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Jingle bells

Copenhague : l'esprit de Noël comme projet politique et économique ?

6 décembre 2009 à 20h03

C’est une délicieuse phrase de Jean-Louis Borloo qui nous fait réagir : "La magie de Copenhague peut opérer". La pensée magique, dans la bouche d’un ministre d’Etat, responsable politique de premier plan, voilà qui est intriguant.

Ceci n’est pas un agenda politique

Désormais que la protection du climat est un incontournable de l’agenda des politiques, par la volonté d’ONG absolument désintéressées et non porteuses d’idéologie ou encore de professionnels des Justes Causes aux modèles économiques avérés durables, il convient et parfois suffit pour les dits politiques de montrer qu’ils s’en préoccupent.

C’est que les médias français s’angoissent, déploient des dispositifs dignes d’un conflit majeur, envoyés et éditions spéciaux inclus, tant pis pour les émissions de carbone (qu’on compensera). Va-t-on réussir à sauver la planète à Copenhague, sommet international de notre dernière chance ?

Pour les politiques par contre, quelle guigne, réduire les émissions de gaz à effet de serre et la pollution qui en résulte coûtera cher en euros, pour les particuliers, pour les entreprises, et donc en voix dans les urnes.

L’idée la plus intéressante mais pas forcément originale en matière de réchauffement climatique consista à faire partager les coûts aux non-occidentaux. Et en aucun cas d’être un exemple à suivre, une inspiration, voire renouveler ses pratiques.

Tant pis si les non-occidentaux ont essentiellement d’autres choses en tête que la protection de l’environnement, comme par exemple accéder à une eau potable, développer un système scolaire, combattre la mortalité infantile. Heureusement, ils peuvent compter sur nous pour leur rappeler ce qu’il convient d’inscrire sur leurs agendas, pour rentrer dans l’histoire.

Ceci n’est pas une réunion de l’OMC

A Copenhague, il n’est question que :

- de fixer des objectifs communs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre pour qu’une norme uniforme mais pas nécessairement équitable de concurrence commerciale s’applique entre occidentaux et non-occidentaux, même si les pollueurs sont les consommateurs occidentaux. Premier sujet au cœur des tensions Nord-Sud,
- de continuer à éluder la question d’une propriété intellectuelle intelligente, deuxième sujet au cœur des tensions Nord-Sud, grâce à un saupoudrage d’aides autorisant seulement à se payer les fabuleuses technologies occidentales à faibles émissions de carbone (le nucléaire donc, qui ne sied pourtant qu’aux nations ayant les moyens économiques et démocratiques d’en maîtriser à long terme les risques …).

Il faudra revenir, malgré tous ces sujets qui donnent mal à la tête, avec de bonnes nouvelles médiatisables :

- les entreprises des méchants pollueurs (BRIC par exemple) vont elles aussi devoir payer, nous ne serons pas les seuls à faire des efforts,
- les entreprises françaises leaders dans le domaine de la faible empreinte carbone vont avoir des opportunités à l’export,
- c’est la tradition française d’aider les plus pauvres, Afrique en tête.

Il s’agira bien sûr de formuler un discours rassurant à l’égard des citoyens angoissés et des médias qui disent relayer cette angoisse (et en train de réaliser leurs dernières ventes avant clôture d’exercice). Discours qui, par exemple, se résumerait déjà donc à "La magie de Copenhague a opéré".

Ceci n’est pas un lapsus

En tout cas voilà un Ministre d’Etat en phase avec la vie ses concitoyens : les vitrines des galeries Lafayette sont prises d’assaut, les municipalités ont allumé les éclairages de fin d’année (forcément écolo-compatibles), ça sent bon le sapin. Et le père noël est scandinave, chacun le sait. Voilà un responsable politique que l’on ne mettra pas en défaut sur le prix de la baguette, à n’en pas douter.

Ou bien alors cette formule était un lapsus, consistant à se réjouir par avance de l’écran de fumée qui, ô magie en effet, aura bien fonctionné cette fois encore. L’on aura réussi à éluder la question qui fâche : changeons-nous réellement nos modes de dysfonctionnements politiques et économiques au moment où tout le monde fait le constat qu’il faut "faire autrement" ?

L’on discute ces jours-ci, plus ou moins intelligemment et élégamment, de notre identité nationale, faut-il inclure à ce débat imposé la question suivante : les français sont-ils des veaux à ce point-là ?

Un Tsunami en provenance de la Californie ? Nivu Nikonu à Pollutec

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