Les sorties péremptoires ici ou là au sujet de la méchante Formule 1 et/ou de l’implantation d’un vilain circuit de F1 en banlieue parisienne sont-elles une authentique éco-tartufferie ? Y aurait-il des sports éco-compatibles, d’autres pas ? N’y a-t-il rien d’autre à faire qu’interdire pour réduire l’empreinte écologique ?
Le Tour de France des pollueurs
La caravane publicitaire du Tour de France, qui consiste en un littéral lancé de 16 millions d’objets publicitaires à la figure de 15 millions de spectateurs, est composée de 180 véhicules, 12 gardes républicains, 4 motards, 3 voitures médicales. Le tout généreusement augmenté de 2500 ( !) véhicules accompagnant les coureurs. Avec au total, 3 459,5 kilomètres de course … Mon petit doigt me dit que le bilan du Tour de France, fleuron national, en terme d’émissions de gaz à effet de serre n’est pas très glorieux. Et puisqu’il faudrait ajouter le transport des spectateurs …
Encore moins glamour, évoquons les quantités sans doute invraisemblables d’urine et d’excréments libérés sur les bords de route, direction les sols et les cours d’eau avec pollution assurée, tous les spectateurs n’ayant probablement pas lu les recommandations de l’instructif Comment chier dans les bois. Sans parler des déchets, car vous n’aurez pas manqué les 20 tonnes laissées sur la route du Mont Ventoux le 25 juillet dernier, ramassage à la charge des collectivités inclus.
Comme pour une saison de Formule 1, les équipes cyclistes professionnelles enchaînent Tour de France, Tour d’Italie, Tour d’Espagne, Paris-Nice et autres classiques plus ou moins pavées. Un cycliste professionnel roule environ, entraînement inclus, 30 000 km par an.
Du pain, des jeux, du CO2
En matière d’émissions de gaz à effet de serre et d’évènements sportifs, ce sont les spectateurs qui sont très largement les pollueurs, y compris en Formule 1, pas l’épreuve en tant que telle. Des études plus ou moins fouillées existent au sujet des émissions de gaz à effet de serre : un Grand prix de Formule 1 en Belgique (8 400 tonnes dont « seulement » 1 184 pour les écuries et les journalistes, soit environ 13 % ; voir le document ci-dessous), la Coupe du monde 2007 de rugby en France (570 000 tonnes, dont « seulement » 8% pour le tournoi en tant que tel).
Cliquez sur le document pour le lire :
Quelques autres évaluations existent pour la Coupe du monde de football en Allemagne, mais les périmètres d’études sont souvent très différents et empêchent toute comparaison pour le non-spécialiste. C’est d’ailleurs le même problème pour les entreprises : plus l’on inclut les émissions indirectes, plus l’étude coûte cher et les hypothèses multipliées.
Revenons au Tour de France : 3 459 km parcourus par 2 500 voitures qui émettent 140 g de CO2 par km (estimation moyenne), nous parlons d’une quantité de CO2 de l’ordre de 1 200 tonnes, hors pneumatiques, hélicoptères (sécurité, télévision et VIP), traitement des déchets, objets publicitaires, trajets vers et depuis les hôtels, et bien sûr, les spectateurs ! Pour une seule épreuve du calendrier du cyclisme professionnel.
Certains détracteurs des sports automobiles évoquent une insupportable apologie de la bagnole et/ou de la vitesse, comme de vulgaires néo-conservateurs américains faisant le rapprochement entre heavy metal et ados qui flinguent camarades et professeurs … Raisonnement ne valant pas tripette : dans de nombreux endroits de France, c’est-à-dire presque partout sauf Paris, sans bagnole, tu ne bosses pas, tu ne manges pas, tu ne fais pas de sport, tu ne vas pas à l’école, tu ne vas pas au cinéma, etc.
Si l’on suit le raisonnement de certain(e)s, c’est donc l’ensemble du secteur évènementiel qu’il faudrait supprimer, culture incluse (tournées plus ou moins pharaoniques, festivals, etc.), puisque ayant pour conséquence des rassemblements donc des transports. Les universités et meetings des partis politiques aussi, tant que l’on y est. Un projet de société qui donne envie.
Faire pédaler les sports mécaniques, plutôt que les interdire
BMW démarre très mal son engagement en matière de développement durable : en plus d’être suspecté de fuir la F1 quand les résultats ne sont pas là, ou pire de se servir de l’argument écologique pour supprimer une branche de ses activités (amis khmers verts, vous n’avez encore rien vu de ce côté là, le pire arrive), ils délaissent à n’en pas douter leur seul laboratoire vitrine en matière d’éco-efficacité. Car il s’agit bien d’éco-efficacité : gagnent ceux qui ont roulé le plus vite en économisant au maximum leur voiture (consommation et pneumatiques en tête), leur santé, leur budget.
Si le Tour de France n’a guère de chance de changer la face des Vélib, hormis pour des clubbers aux urines peu claires souhaitant semer la maréchaussée, les sports mécaniques constituent par contre le département R&D roulant le plus à même de nous apporter des innovations (l’arrivée du système de récupération d’énergie cinétique est un exemple récent de ce que nous pourrions retrouver sur nos voitures).
Les politiques et écolos aux postures faciles feraient bien mieux sans doute de s’efforcer de négocier des objectifs environnementaux clairs et vérifiables aux sports mécaniques, ou encore un pourcentage fixe des budgets des équipes réservé à la transposition des innovations technologiques pour les véhicules de monsieur et madame tout le monde, que sais-je encore. Il est ici le courage et le pragmatisme dont il conviendrait de faire preuve.
Car ces sports ne disparaîtront pas de la surface de la planète. Tout comme les voitures. On peut rêver d’un monde meilleur, c’est d’ailleurs souhaitable, mais il n’y aura jamais, je l’espère, dans une démocratie et en dehors du respect de la sécurité d’autrui, des sports qu’il convient politiquement de bannir, et d’autres plus autorisés.
Enfin, il paraît inconséquent de continuer à exonérer les nuisances générées par les actions de promotion ( ?) du développement durable, sauf à légitimer par exemple le vaseux mais juteux business de la compensation carbone (les mêmes, parfois, arborant hélicoptère et moustaches) et, dans le même temps, refuser de considérer que la Formule 1 puisse devenir un investissement (sous conditions, cela va de soi, comme décrit plus haut).
Et après tout, l’intouchable Tour de France n’est sans doute pas si loin d’un sport mécanique :






