Une rencontre impromptue ce soir avec une représentante d’un grand groupe du luxe à la française, et sa quasi-certitude que sa belle maison était engagée dans une démarche volontaire de Développement Durable me font réagir.
Ainsi toutes les grandes entreprises contraintes par la loi, dressent annuellement un rapport annuel de Développement Durable (dans les entreprises, on utilise plus aisément le terme de RSE pour Responsabilité Sociale ou Sociétale des Entreprises). Ce rapport contient un inventaire à la Prévert de toutes les actions entreprises (aide à la mobilité, action sur les consommations énergétiques, actions sociales ou mécénat).
Je citai à mon aimable interlocutrice le cas de LVMH qui me semblait être une entreprise prospère et qui malgré tout, n’allait, à mon sens, pas très loin dans son engagement, j’évoquai en particulier l’activité boissons du groupe.
La champagne, culture de la déraison ?
Les grandes maisons de Champagne ont comme principale activité de collecter des raisins auprès de viticulteurs (le plus souvent des coopératives), d’assembler les différents jus obtenus dans de savants mélanges assurant une qualité constante, d’assurer le stockage des bouteilles et enfin de commercialiser les précieux flacons.
C’est ainsi que LVMH pour Louis Vuitton Moët Hennessy, leader mondial des négociants, possèdent des marques prestigieuses telles que Moët & Chandon, Krug ou bien encore Dom Pérignon, réalise un chiffre d’affaires de plus de 3 milliards euros et un résultat opérationnel courant légèrement supérieur au milliard.
Le site de la marque affiche fièrement l’engagement du groupe dans un page dédiée et nous livre la prose volontaire de Bernard Arnault : "Entre LVMH et la protection de l’environnement, la relation est ancienne, naturelle, durable. Comme dans toute activité humaine, nous utilisons l’air, l’eau, la terre qui nous entourent.", une véritable ode à la nature.
Avec la volonté fièrement exprimée de l’actionnaire majoritaire et les moyens donnés par une branche à forte marge (un tiers du CA), l’activité Vins et spiritueux devrait être une formidable ambassadrice de la préservation de l’environnement à la française.
Le fines bulles ne sont si bonnes pour ceux qui vous les procurent
Il semblerait que le tableau soit légèrement à tempérer. La viticulture est la production agricole la plus consommatrice de produits phytosanitaires (les fameux pesticides : herbicides, fongicides et insecticides). Ainsi bien que les surfaces dédiées à la vigne ne représentent que 3,2 % des surfaces totales, les faiseurs de vin utilisent 15 % des pesticides. Les viticulteurs utilisent donc 5 fois plus de produits que leurs confrères céréaliers ou autres éleveurs). Ces pratiques ne sont pas sans conséquence pour les salariés, vous trouverez en annexe un rapport du Ministère de l’Agriculture, je vous livre deux extraits de l’introduction "La viticulture est le deuxième secteur le plus exposé avec près de 22% des cas déclarés. Mises à part les productions sous serre dont le mode de culture reste le plus préoccupant sur ce point, elle est proportionnellement plus concernée par ce risque que d’autres filières. Ceci s’explique notamment … par des fréquentes interventions phytosanitaires pour garantir la qualité de la récolte (de 8 à 15 passages par campagne selon la pression phytosanitaire). Les travailleurs manuels intervenant dans les cultures après les traitements sont également concernés. En effet, 120 cas d’incidents ont été signalés entre 1997 et 2001, avec près de 67% des cas pour les- quels la responsabilité des pesticides a pu être imputée. Avec 49% des incidents constatés, la viticulture est la première filière concernée par ce problème, avec une prédominance de troubles cutanés (41%) et digestifs (22%) dus à des fongicides, pour la plupart irritants ou sensibilisants."
Le groupe LVMH affiche sur son site, non sans fierté, avoir procédé à des actions de sensibilisation et de formation à destination de ses salariés (1700 heures en 2003), elle aura oublié de faire passer le message aux viticulteurs auxquels elle achète les précieux raisins.
On nous cite régulièrement le cas de dames vielles et dignes qui ne consommait comme seul médicament que une flute de champagne quotidienne. Il est assez probable que ces mêmes dames vielles et dignes étaient aussi celles qui avaient les moyens de fréquenter les facultés de Médecine, de se nourrir convenablement et sans doute n’étaient-elles pas de celles qui se tuaient à la tâche.
Un exemple de vraie bonne pratique ?
A contrario, on cite régulièrement, le cas de ces paysans indiens qui se sont regroupés pour produire biologiquement (sans usage des béquilles pharmaceutiques) et équitablement du coton. Ces mêmes paysans sont les mêmes qui ne pouvaient emprunter pour se fournir en intrants (engrais et pesticides) nécessaires à la récolte. Ce regroupement aura permis un échange entre pairs des bonnes pratiques de conduite agricole. Cette frugalité volontaire permet un meilleur équilibre financier de ces exploitants et améliore sensiblement la qualité des terres et des eaux.
Je ne suis pas certain que cela soit une vérité absolue, mais peut-être pourrions envisager que l’exemplarité des bras de la terre d’en bas, soient plus profitables que des déclarations des têtes d’en haut.
Vous trouverez deux annexes à lire :
Le rapport cité dans le corps du texte - Guide pour une protection durable de la vigne - datant de 2005





