Laroussi Oueslati, président de l’université de Toulon, et Pierre Sanz de Alba, vice-président du conseil d’administration et Yves Lucas, Vice-Président du conseil des études et de la vie universitaire ont été suspendus, lundi 19 octobre, de leurs fonctions électives par la ministre de l’Enseignement supérieur.
Valérie Pécresse a ainsi tiré les conséquences d’un rapport complémentaire de la mission de l’Inspection générale de l’administration de l’Education nationale qu’elle avait requis à la suite de "présomptions de dysfonctionnements consécutifs à la décision de lancement d’une procédure disciplinaire" contre le président de l’université de Toulon dans le cadre d’une enquête sur un éventuel trafic de diplômes dans l’université.
La riposte
En Ingémédia (Institut d’ingénierie des médias), une Assemblée Générale (AG) a été organisée par des professeurs pour restaurer l’image des suspendus… et lessiver le cerveau des étudiants. « L’AG ressemblait à de la pure propagande, confie Yoann, inscrit en master. Cela a peut-être fonctionné avec les étudiants qui ne lisent pas la presse, mais pour les autres, c’était grotesque. Des profs dont les cours abordent d’habitude la presse nous ont cette fois parlé de la "désinformation des médias" et de "complot". J’étais déçu de les voir aussi bidons. »
« Il y a des moutons pour signer »
Autre bastion retranché de la garde Oueslatienne, la fac de Droit. Des profs y font signer une curieuse pétition. « Après avoir semé le trouble et la division au sein de l’université, Valérie Pécresse, ministre de l’enseignement supérieur, suspend l’équipe présidentielle et signe la disparition de notre université. Nous, personnel de l’USTV (université du Sud Toulon Var), exigeons la réintégration immédiate de notre président Laroussi Oueslati et de nos deux vice présidents : Pierre Sanz de Alba et Yves Lucas ». Un autre étudiant commente discrètement sur le parvis de la fac « J’ai demandé à mon prof si j’allais avoir une meilleure moyenne une fois la pétition signée, histoire de rigoler, mais ça ne l’a pas fait rire du tout. Ils veulent un maximum de signatures et il y a pas mal de moutons pour signer, parce qu’ils ne veulent pas être mal vus ». Mais selon Claude Chesnaud, syndicaliste UNSA, « cette pétition est le fait d’une minorité et n’aura aucune portée ».
La fac n’aura été orpheline de sa présidence que cinq jours. Vendredi 23 octobre, un homme s’est inscrit en faux contre le fond de cette pétition. À peine nommé par Valérie Pécresse « administrateur provisoire » de l’USTV afin de « rétablir la sérénité à l’université(…) pour lui permettre de fonctionner normalement », Philippe Tchatmitchian a organisé une rencontre réservée à la communauté universitaire. Bakchich y était (voir encadré)
Verbatim
« C’est beaucoup plus grave que d’avoir détourné quelques dizaines de milliers d’euros »
« Il est très important de ne pas sous estimer la gravité des faits relatifs à l’admission d’étudiants étrangers. Parce que ce qui a été fait, quelque soit les responsables, remets en cause la valeur des diplômes et le principe de reconnaissance. Dès l’instant que vous avez des gens qui sont admis en M2, alors qu’ils ont échoué avec une note indécente en L1 ; que leur dossier ne contient pas la moindre attestation du moindre diplôme français ou étranger d’un niveau à peu près équivalent à celui d’un M1 ; et bien vous bafouez la valeur des diplômes. Il y a remise en cause du principe d’égalité du traitement des étudiants. Prenons l’exemple des étudiants qui ont été refusés à l’entrée en M2 de tel ou tel niveau, en ayant suivi la voie normale, et donc en ayant passé une Licence 1, 2, 3, Master 1. Ces étudiants ont présenté un dossier, leur dossier était moins bon que d’autres, et ils ont été recalés. Puis… d’autres arrivent. Qui n’ont absolument pas dans leur dossier les mêmes garanties de nature académique. Et bien dans ce cas là, le moins que le puissent dire est qu’ils ne sont pas traités sur un principe d’égalité. Le principe d’égalité de traitement est bafoué.
Enfin, l’acte pédagogique lui même est profondément déstabilisé. Imaginez ce que c’est que d’enseigner dans un cours ou vous voyez arriver des étudiants de niveau très hétérogènes, qui arrivent à tout moment de l’année. Imaginez l’effet produit dans une promotion d’étudiants lors qu’ils voient des camarades arriver d’une filière qui échappe aux mêmes critères que ceux auxquels ils ont du se soumettre.
Cet ensemble d’atteinte aux principes touche droit le cœur de notre métier, le cœur de nos missions. C’est en cela que c’est grave. C’est beaucoup plus grave qu’une malversation entre guillemet « banale ». C’est beaucoup plus grave que d’avoir détourné quelques dizaines de milliers d’euros ! Parce que cela touche l’essence de notre mission de formation. Parce que cela touche les principes du service public. »
Le nouveau président a donc fustigé les pratiques de l’ancienne présidence Oueslati, tout en rappelant qu’il n’était « ni juge, ni procureur ». Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, il a été président de l’Université Paul Cézanne d’Aix-Marseille de 2005 à 2008.
« Le président n’est pas là pour soumettre l’établissement dont il a la charge à ses caprices et à ses vues personnelles » a même lancé Tchatmitchian à une personnalité de l’administration, avant d’être applaudi. À la sortie de l’amphi, une phrase revenait sur toutes les lèvres : « L’entendre fait du bien ».
Si le calme semble revenu pour six mois dans la fac de Toulon, une incertitude demeure. Le sort que réservera la commission disciplinaire aux trois suspendus. Une instance délocalisée pour l’occasion dans une autre université, afin de ne pas prolonger les spasmes. Pour Gilles Suchey, prof à l’IUT « Avec ce que vient de dire Tchatmitchian, ce serait incroyable de retrouver dans six mois Oueslati à la même place ». Mais une chose est sûre, Oueslati, lui, croit à l’incroyable. « Vous verrez ! a-t-il lancé vendredi soir en marchant seul dans la nuit du campus. Tout ça n’est qu’une cabale menée contre moi. »
Apparemment, le président suspendu n’aurait pas goûté nos derniers articles consacrés à ses petites manip’ pour éloigner les témoins gênants, dans un aimable message il vient de menacer Bakchich d’un procès pour « injures ».
A lire ou relire sur Bakchich.info :
Le 22 janvier, devant un parterre d’hommes politiques, de présidents d’universités et de chefs d’entreprise, M. Nicolas Sarkozy s’est longuement exprimé sur le thème de la recherche en France. La vidéo de son discours est disponible en ligne.
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