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CULTURE / CHRONIQUE CINÉMA

Invictus : l’identité nationale selon Clint

Technicolor / mardi 12 janvier par Marc Godin
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Comment Nelson Mandela a changé une nation. Humanisme, rugby et émotion : Clint Eastwood au-dessus de la mêlée.

Invictus – Tu imagines, Clint Eastwood va avoir 80 piges cette année.

– Tu sais, un jour, quand on lui a demandé s’il avait fait un lifting, il a répliqué, « Si j’avais fait ça, le chirurgien aurait vachement raté son coup, hein ? » J’adore ce mec !

– C’est drôle, après son portrait de retraité raciste et facho dans Gran Torino, il s’attaque à la bio de Nelson Mandela avec Invictus, « Invaincu » en latin.

– Trop fort, ce Clint…

– J’ai cru comprendre que c’était un projet de l’acteur Morgan Freeman.

– Absolument. Cela fait des années que Freeman voulait incarner à l’écran son ami Mandela. Il n’arrivait pas à trouver d’angle. Et il est tombé sur ce livre de John Carlin (Déjouer l’ennemi) où Mandela, fraîchement élu à la tête de l’Afrique du Sud après avoir passé 27 ans dans les geôles de l’apartheid, va se servir de la Coupe du monde de rugby de 1995 pour reconstruire l’unité nationale de son pays, ravagé par le racisme. Freeman a donc demandé à son pote Clint s’il voulait le mettre en scène… Un vrai film de commande.

– Et alors ?

– Le scénario est plutôt malin et suit trois grandes lignes directrices : Mandela, qui va soutenir les Springboks, symboles de l’ancien pouvoir détestés par tous les Noirs, et tenter de remettre son pays sur les rails. François Pienaar, capitaine de l’équipe nationale, métamorphosé par le défi que lui lance Mandela : devenir champion du monde. Et la bande de gardes du corps, Noirs et Blancs, chargés de protéger Mandela.

– Et Clint arrive à dérouler le fil de ces trois intrigues ?

– Absolument. Clint prend son temps (parfois un peu trop), il se balade entre Cape Town et Johannesburg, filme les ghettos, la peur et la haine de l’autre, déjà au cœur de "Gran Torino". Comme c’est Clint, il réussit de très grands moments de cinéma : une caméra qui s’élève, un gros plan sur le rire d’un enfant, une silhouette qui s’éloigne, un stade qui vibre et qui s’enflamme… Il est vraiment le dernier grand classique et il est épaulé par une bande de fidèles - chef op, monteur, costumier, décorateur - qui bossent avec lui depuis 25 ans. Le résultat est admirable. Clint refuse les effets et torche des scènes stupéfiantes. Je pense notamment à ce plan où il te fait comprendre l’apartheid avec un simple mouvement de caméra entre le terrain de rugby des blonds aryens et le terrain de foot pourri des mômes noirs. Cela va sans dire qu’il offre à Morgan Freeman une de ses plus belles partitions. Au bout du compte, comme avec "Million Dollar Baby", il touche en plein cœur.

– Pas trop hagiographique, quand même ?

– T’as parfois l’impression d’assister à l’évangile selon Saint Nelson. Le Mandela de Clint est quasiment un être parfait, humble, bon, visionnaire. Un peu comme notre Président… Les parties de rugby manquent également un peu de souffle et Matt Damon, bodybuildé comme Schwarzy, est tout le temps absent de séquences de jeu. Pas assez doué pour le rugby ?

– Conclusion ?

– "Invictus" parle vraiment d’identité nationale, d’une façon belle et généreuse. Eric Besson ferait bien d’y jeter un coup d’œil.

Invictus de Clint Eastwood avec Morgan Freeman, Matt Damon, Tony Kgoroge, Matt Stern.

En salles le 13 janvier



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