Les 15 et 16 juin, l’assemblée de Corse débattre débattre du PADDUC : le Plan d’Aménagement et de Développement Durable de la Corse.. Mais devant la fronde suscitée par le texte, et l’incertitude quant à son vote par une majorité, Ange Santini, président de l’Exécutif de l’île, a préféré retirer le projet du débat.
Ce document stratégique, qui engagera le futur de l’île, est présenté par le Conseil exécutif de la Corse. M. Ange Santini, le président de cette institution et M. Camille de Rocca Serra, le président de l’Assemblée territoriale, sont les deux principaux porteurs de ce projet. En juillet de l’année dernière, alors que la première version du PADDUC avait été arrêtée, notre journaliste, Enrico Porsia avait révélé, sur Amnistia.net, qu’aussi bien des terrains appartenant à la famille Santini qu’à celle de Rocca Serra « migraient » d’une zone protégée vers des espaces proposés à la « désanctuarisation ». L’information a déclenché un petit séisme sur l’île. Elle a aussi déclenché une réaction très vive de la part de la majorité UMP, qui a même proposé une motion à l’Assemblée de l’île afin de dénoncer le travail d’enquête d’Amnistia.net… et mettre au ban un journaliste !
La terre c’est sacré…et lucratif
Le sujet est bien sensible. Le nouveau plan d’aménagement préconise en effet une forte augmentation des espaces constructibles sur le littoral de la dernière île de la Méditerranée encore préservée. Les associations pour la défense de l’environnement dénoncent un document qui ouvre la porte aux promoteurs immobiliers, souvent sans scrupule, qui attendent avec impatience de pouvoir lancer leurs pelleteuses sur les côtes de l’île de Beauté. Le marché est très lucratif quand on sait que, dans l’extrême sud de l’île, un appartement ou une villa de standing peuvent se négocier jusqu’à 10 000 euros le mètre carré. Très lucratif, quand on sait encore qu’un terrain situé dans une zone inconstructible, dépasse difficilement les 20 euros le mètre carré, mais qu’il pourra facilement trouver acheteur, surtout s’il est face à la mer, à 200 euros… une fois « désanctuarisé ». ! On parle du terrain nu, bien entendu. Ce n’est pas rien de réaliser une plus-value de 1 000 %. Du jour au lendemain.
Inutile de préciser que la perspective de tels gains aiguise pas mal de convoitises.
C’est sans doute un hasard, mais lorsqu’en avril 2008, Richard Casanova, soupçonné d’être un pilier du gang de la « Brise de mer », a été abattu à Porto-Vecchio, les enquêteurs ont retrouvé le projet du Plan Local d’Urbanisme de la ville dans sa voiture.
Une brise venue de la mer
Selon nos informations, M. Casanova, soupçonné d’être déjà présent, à travers des prête-noms, dans différents projets immobiliers de la région, était particulièrement intéressé par l’extension du port. Un projet pharaonique qui ferait de Porto-Vecchio l’un des plus importants ports de plaisance de la Méditerranée. Ensuite, il deviendrait d’une simplicité enfantine d’obtenir le statut de ville balnéaire, un label nécessaire pour permettre l’ouverture d’un casino, afin de distraire les touristes… et faire rêver bien des milieux.
Les enquêteurs étaient tellement intrigués par la découverte du projet de PLU dans la voiture de Richard Casanova, qu’ils ont même effectué une visite à la mairie de la ville gouvernée par le très « roccaserriste » Georges Mela, et plus particulièrement dans les bureaux du service de l’urbanisme.
Bakchich s’est rendu à Porto-Vecchio, où il a rencontré Gérard Bonchristiani. Ce marin pêcheur, aujourd’hui à la retraite, est aussi le président de la principale association de défense du littoral de la commune. Il nous parle de la ville, du président de l’assemblée de Corse et député Camille de Rocca Serra, de son fameux domaine de Punta d’Oru, là où Christian Clavier a bâti sa luxueuse villa, désormais ultra-médiatisée. Il nous explique, enfin, les enjeux de la « désanctuarisation de l’île ». Une « désanctuarisation » qui attire beaucoup d’investisseurs, pas toujours très scrupuleux…
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