Pas possible d’allumer la télé ces jours-ci sans voir la trogne de Dany Boon.
Le cinéma français est financé par la télé. Pour cartonner en salles, les décideurs veulent absolument un comique capable de faire le show chez Denisot, Arthur ou Drucker. C’est pour cela que Jean Dujardin, Kad Merad, Gad Elmaleh, Franck Dubosc ou Dany Boon trustent maintenant le haut de l’affiche.
Et Jamel ?
C’est marrant que tu mentionnes Jamel, il devait être la vedette de Micmacs à tire-larigot. Deux mois avant le début du tournage, il a laissé tomber. Pour une fois, il avait peut-être lu le scénario…
On dirait que tu n’as pas apprécié le Jeunet à sa juste valeur ?
On peut dire ça comme ça.
Alors, le pitch ?
Bazil n’a pas de chance dans la vie. En plus d’avoir un look de clodo Jean Paul Gaultier, son papa a fait boum sur une mine et il a lui-même, logé à l’intérieur de son front, une balle qui peut le faire mourir à tout instant. Avec une bande de chiffonniers bas de plafond, il va se venger des méchants marchands d’armes.
Et ?
C’est tout !
Arrête !
Je t’assure. Comme il faut meubler les 1h 44, Jeunet invente deux ou trois péripéties pour ses caricatures de personnages : une contorsionniste se planque dans un frigo, Dany Boon espionne des malfaisants, passe à travers les cheminées, fait l’Homme-canon …
Ca fait beaucoup de passages dans des conduits sombres et étroits… Où il veut en venir, J. P. J. ?
Nulle part. Jeunet n’est pas un metteur en scène, c’est un enlumineur, un taxidermiste, M. Ripolin du kitsch. Le logo de sa boîte, Tapioca, c’est un opérateur qui tourne la manivelle de sa caméra. Son credo, le cinéma bricolo, le réalisme poétique, les films de Carné/Prévert, revus et corrigés par le numérique. Jeunet fait dans l’esthétique-toc : un diable devant le Moulin-Rouge, les pavés luisants devant un pavillon de banlieue, le canal Saint Martin… Un Paris qui n’existe plus, ou seulement dans le cœur des touristes japonais et des pubards, avec des couleurs Photoshop. C’est parfait pour une pub Chanel, un peu court pour du cinéma.
Lourd, moche et sans grâce
Et Micmacs, qu’est-ce que ça raconte ?
Rien, et c’est ça le problème. La filmo de Jeunet est d’une consternante vacuité. Si Delicatessen pouvait faire illusion, il n’y avait rien dans La Cité des enfants perdus ; Alien la Résurrection, dans lequel Sigou affronte un suppo géant, était une cata ; Un long dimanche de fiançailles, une trahison du beau roman de Japrisot, et le triomphal Amélie Poulain, une histoire d’amour factice et insipide sur fond de poésie à deux balles. Avec Micmacs, Jeunet revisite la série Mission : impossible qu’il transpose dans l’univers rétro-nostalgique-cucul d’Amélie, avec une pincée de slapstick. Son modèle, le cinéma muet. On se poursuit, on tombe, on s’envole… Jeunet rêve de Chaplin et de Keaton mais fait du cinéma à la tronçonneuse, comme Albert Dupontel. C’est lourd, moche, sans grâce et surtout sans âme. La poésie, c’est plus dur à maîtriser qu’un logiciel.
Bah, pas de quoi s’énerver quand même ? Jeunet n’est pas le seul mauvais réalisateur français ?
On ne peut lui tenir rigueur de son manque de talent. Mais ce qui me débecte profondément, c’est sa mégalomanie. Depuis le triomphe d’Amélie Poulain, Jeunet ne se sent plus. Comme Luc Besson ou même Sarko, il voudrait être reconnu pour son génie. Alors dès qu’il peut, il passe ses nerfs sur les critiques, des ignares, des jaloux, incapables de reconnaître son talent. Comme Kaganski, régulièrement qualifié de « merde »…
Conclusion ?
Pour un film qui commence avec le générique du Grand Sommeil, on baille beaucoup…
Micmacs à tire-larigot de Jean-Pierre Jeunet avec Dany Boon, Julie Ferrier, Yolande Moreau, Jean-Pierre Marielle. En salles depuis le 28 octobre










