Dans le genre, tous les moyens sont bons pour améliorer le tirage, Le Parisien du 3 juin, en bon fumiste, innove en recyclant la mort des autres. Une matière première qui ne coûte rien, ce qui est un paramètre apprécié des managers issus de HEC, ceux-là qui supervisent maintenant les journaux. Sous le titre « Morts en plein vol », 28 photos d’identité viennent jouer les figurants à la « une » du quotidien.
Des visages de gens comme vous et moi qui n’ont rien demandé, ni de mourir aussi horriblement ni de figurer à la première page du Parisien, ce qui constitue une double peine. Avec quand même, people oblige, l’image d’une tête à couronne mise en bonne place au milieu de ce cimetière, celle du « prince » d’Orléans-Braganza. Qu’importe que la famille de ce Brésilien ait été virée du pouvoir par la République brésilienne en 1888… Un prince reste charmant et fait toujours joli sur une couverture de journal. Dans la pathétique galerie, ce sang bleu est d’ailleurs le seul à posséder un nom de famille : « Orléans-Braganza ». Alors que les autres hommes et femmes, scotchés sur la vitrine du tabloïd, n’ont d’identité que la photo, et ne possèdent que des prénoms : Roberto, Marcelo, Eithne… Comme les caissières de Carrefour.
Le 9 mai 1927, le quotidien La Presse est mort pour avoir titré « Nungesser et Coli ont réussi ». Ces deux types étaient des as de l’aviation française, embarqués dans « l’Oiseau Blanc », un biplan de Levasseur, et tentaient la première traversée de l’Atlantique nord. En fait, les deux cinglés sont tombés à l’eau sur les rives du Maine et se sont noyés. Et les lecteurs du journal La Presse ont cessé de donner leurs précieux sous à ce quotidien menteur qui a vite cessé de paraître.
La fable est intéressante dans cette période de grande interrogation sur le déclin du nombre d’acheteurs de nos quotidiens. Et si nos amis journalistes qui s’échinent chaque jour à faire des « Unes » faisaient trop souvent traverser l’Atlantique à des gens, à des idées, des événements qui se sont perdus en mer ?
Pour rester dans la métaphore maritime et meurtrière, le festival de mensonges généré par la catastrophe de l’Airbus 447 est un tsunami. Pourquoi « mensonges » ? Parce qu’écrire sur un fait dont on ignore tout est forcément mentir. Les « experts » que nous aimons tant fonctionnent au régime des 3/8, et n’ont pas assez de temps pour aller de « TF1 » à « iTélé », en passant par tous les maillons des chaînes. Espérons qu’un taxi va engager Sébastien Loeb comme chauffeur afin de faciliter les livraisons de vérités de tous ces mecs qui ne savent rien mais disent tout… Le champion, comme souvent, étant Yves Calvi et son « C dans l’air ». Le zinc à peine à l’eau, le transplanté du velu nous livrait sur un plateau les solutions. Ah ! Et si on retrouve un poil de la barbe de Ben Laden dans la mer des Sargasses…
Et si on formait une cellule de « soutien psychologique » pour réconforter les journaux qui perdent brutalement de l’altitude ?
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