Certains diront que ce n’est que justice ; d’autres, dans une parodie de traduction goguenarde et littérale de la langue de Shakespeare, s’écrient déjà, faussement compassionnels : « Ils n’ont pas eu un gros morceau de chance, n’ont-ils pas ? ». Bref, quelle que soit la manière de l’exprimer, nous tenons une revanche éclatante sur nos amis anglais qu’on accuse souvent ne pas avoir fait preuve de leur fair play légendaire en refusant de voir Paris organiser les JO de 2012. Ils vont en effet payer leur victoire au prix fort et c’est un euphémisme : on ne compte plus les rectifications du coût global du projet dont la dernière estimation se monte – provisoirement – à 9,3 milliards de livres ! Les contribuables britanniques qui supporteront l’ensemble de la douloureuse, déduction faite de 2 petits milliards de £ de financements privés, ne sont sans doute pas au bout de leur peine.
On vient en effet d’apprendre que Gareth Blacker, l’un des membres éminents de l’équipe olympique londonienne, chargé de l’achat des terrains destinés à accueillir les installations du Parc Olympique, vient d’être suspendu avec effet immédiat. La mesure disciplinaire fait suite à une enquête visant à expliquer un modeste écart de 100 millions de livres ( !) dans les comptes de la London Development Agency. (LDA) dont l’une des divisions, le Olympic Legacy Directorate (OLD) s’était vu confier la délicate mission d’indemniser les entreprises et les particuliers de Stratford à l’est de Londres, expropriés dans le cadre du projet olympique.
Des entreprises expropriées sans indemnités
Pour éviter les mesquineries, les terrains réquisitionnés étaient payés sur la base de 10 millions de livres l’hectare, soit, à ce jour, une indemnisation totale de 750 millions de livres… A ce prix là, nos voisins d’Outre-Manche sont devenus très pointilleux sur la superficie de leurs jardinets ! D’autant que le temps presse : 72 des 193 entreprises identifiées comme indemnisables sont toujours en négociation et la LDA doit normalement être dissoute en octobre. Au train où vont les choses, on parle d’une nouvelle structure pour la remplacer puisque dans une enquête distincte, « des engagements financiers additionnels non provisionnés » ont été mis en évidence au début de ce mois. Pour tenter de calmer la colère qui gronde des Londoniens, la LDA vient de faire savoir « que des emprunts supplémentaires ne sont pas nécessaires et que le budget de l’année 2009 serait tenu ». Sans doute une forme de cet inimitable humour anglais…
Une enquête de routine diligentée en décembre dernier à la demande du maire de Londres Boris Johnson avait révélé quelques sujets de préoccupations dans ce domaine. Le couvert a donc été remis plus récemment et une équipe d’auditeurs du cabinet KPMG vient de remettre le nez dans les arcanes du budget sportif londonien : leurs recherches ont été fructueuses ; un écart « de l’ordre » de 100 millions de livres dans la comptabilité du OLD a donc été découvert. Dans le doute, un comptable de l’Agence a également été renvoyé à ses cahiers de vacances… Avec leur exquise distinction « so-british », les services de communication du projet « London 2012 » se sont empressés d’affirmer qu’il n’y avait pour l’instant aucune preuve de malversation. Ça tombe tout de même très mal pour le nouveau maire de Londres qui s’était notamment fait élire sur un programme de transparence financière accrue. L’enquête menée par les experts de KPMG devra évidemment déterminer s’il s’agit d’une erreur ou d’un détournement de fonds. Dans tous les cas, il va falloir trouver « les 100 patates » qui font pour l’instant défaut aux « expropriateurs ».
Le maire-adjoint de Londres poussé vers la sortie
La révélation de cette nouvelle anomalie ne fait que renforcer les critiques du projet pharaonique de la capitale anglaise. Elle fait suite à la démission en décembre dernier de David Ross, le prospère fondateur de la société Carphone Warehouse, qui s’était vu confié par la mairie, en raison de ses exceptionnelles « compétences juridiques et financières » la supervision du budget consacré à l’événement. Ross, qui a donné en garantie d’un emprunt personnel destiné à des investissements « immobiliers et fonciers », pour près de 130 millions de livres prélevées sur les 20% d’actions qu’il détient dans Carphone, se retrouve en situation critique à la suite de la crise immobilière. Il a préféré mettre un terme à ses responsabilités olympiques. La semaine dernière, c’était au tour de Ian Clement, maire-adjoint de Londres, de démissionner à la suite de la découverte d’irrégularités dans l’usage de sa carte bancaire professionnelle approvisionnée au moyen de fonds publics. Bref, le scandale des notes de frais des parlementaires de sa très gracieuse Majesté n’était finalement qu’une mise en bouche…
Le commentaire d’un lecteur de la version internet du Daily Mail du 25 juin 2009, résume bien l’état d’esprit des Londoniens au sujet de l’organisation des JO : « Les Jeux Olympiques sont un énorme gâchis d’argent. Je parie que les Français, qui ne sont pas parvenus à les décrocher, doivent bien rigoler… ». Le malheureux ignore manifestement que nous avons décrété la mobilisation générale en vue d’obtenir l’organisation de l’Euro 2016 de football… et que la France retient son souffle dans l’attente de connaître la destination du grand emprunt national annoncé récemment ; c’est vrai qu’au niveau annoncé de notre déficit budgétaire, une « teuf » de plus ou de moins…
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