Au Maroc, on a très vite tiqué sur le nom de cette maladie : « influenza al khanazir », khinzir, mot à très forte connotation religieuse signifiant porc, une viande interdite dans la religion musulmane. Aux premières nouvelles de cas de malades recensés ailleurs au Mexique et aux Etats-Unis, le citoyen lambda marocain pensait que cette épidémie touchait exclusivement les non musulmans et les non juifs. « C’est pas pour rien qu’Allah en a interdit la consommation », répétaient-ils en substance. Début juin et aux premières nouvelles de cas détectés dans le monde arabo-musulman, les Marocains commençaient un peu à avoir peur. Surtout des troupeaux de sangliers sauvages qui vivent depuis des milliers d’années dans les forêts du royaume, à Bouskoura, Benslimane ou encore dans l’Atlas. Des battues ont même été organisées afin de mettre fin à la « source du problème ».
Un poste central de coordination
Les quelques éleveurs de porc avaient la trouille craignant certainement un remake des événements de l’Egypte où des troupeaux de porc ont été massacrés alors que l’on répétait partout que la consommation de viande de porc ne présente « aucun danger » pour les consommateurs. Mieux encore, une toute petite minorité de nos citoyens goûtent à cette chair. Au Maroc, six centres d’élevage se partagent ce business pour un cheptel porcin de 4000 têtes. Pris de panique, des éleveurs de la région de Bouskoura et d’El Jadida ont préféré sacrifier les quelques cochons qu’ils possédaient de crainte de contamination. Le premier cas national a été détecté au Maroc le 12 juin, un voyageur provenant de Montréal sur un vol de la Royal Air Maroc. Depuis, les cas vont se multiplier avec une majorité de patients vivant au Canada et aux Etats-Unis. Jusqu’au 24 août, le ministère de la santé a confirmé 124 cas de grippe A/H1N1. Les personnes contaminées sont prises en charge et mis sous traitement dans des hôpitaux de Rabat, de Casablanca et de M’diq. Selon la même source, la plupart des patients traités quittent l’hôpital après traitement. A ce jour, aucun décès n’a été enregistré au Maroc. « C’est une maladie qui fait peur même au personnel de l’hôpital », confie une source de l’hôpital My Youssef à Casablanca, un des centres de santé où des personnes atteintes de grippe porcine sont internées.
De la part des officiels de la santé publique, on assure que tous les aéroports sont dotés de portiques thermiques qui détectent les passagers souffrant de hausses conséquentes de température. D’ailleurs, dans le terminal trois de l’Aéroport de Casablanca réservé pour les vols pour les Etats-Unis et le Canada, les voyageurs sont soumis à un contrôle systématique puisque la plupart des cas de grippe A/H1N1 ont été détectés sur ces destinations. Le ministère de l’Intérieur a indiqué avoir alloué 850 millions de dirhams pour acheter le médicament antiviral « Tamiflu » et distribué des médicaments et des masques antiviraux pour « d’éventuels cas confirmés » dans les postes de coordination régionaux. On assure chez nos responsables de la santé que le royaume a activé un dispositif de riposte de la lutte contre la grippe A. Avec à la clé le renforcement des contrôles sanitaires au niveau de tous les points d’entrée et de la surveillance épidémiologique, clinique et biologique de la grippe commune et des infections respiratoires aiguës sévères. A l’approche de l’automne et de la rentrée scolaire, des stratégies « pour faire face à toutes éventualités » seraient en cours et devraient être drivées par le fameux « Poste central de coordination » (PCC), un comité qui a vu le jour en 2006 pour lutter contre la grippe aviaire et maintenant contre la grippe porcine et présidé par un militaire haut gradé.
Des victimes ailleurs
La grippe porcine a tué des Marocains, toutes des femmes enceintes. A commencer par le décès, le 30 juin dernier de Dalila Mimouni, une jeune femme de 20 ans, première victime de la grippe A (H1N1) en Espagne à l’hôpital Gregorio Marañón de Madrid. Deux semaines plus tard, le cas deviendra encore plus tragique après la mort du petit Rayan, le prématuré à qui Dalila avait donné naissance par césarienne avant sa mort. Cette fois, c’est une erreur professionnelle des infirmières qui en est la cause. Et c’est M6 himself qui prendra en charge le rapatriement de la dépouille du bébé dans une affaire qui avait ému toute une nation. Le 14 août, c’est Fatiha Idrissi Kaitouni âgée de 23 ans qui trouvera la mort à l’hôpital Sacré-Coeur de Montréal des suites des complications dues à la grippe A/H1N1. Deux mois plus tôt, elle s’est présentée à l’hôpital avec une grosse fièvre alors qu’elle était à deux semaines de l’accouchement. Une césarienne sera immédiatement pratiquée. Le troisième décès est enregistré le 22 août encore une fois en Espagne, à Séville d’une autre Marocaine de 39 ans après avoir accouché par césarienne d’une petite fille qui portera le prénom de Najat. Le même que sa maman.
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