Y aurait-il des otages plus importants que d’autres pour l’Elysée ?
Michel Germaneau, cet humanitaire enlevé par une des katibat d’AQMI (Al Qaida au Maghreb Islamique) en Mauritanie et dont l’exécution vient d’être confirmée par le chef de l’Etat, n’a clairement pas bénéficié du même traitement que son coreligionnaire et compatriote d’infortune Pierre Camatte, libéré fin février au Mali des mains de la même organisation.
Quand l’ex-otage avait eu droit à une mobilisation de l’ensemble des services et des moyens de l’Etat, avec un Président qui mouille la chemise et joue la carte diplomatique pour permettre aux ravisseurs d’obtenir la contrepartie qu’ils exigent, le septuagénaire enlevé quelques semaines plus tard a du quant à lui subir les effets d’une opération militaire conjointe franco-mauritanienne censée au passage le récupérer….
Difficile de dire aujourd’hui si le funeste sort réservé à cet « homme de bien » comme l’a qualifié le Président Sarkozy est de nature accidentelle – il était cardiarque, et privé de médicaments – ou la conséquence de cette opération. Mais ce qu’on retiendra, c’est la différence de stratégie pour gérer chacun de ces deux « cas », pourtant en de nombreux points similaires.
Pour l’un, Pierre Camatte, c’est l’option de la négociation qui s’est imposée, et le recours au bulldozer de la pression diplomatique sur le partenaire malien pour y parvenir. Quitte à fragiliser le pays et s’asseoir sur ses effets collatéraux. Est- ce parce que ce dernier était particulièrement proches des services secrets ?
Otage à géométrie variable
Les gouvernements de la région, et en particulier algérien, s’étaient en effet émus du tohu bohu diplomatique, accusant la France de faire le jeu des groupes armés dont ils sont les premières victimes et de pratiquer une stratégie à géopolitique variable en matière de lutte antiterroriste dès lors que ses intérêts de politique intérieure sont en jeu.
Pour Michel Germaneau en revanche, c’est le choix de l’attaque militaire, en s’appuyant sur l’armée mauritanienne, avec une prise de risque maximum pour la vie de l’otage. Cette fois, pas question de jouer la seule carte tricolore, et de risquer une nouvelle crise diplomatique dans une zone aussi stratégique : place à la gestion collective sur un mode musclé pour le bénéfice de toute la région, et même du monde. De quoi contenter les gouvernements alliés et partenaires de la zone autour du Sahel, à qui l’armée française vend quand même son expertises et ses équipements. Les mauvais esprits verraient dans la gestion de cette affaire là une belle occasion de rattrapage pour la France, histoire de garantir ses intérêts stratégiques en donnant les gages demandés.
Avec Pierre Camatte, les contreparties sont allées aux preneurs d’otages ; avec Michel Germaneau, elles ont profité aux régimes de la région. Reste ceux dont le sort est encore incertain. Pour les deux journalistes français prisonniers des Taliban depuis sept mois en Afghanistan, c’est une autre option encore qui a été choisie, celle du black out : négocier coûte à la France, attaquer coûte à la coalition internationale en Afghanistan. Ils n’avaient qu’à pas y aller, a grondé l’Elysée, et les libérer fait prendre des risques aux militaires français engagés sur le front. Pourtant, même des agents aguerris de la DGSE sont capables de se faire enlever, comme celui qui reste aux mains du groupe des Shebab en Somalie depuis déjà près d’un an… Négocier, frapper, trainer des pieds : la France n’affiche pas de ligne claire, contrairement à ses amis occidentaux, notamment britanniques et américains et brouille son message. Pas sûr que les preneurs d’otages en prennent ombrage et s’en trouvent dissuadés : Ils n’ont rien à perdre à essayer.
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