Ben Barka selon J. Waterbury :
« Ben Barka n’était pas un homme de gauche doctrinaire et dogmatique bien que ses méthodes fussent à l’occasion progressistes, son vocabulaire typiquement marxiste et ses conceptions politiques autoritaristes. Mais il faisait preuve d’un pragmatisme remarquable pour atteindre ses objectifs. »
Enlévement de Ben Barka selon le général de Gaulle :
Lors de sa conférence de presse du 21 février 1966, déclare : « Du côté français que s’est-il passé ? Rien que de vulgaire et de subalterne. Rien, absolument rien, n’indique que le contre-espionnage et la police, en tant que tels et dans leur ensemble, aient connu l’opération, a fortiori qu’ils l’aient couverte. » Cette fameuse affirmation sera contredite par les découvertes ultérieures : le SDECE (ancêtre de la DGSE) était bien au courant de l’enlèvement projeté. Dès l’enlèvement du leader tiers-mondiste, cette affirmation péremptoire de De Gaulle est mise en doute : comment aurait-on pu transférer un cadavre (ou un homme inconscient) par avion de Paris à Rabat, sans se faire arrêter par la police aux frontières ? En 2006, l’ex-commissaire Lucien Aimé-Blanc publie des écoutes téléphoniques de l’époque montrant clairement que les services français surveillaient tous les hommes ayant pris part à l’enlèvement.
Enlévement de Ben Barka selon Ahmed Boukhari
Selon les révélations de juin-juillet 2001 de l’ancien agent marocain Ahmed Boukhari, Medhi Ben Barka aurait été exfiltré vers le Maroc, torturé, puis son corps dissout dans une cuve d’acide. Toutefois, il n’a pas été encore entendu par la Justice sur ce dossier. Le dossier reste mystérieux et le gouvernement français détient certainement des pièces intéressantes sur le sujet. Selon Ahmed Boukhari, le corps de Ben Barka arrive en effet à l’aéroport international de Rabat dans la nuit du 31 octobre. Il est alors emmené dans un centre de torture, Dar El-Mokri, où, sur les indications d’un certain colonel Martin, chef de l’antenne de la CIA au Maroc.
Le colonel Martin aurait appris cet usage très particulier de l’acide pour faire disparaître les corps dans son précédent poste sous le régime du Shah d’Iran, après le renversement en 1953
Enlévement de Ben Barka selon l’ex-commissaire Lucien Aimé-Blanc
De 1956 à 1959, Mehdi Ben Barka est président de l’Assemblée consultative.
L’ex-commissaire Lucien Aimé-Blanc fut numéro deux de la « Mondaine », de la brigade antigang, de l’office des stups, puis chef de l’office central de répression du banditisme de 1977 à 1980. En avril 2006, il publie L’Indic et le Commissaire et révèle que la totalité des agents impliqués dans l’enlèvement de Medhi Ben Barka était écouté par le SDECE. De fait, Aimé-Blanc publie dans son livre ces écoutes téléphoniques :
« Adjoint de la brigade antigang en 1966, j’ai trouvé dans le coffre du patron une liasse de transcriptions d’une écoute téléphonique répertoriée « Orion 113 » et posée par un service de la Sûreté nationale sur la ligne d’un hôtel de rendez-vous de l’avenue Niel à Paris (XVIIe). À la lecture de ces 40 feuillets, j’ai été stupéfait de constater que c’était le point de ralliement de toute la bande identifiée comme étant les ravisseurs de Ben Barka. Ils apparaissent tous sur ces écoutes, le chef d’escale d’Air France à Orly et indic du Sdece (ancienne DGSE, les services secrets, ndlr), Antoine Lopez, comme les truands Boucheseiche, Figon, Palisse… Il transparaît en filigrane de ces conversations, enregistrées tout le mois précédant la disparition de Ben Barka, que ces individus liés à un général Marocain projettent l’enlèvement d’un homme qui doit arriver à Orly. Il est donc clair que la brigade centrale de recherche criminelle, qui surveillait cet hôtel de passes sans avoir de compétence sur Paris, était au courant de ce projet. À l’époque, ces écoutes remontaient également au ministère de l’Intérieur et au conseiller de Matignon. J’en déduis que le service de la Sûreté nationale qui a branché cet hôtel savait ce qui se tramait, et s’il n’est pas intervenu pour déjouer cet enlèvement, c’est soit par négligence coupable, soit sur ordre.6 »
Les écoutes en question, indique Lucien Aimé-Blanc, n’ont pas été communiquées au juge Zollinger, chargé de l’enquête sur la disparition de Ben Barka. L’Express écrit ainsi que « ces écoutes prouvent, en tout cas, que le ministre de l’Intérieur - au moins - savait qu’une mauvaise action se préparait contre Ben Barka. En outre, les doubles de ces écoutes étaient automatiquement transmis au cabinet du Premier ministre de l’époque, Georges Pompidou. »
Un agent de l’Est ?
D’après les révélations du magazine l’Express du 17 juillet 2007, Mehdi Ben Barka renseignait les services tchèques. Son nom de code, attribué par Zdenek Micke est Cheikh.
qui a tué Abbas Msaâdi (aucune référence sûr)
Toute la lumière doit également être faite sur les assassinats qui ont visé des personnalités amazighes, notamment Abbas Msaâdi, chef de l’armée de libération marocaine, supposée être assassiné par Mehdi Ben Berka et Allal El Fassi, ainsi que sur la disparition du militant et chercheur Boujemaa Hebbaz en 1980".
Références
1. « Un crime protégé par la raison d’État » sur L’Humanité du 29 octobre 2005
2. Extrait du « Recettes islamiques et appétits politiques » de Brahim Labari, pp. 50 – 51.
3. « L’Affaire Ben Barka n’est toujours pas élucidée » publié par L’Humanité du 29 octobre 2005
4. « Un crime d’États », entretien avec Bachir Ben Barka publié par L’Humanité le 3 novembre 2005
5. « L’Affaire Ben Barka n’est toujours pas élucidée » publié sur L’Humanité du 29 octobre 2005
6. « Mon indic a flingué Pierre Goldman », entretien avec Lucien Aimé-Blanc publié par Libération le 20 avril, 2006
7. « Affaire Ben Barka - Le pouvoir savait » publié par L’Express du 13 avril 2006
8. « Quand « Cheikh » renseignait Prague » publié par L’Express du 17 juillet 2007