Depuis qu’il a soufflé ses 54 bougies, jeudi dernier, Bruno, mon beauf, trouve qu’on le regarde bizarrement dans sa boîte. Comme si son DRH voulait lui signifier que sa date de péremption approche. Rassure-toi, Bruno, le gouvernement est totalement mobilisé sur le sujet. Darcos, Lagarde, Wauquiez, pas moins de trois ministres s’attèlent à remettre au travail les plus de 55 ans. Passé cet âge, 38%, seulement bossent, un des plus bas taux d’Europe.
Pour preuve, les entreprises de plus de 50 salariés ont jusqu’au 1er janvier pour négocier un plan de maintien dans l’emploi et/ou de recrutement de salariés seniors, sous peine de pénalités financières. Pour bien faire passer le message, le gouvernement enfonçait le clou en organisant même, il y a quelques jours, un événement sonnant « la mobilisation pour l’emploi des séniors » avec l’aide de quelques géronto-VIP : Alain Afflelou, Jeannie Longo… La classe.
Le hic, c’est que, dans les entreprises où il est actionnaire, l’Etat semble beaucoup moins apprécier les charmes de l’expérience. Ainsi à France télécom, où l’Etat détient encore 25%, la direction financière devrait provisionner dans ses comptes 2009 près d’un milliard d’euros destiné à ses seniors. Un montant tel qu’il couvre bien plus, tu t’en doutes, que les traditionnels dispositifs d’aménagements de postes pour ceux qui commencent à fatiguer. En réalité, il s’agirait plutôt d’un plan de préretraites qui ne dit pas son nom.
Comme France Télécom n’a pas réussi à dégouter tous ses fonctionnaires âgés, à coup de plan de mobilité forcée, l’entreprise a donc décidé de mettre la main au portefeuille pour faire partir les plus de 57 ans en douceur. Sans que l’Etat, pourtant très regardant depuis quelques semaines sur sa politique sociale ne voit de contradiction avec son plan senior.
« L’Etat a simplement tenu », raconte un syndicaliste, « à ce que le principe d’embauche de seniors soit quand même retenu ». Résultats quelques dizaines d’embauches devraient compenser les 6000 départs attendus. Du grand art.
A la Poste, même scénario. L’entreprise a mis au point un plan pour pousser discrètement mais sûrement ses vieux vers la sortie. Le dispositif d’accompagnement de fin d’activité, DAFA, propose aux anciens, en grande majorité des fonctionnaires, de devancer l’appel. « Cela n’a concerné qu’à peine plus d’un millier de salariés pour l’instant tout simplement parce qu’on n’a pas autant d’argent que France télécom », raconte Alain Barrault, secrétaire fédéral CFDT. L’ouverture programmée du capital devrait bientôt permettre un plan plus ambitieux.
Tu vois Bruno, y’a vraiment pas de quoi s’inquiéter quand tu lis, ça et là, que l’âge légal de la retraite va être à nouveau repoussé : tu seras sûrement viré avant.










