Formé à la rude école du Service d’Action Civique (SAC), Charles Pasqua a toujours eu un rapport décomplexé avec les valises de billets. Vendeur de Ricard en début de carrière, Charlie travaillait aussi pour le concurrent italien de la célèbre marque d’apéros ! Et c’est peu dire que plus tard, était devenu le véritable « parrain » d’Alfred Sirven, grand argentier du groupe Elf, et le familier des dirigeants de Thomson ?
Entre truculence et menaces
Môssieu Charles n’aime pas particulièrement l’argent, mais il n’aime pas en manquer. Voici comment l’ancien vendeur de Ricard a créé un des plus puissants réseaux d’influence de la Ve République. Sur fond de rachats de casinos, de cagnottes pétrolières, de réseaux africains et de commissions sur les ventes d’armes.
Tour à tout séduisant et menaçant, Charles Pasqua a su passer à travers les gouttes. En 2002, l’auteur de ces lignes a eu droit à vingt procès pour diffamation et à quelques menaces du préfet Jean-Charles Marchiani, l’âme damnée de Charlie. « Faut lui envoyer les voyous et boum boum, c’est terminé ».
La seule malchance de Charles Pasqua fut de croiser voici une dizaine d’années, dans l’affaire de l’Angolagate, un juge d’instruction tenace du nom de Philippe Courroye. Pour une bête histoire d’un million et demi de francs, le voici qui vient d’être condamné à 3 ans de prison, dont deux avec sursis.
Sur le banc de l’infamie
Face aux 200 journalistes qu’il convoquait le jeudi 12 novembre, Charles Pasqua a fait mine de ne s’intéresser qu’à sa récente condamnation, susceptible d’appel…et donc de mansuétude. En fait, Charlie avait en tête d’autres dossiers, autrement plus graves. En avril prochain, l’ancien ministre d’Etat doit en effet comparaitre devant la Cour de Justice de la Répubique pour trois affaires instruites parallèlement à l’Angolagate (Casino d’Annemasse, Sofremi, Gec Alstom).
Pasqua devrait mis en cause, devant ses pairs, pour enrichissement personnel, et du fait de décisions prises comme ministre entre 1993 et 1995. De quoi expliquer ses menaces. Sur le thème, « je coulerai peut-être, mais pas seul ».
A l’évidence, Jacques Chirac et Dominique de Villepin, qu’il a mis en avant, n’ont plus grand pouvoir pour détourner le cours de l’histoire judiciaire (y compris pour eux-mêmes d’ailleurs). Savant maître chanteur, Pasqua visait, le 12 novembre, le seul Nicolas Sarkozy. Et apparemment, sur ce terrain des affaires, Pasqua et Sarko se comprennent à mi-mot.
Souvenons nous qu’il y a tout juste un an, le chef de l’Etat avait imposé une grâce spéciale pour sortir Jean-Charles Marchiani de prison.
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