités (…) il en est de même pour Villepin (…) je lève le secret défense à votre intention, des documents vous seront remis tout à l’heure (…) est-ce qu’on m’a bien regardé, moi, me prostituer pour une décoration (…) j’ai décidé de déposer une plainte (…) je demande une déclassification générale pour en finir avec les dossiers qui empoisonnent ».
16h03. Fin de l’historique conférence de presse. Regards hagards et interrogateurs du public. Le débriefing commence : « Ca ne vaut rien, pas une ligne » ; « Il ne dit rien de plus que ce qu’il n’a déjà dit à l’audience ou en interview ». Rien, si ce n’est cette information peut-être : la décision de Charles Pasqua de porter plainte contre le juge Philippe Courroye, alors en charge du dossier.
Et puis, si bien sûr, cette phrase lâchée dans les toutes dernières minutes : « Les gens sont méchants, vous savez ».
A voir sur Bakchich.tv :
Un extrait de la conférence de presse et les dossiers de Pasqua
A lire ou relire aussi sur Bakchich.info :











