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Call of Duty : Modern Warfare 2 / samedi 28 novembre 2009 par Camille Grandjean
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Le conservatisme ludique et l’ambiguïté politique de Call of Duty : Modern Warfare 2, blockbuster de Noël 2009.

Avec 550 millions de dollars de recettes en cinq jours, soit plus de 6 millions d’exemplaires vendus, le First Person Shooter (FPS, jeu de tir à la 1ère personne) Call of Duty : Modern Warfare 2 (MW 2) développé par le studio américain Infinity Ward vient de créer un nouveau record comme bien culturel le plus vendu de l’Histoire en une semaine tous supports confondus (livres, cinéma, musique).

Il détrône l’ancien tenant du titre, le jeu vidéo GTA 4 et les 5,2 millions d’heures de jeu sur Internet enregistrées dès le premier jour achèvent de prouver l’engouement de la communauté des gamers pour le jeu.

Ces chiffres impressionnants sont à replacer dans le contexte du succès du précédent opus de la série, "Call of Duty : Modern Warfare" sorti en 2007 et vendu depuis à environ 13 millions d’exemplaires.

Le jeu innovait en rompant avec la sempiternelle seconde guerre mondiale pour s’inscrire dans un cadre contemporain et proposait une partie solo émaillée de quelques audaces narratives ainsi qu’un mode multijoueur ultra-efficace ayant grandement contribué à l’attractivité du titre sur le long terme. Deux plus tard, la suite est là et la question suivante se pose : Call of Duty : Modern Warfare 2 mérite-t-il son incroyable succès ?

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Toutes les guerres vidéoludiques se ressemblent…

Si l’on se place d’un point de vue purement technique, "MW 2" est un produit réussi. Les environnements de combat sont variés, vivants et incroyablement détaillés, les animations des personnages sont fluides, le feeling des armes est bon, les niveaux de jeux sont plus ouverts que dans l’épisode précédent et offrent une grande variété de situations d’affrontements, le rythme est effréné et les situations s’enchaînent sans temps mort, maintenant le joueur en permanence en éveil et sous tension.

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Parfaitement maîtrisé et équilibré, le jeu offre de bonnes sensations de FPS aussi bien au joueur console débutant qu’au vétéran des FPS PC à condition pour ce dernier de jouer dans le mode de difficulté le plus élevé. Sur la forme, à l’exception d’un moteur graphique dont les premières rides se devinent, "MW 2" est inattaquable.

Nous pourrions en rester là et décréter qu’il s’agit là d’un jeu très réussi et vraiment divertissant avec un mode multijoueurs dans la droite lignée de son aîné même si l’absence de serveurs dédiés sur la version PC est une pilule un peu amère à avaler pour de nombreux joueurs.

Mais pour que le jeu vidéo accède enfin à la reconnaissance culturelle et sociale qu’il mérite, il faut accepter de le considérer autrement qu’à travers le seul prisme du fun immédiat et de l’entertainment.

En dépit de ses qualités de forme, MW 2 n’apporte strictement rien de neuf au genre du FPS du point de vue ludique. Dans ses pires moments, il se contente même de recycler de manière caricaturale les plus belles audaces narratives de l’opus précédent et de copier l’enchaînement de ses niveaux sur le plan du game design.

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Pour aller encore plus loin, force est de constater que depuis que le génial Half Life (1998) a introduit le traitement cinématographique de l’action par les scripts (des actions déclenchés dans l’univers du jeu au passage du joueur), le FPS en est toujours au même point et MW2 ne fait rien pour apporter quoi ce soit de nouveau au genre.

L’emballage est plus beau, les scripts sont plus nombreux et mieux intégrés mais sous la façade technologique l’expérience de jeu reste quasiment la même qu’il y a 10 ans. C’est d’autant plus regrettable que plusieurs jeux ont montré avec brio qu’il était possible de renouveler le genre du FPS soit le fusionnant avec d’autres types de gameplay comme le RPG (Ex : Deus Ex-2000), soit en offrant un environnement de jeu ouvert (S.T.A.L.K.E.R-2007) ou en se livrant à une passionnante réflexion sur le genre du FPS en lui-même (Bioshock-2007). Ce dernier jeu par exemple pointait du doigt la contradiction entre le désir de puissance du joueur de FPS et son statut de pantin manipulé par une expérience linéaire offrant l’illusion du choix.

Rien de tout cela chez MW 2 qui en jouant la carte du premier degré et de la linéarité n’est au final rien d’autre que la version vidéoludique des montagnes russes avec la montée d’adrénaline et l’ivresse de la destruction virtuelle et massive comme seules émotions à offrir au joueur vivant la guerre comme un spectacle, les fesses au chaud sur son canapé.

Entre Bush et Obama mon cœur balance…

De plus, en choisissant d’ancrer le jeu dans un futur extrêmement proche et d’envoyer le joueur sur des théâtres d’opérations symboliquement sensibles comme l’Afghanistan, MW 2 invite à une lecture politique des plus troublantes.

La première mission du jeu par exemple nous place dans un convoi patrouillant les rues étroites d’une ville afghane à la recherche de miliciens. Quelques secondes plus tôt, le briefing nous informait que « nous leur apportons la démocratie et cela vaut plus qu’une colonne de blindés ». Soudain, les ennemis surgissent et pris par surprise, le joueur meurt bêtement. Il se retrouve alors avec une magnifique citation de Dick Cheney sous les yeux le temps que la partie reprenne. On se dit alors que le jeu doit être sponsorisé par Fox News et qu’il s’inscrit clairement dans le courant de pensée néoconservateur américain.

Or, quelques twists plus tard, on apprendra que le méchant terroriste n’est pas celui que l’on croit mais que le véritable ennemi serait plutôt à chercher du côté du haut commandement allié. Notre mentor nous explique ensuite d’un air entendu que « ce sont les vainqueurs qui écrivent les livres d’histoire et qu’il ne faut pas laisser leurs mensonges entrer dans les livres » et à la suite d’une autre mort, c’est une citation de Mark Twain qui s’affiche à l’écran : « Etre un patriote, c’est défendre son pays quoi qu’il arrive et son gouvernement quand il le mérite ».

Au final, impossible de comprendre quoi ce que soit à ce bordel idéologique sans nom qui mélange un discours politique totalement incohérent à des rebondissements indignes de la plus mauvaise des séries B, comme si le jeu voulait désamorcer toute tentative d’analyse politique sérieuse tout en tirant les bénéfices de son approche militariste et faussement partisane.

Alors ? "Call of Duty : Modern Warfare 2" est un FPS américano-centré, linéaire, militariste, abordant des problèmes géopolitiques majeurs sous l’angle de la série B décomplexée et par-dessus le marché, un copier/coller peu inspiré de l’épisode précédent.

Sachant cela, la seule vraie question est : allez-vous l’acheter à Noël comme tout le monde ?

Call of Duty : Modern Warfare 2

Développé par Infinity Ward et publié par Activision

Disponible sur Xbox 360, Playstation 3 et PC

Prix de vente : 70€ environ

C’est pour vous si vous avez aimé : "Call of Duty : Modern Warfare", "Call of Duty : World at War", "Halo", "Killzone 2".



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5 MESSAGES

Forum

  • La drôle de guerre
    le lundi 30 novembre 2009 à 09:37, Camille Grandjean a dit :

    Bonjour Nikobo,

    Merci pour cette correction, la date de parution d’Half Life est en effet 1998. Toutes mes excuses pour cette erreur.

    Cordialement

  • La drôle de guerre
    le samedi 28 novembre 2009 à 16:10, Camille Grandjean a dit :

    Bonjour,

    Merci pour ces commentaires encourageants. Pour répondre à Cyril : J’ai volontairement omis de parler de parler du niveau "No Russian" car il a déjà trop contribué à éclipser le contenu également polémique du reste du jeu. Un développeur le justifie en disant que c’était important en tant que pivot narratif et émotionnel. C’est bien là le problème.

    Traité correctement, le même niveau aurait pu complètement faire basculer la perception du jeu et son message en interrogeant le joueur sur son rapport à la violence virtuelle et sa tolérance de celle-ci. Le problème une fois de plus et le traitement au 1er degré sans interrogation sur le sens de l’expérience.

    Pour Nikobo, J’ai envie de reprendre la phrase Clémenceau : "Le jeu vidéo est trop important pour être laissé à la seule presse spécialisée". Le problème, c’est que les journalistes généralistes qui ont la culture et l’amour du jeu sont aussi rares que les doigts sur la main d’un manchot Question de génération sans doute.

    Si ce que vous lisez sur Bakchich vous plaît, faîtes passer le message. Ce n’est que comme ça que les choses peuvent changer.

    Cordialement

    • La drôle de guerre
      le dimanche 29 novembre 2009 à 20:01, Nikobo a dit :
      Juste un détail : Half Life premier du nom ne date pas de 1997 mais de 1998.
  • La drôle de guerre
    le samedi 28 novembre 2009 à 12:36, Nikobo a dit :
    Merci pour cet article intelligent ! Étonnant de trouver les remarques les plus pertinentes sur le sujet dans un site pas du tout spécialisé jeu vidéo. Y’en a que ça devrait faire réfléchir…
  • La drôle de guerre
    le samedi 28 novembre 2009 à 11:08, Cyril_MECO a dit :

    Enfin un bon papier sur le sujet ! On avait eu ça déjà (pour partie), mais je suis un peu partie prenante du site, donc moins objectif. et les émissions qui fleurissent sur le net, même spécialisées, même celles des rédactions les plus "pros" du jeu vidéo, même en invitant des journalistes du "monde.fr" ( !) n’étaient pas parvenues à poser de vraies questions.

    Dommage pour le coup, de ne pas lire une analyse de la politique de l’éditeur concernant la "mission" "polémique" "pas de russe", sur son rapport à la réalité, et quand bien même il s’agissait un buzz orchestré de toutes pièces.

SITES CHOUCHOUS
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