Ce qu’il y a de bien, avec les rumeurs sur la vie des couples fameux, c’est que l’on peut disserter sur l’eau dans le gaz à tous les étages.
Au sous-sol : la naissance de la rumeur (Twitter, les blogs, internet en général, puis "la presse sérieuse" française, et si ça ne suffit plus, la "presse sérieuse" étrangère). C’est toujours l’occasion d’un bon vieux débat de derrière les f@gots sur les vertus comparées du net et du journal imprimé. Et quoi ? Vous voudriez pas une dépêche AFP, non plus ? Faudra se contenter de i-télé en caution mass media sur Le Post : "Ainsi à la fin de l’interview de Chantal Jouanno, nouvelle championne de France par équipe de Kata, la présentatrice conclut : "On ne sait pas si Nicolas Sarkozy a trouvé le temps de féliciter sa secrétaire d’état à l’Écologie". Puis quand le JT évoque les 2 récompenses décernées à Benjamin Biolay aux Victoire de la musique , I-Télé croit savoir que " Carla Bruni a été la première à le féliciter". Les vannes s’ouvrent, on monte.
Au rez-de-chaussée : revisiter les anecdotes plus ou moins récentes au prisme du cocufiage présumé (occasions de se connaître, voyage à deux dans un pays exotique, remise de breloque). Rendez-vous compte : elle a été la première à le féliciter pour son prix, c’est un signe ! Et eux, ils se connaissent depuis tant d’années, et puis elle ressemble à son ex, la brune, tu penses bien que donc.
Quelques marches vers le premier étage : censure et pressions (retrait d’informations, menaces et risques de procès). - En plus le journal qui l’a sorti c’est celui de son "frère" – Mais non c’était un blog – En tout cas ils l’ont retiré.
Deuxième étage : profiter du buzz (écrire un billet comme celui-ci, glisser de fines allusions). Faudrait quand même voir à choper des clics et du lecteur là-dessus, coco. Ou alors, de façon subtile, écrire dans "le Journal de Carla B." du Canard Enchaîné qui se fait fort de ne jamais évoquer la vie privée : "Au fait, pourquoi les tempêtes portent-elles des noms de femme ? (…) Je veille au grain : pas question que le prochain ouragan, s’appelle ’Carla’. Et si c’était ’Chantal’ ? Je jalouse Super-Jouanno, à la fois ministre, mère de famille, tête de liste aux régionales et championne de karaté artistique. A mon avis, elle triche quelque part."
Au même étage, on trouve le titre en couverture de "Point de vue" de cette semaine (journal policé s’il en est, mais polisson quand il veut) : "Carla la superbe", à propos de la réception récente du couple présidentiel à l’Elysée en l’honneur du président russe. Or quel est le titre du dernier album de Benjamin Biolay, sorti en octobre ? "La Superbe" ! Encore mieux : en jetant un œil au Nouvel Obs de jeudi, page 51, qui sont les deux personnalités honorées dans la rubrique "En hausse" ? Je vous le donne en mille : Benjamin Biolay et Chantal Jouanno…
On monte au troisième étage : relancer la polémique sur les journalistes complices du pouvoir, on nous cache tout, on nous dit rien. Et cette photo qui traîne dans la rédaction de –biiiiiiip- pourquoi ils la sortent pas ? Ah ben forcément le patron de –tuuuut- a vécu avec elle jadis alors il est au courant et tu penses bien que donc.
Quatrième étage : le storytelling (timing de campagne, équilibrage des cocufications supposées). Pas de victime apparente, on peut donc balancer sans blesser, l’orgueil des protagonistes est sauf. Mais quand même ça tombe au bon moment cette histoire, non ?
Cinquième étage : défense de la corporation (éthique, déontologie, mauvaise foi). Tandis que la masse grouillante et populacière des internautes se réjouit de la puissance de la rumeur -le fusil à gros sel des foules- quelques dignitaires à carte de presse veulent disperser la manif’. Mais expliquer pourquoi, c’est pas facile. Ainsi Aphatie (RTL) conclut-il son billet par une adresse aux crétins : "Il est probable que plusieurs d’entre vous n’ait rien compris, ou pas compris grand chose, à ce qui précède. Désolé. Indiquer un lien pour vous mettre sur la piste reviendrait à manier l’hypocrisie et le double langage, ce que je ne peux me résoudre à faire."
Les combles : entrer à l’anglaise dans la vie privée des journalistes et des politiques, et des politiques et des avocats, et des voisins des avocates, et des copines des journalistes, etc.
Sur le toit, on aperçoit l’Élysée : Publier un roman à clefs. Adapter le tout en série télé, voire en long métrage avec quelques scènes interdites aux mineurs.
Cinq étages sur sous-sol total, combles aménageables : un bon immeuble de rapport. La rumeur, c’est toujours du solide.












