À la suite des "explications" d’un ministre à propos de son livre exhumé après son intervention en faveur d’un cinéaste de renom.
Le rideau s’ouvre sur un ministre grave dans son élégant veston. La scène, minutieusement préparée, se veut convaincante, touchante, ça transpire la sensibilité. Une magistrale leçon de com’. Bon, là tu es ému coco, ta vie dure, ta famille, tout ça… ça marche à tous les coups ! N’oublie pas, c’est toi la victime, tu souffres énormément, depuis très longtemps… Ta grande solitude… L’émotion, coco, l’émotion… L’œil humide, ah oui, c’est bon, ça !
L’exercice est périlleux, malgré sa longue expérience des caméras, il se trouble un peu, répète en désordre des bribes de phrases qu’on dirait apprises par cœur…
Souviens-toi bien surtout, jamais ô grand jamais tu n’as… Démission ? "Ja-mais !" … "la confiance du président"… Ah zut ! Tu aurais pu compatir avec les mômes de façon un peu appuyée… Bon, tant pis, on s’en fout… Maintenant, tu passes à l’attaque, indignation… Pour finir, l’estocade : "honte" aux accusateurs ! Bien joué coco ! Tu les as eus… Et puis, ça va relancer le bouquin… Génial !
Il parle beaucoup de "honte", le ministre… d’ "honneur" aussi…. Des "parts de vérité", des accents de "sincérité". Mais, qui peut jamais être assuré d’une totale authenticité en la matière ? Les mauvais esprits pourraient y soupçonner manœuvre de séduction, manipulation de l’émotion, dont les pervers savent si habilement user…
Quelques zones d’ombre demeurent dans cette prestation réussie :
si en effet le vocable "garçons" peut englober l’ensemble de la gent masculine ; il est cependant permis de douter qu’afin de s’assurer de leur majorité, les clients vérifient les papiers d’identité des prostitué(e)s… Il paraitrait même qu’en Thaïlande, c’est justement leur jeune âge, leur très jeune âge qui en ferait l’attrait…
informé, documenté, le narrateur, qui parle à la première personne, s’y rend… Et là, il consomme… Malgré ses scrupules et son dégoût, il y retourne…
"Ni roman un récit" ? Les deux ? Quoi qu’il en soit, l’homme qui parle pour lui-même, témoigne…
si en effet, on ne peut se méprendre sur l’âge "d’un boxeur de 40 ans", il dit et écrit : "étudiants", "jeunes", "éphèbes", "…les montagnes de dollars que cela rapporte quand les gosses n’en retirent que des miettes…" Les "gosses"…
Pour le moins troublant, tout ça !
Dans les deux cas qui nous occupent ici, la défense élude systématiquement la question de fond, déplace constamment le sujet.
À propos du cinéaste fameux :
le ministre dit "devoir défendre l’artiste". Ce n’est pas de cela dont il est fait griefs. C’est de ses actes dont l’homme doit répondre.
On glisse sur le terrain de ses souffrances (re). Paranoïa récurrente de philosophe, tabou entre les tabous : "l’antisémitisme"… À toutes les sauces, celui-ci… Quel rapport ?
Haro sur la Suisse.
o Parce qu’elle l’a arrêté très tardivement ? Heureusement que parfois la Justice fait son boulot avec constance !
o Parce qu’elle refuse la liberté sous caution ? Heureusement que quelque part, on écarte la justice de classe !
Haro sur le juge américain (pourquoi l’accusé fuit-il les États-Unis où il est poursuivi ?) qui s’obstinerait, car déjà beaucoup d’argent a été investi dans l’affaire ? Qui voudrait "se payer une célébrité pour se faire mousser".
Possible, mais :
o Il pense peut-être, plus simplement à faire son travail et son devoir jusqu’au bout. J’aurais préféré éviter, mais, pour me faire comprendre des amalgameurs, je demanderais s’il n’est pas juste, souhaitable, courageux, qu’aujourd’hui encore, on pourchasse les criminels nazis ?
Plus simplement, heureusement, il n’y a pas prescription !
o Il pense peut-être, ce juge, à tous les enfants de la planète.
o Il pense peut-être, qu’il est lui-même papa…
On souligne que la plaignante ne l’est plus.
o depuis seulement 6 ans, les faits remontent à 1997…
o et après un "arrangement". Est-ce à dire que comme avec feu le chanteur pop, elle aurait reçu de l’argent pour se taire ? On n’ose le croire !
La gamine violée — c’est avéré — âgée de 13 ans au moment des faits.
o On s’empresse d’ajouter : "presque 14", et même : "en paraissait 25"… Et quand bien même ! Ceci ouvrirait-il alors le droit de la violer ? ? ?
o On la présente de plus, comme une petite trainée exhibitionniste et "consentante"… Et quand bien même ! Elle est mineure. C’est l’adulte le responsable et lui seul ! Et dire qu’on en est encore à devoir répéter ça !…
Classique, de transformer la victime en coupable ! On ne sait plus où culmine la "honte" !
Ailleurs, on glisse sur le terrain de "l’homophobie" ?
— Non, non, Monsieur le ministre, il n’est nullement question de cela ! Nous ne faisons pas "d’amalgame" entre homosexualité et pédocriminalité. Pas même la déclencheuse de votre affaire ! C’est seulement vous et vos défenseurs qui les faites, les amalgames !
Dommage que la provenance de la dénonciation la discrédite ! Pour autant, la manœuvre, certes de bonne guerre, n’en reste pas moins des plus piteuses.
"Que celui qui n’a jamais fauté vienne me jeter la première pierre."
— Non, non, non, Monsieur le ministre, en la matière, ni de près ni de loin, nous n’avons fauté ! Et nous vous jetons une grosse poignée de cailloux…
"Erreur oui, crime non, faute même pas !"
— Pas la peine de vous lire, pour entendre aveux et repentance.
o Pourquoi le faire, s’il n’y a pas "faute" ?
o Que l’œuvre littéraire ait été primée et appréciée ne change rien à l’affaire. C’est du fond dont il s’agit, bien sûr !
o Personne n’y a vu une quelconque apologie. Il y a là un manifeste détournement.
o "Pas faute" à fréquenter les putes… heu, pardon les "relations tarifées" ?
o "Pas faute" à pratiquer le tourisme sexuel ? Même avec des majeurs ? Même de la part d’un homme de télévision, écrivain, directeur de la Villa Médicis, devenu Ministre de la République ; par ailleurs Commandeur des Arts et des Lettres, Officier de l’Ordre national du Mérite, Chevalier de la Légion d’honneur ?
L’exemple vient du haut, la responsabilité n’en est que plus lourde.
Honneur / honte… Cette dernière que d’aucuns essaient de nous infliger afin de soulager la leur, nous la laissons tout entière à la conscience de ses émetteurs.
On nous la jouera pour la énième fois : "respect de la vie privée" ; tandis que, conscient de se répandre lui-même sur la place publique, l’intéressé n’en demandait pas tant…
On nous refera le coup des "citations sorties de leur contexte…" ; alors que l’auteur ne les dénie même pas.
On nous la fera pédagogie des masses ignorantes : "ne pas confondre relation sexuelle consentie et viol" ; "ne pas confondre pédophiles et assassins d’enfants". Voui voui voui !
On nous étalera un florilège d’érudition, pêle-mêle : Gide, Massenet, Gainsbourg, Cohn-Bendit, Lolita, Sade ; n’oublions pas : Noces Blanches, Ronsard, Gauguin, Cocteau, Voltaire……… Depuis toujours, la chair fraiche inspire. Encore une fois, quelles que soient les époques et les modes, y compris au plus fort des seventies, il ne s’agit nullement de juger des phantasmes, encore moins de censurer l’art. Il s’agit uniquement — et nous accorderons aux présumés innocents, le bénéfice d’un petit doute… — uniquement de condamner les ACTES avérés de pédocriminalité.
Des soutiens inconditionnels nombreux et puissants, souvent arrogants, dédaigneux de la "morale bourgeoise et pudibonde", se dresseront au nom du "talent" — qui n’a rien à voir ici — ; au nom de "l’art", — qu’il n’est pourtant, je répète, nullement question de jamais censurer — ; au nom de l’ouverture d’esprit et de la tolérance, — celle-ci ayant pourtant ses limites —. Confondant en général et jusque dans l’histoire, œuvres et mœurs dans le même combat. Qui parle "d’amalgames" ? Ils s’alarmeront des "dérives" de la vindicte populaire "revenue à l’âge de pierre". Ils fustigeront la "meute", (accessoirement provinciale, implicitement inculte et stupide), "populiste", "revancharde", "jalouse" et "haineuse", qui "hurle" au "lynchage" d’artistes désarmés… On ira jusqu’à faire le rapprochement avec, tenez-vous bien : "les dénonciateurs, aux heures les plus sombres de la guerre". Jusqu’à projeter cette populace en "chasse aux sorcières", en train de "dresser des bûchers" et de "brandir des têtes au bout de piques"…
Citations authentiques contre de simples parents légitiment meurtris et horrifiés…
Gageons qu’on n’a pas encore tout entendu… Chez ces gens-là on ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. disait naguère le chroniqueur.
Imbues de leur notoriété, ces élites, qui décidément ne redoutent pas l’obscénité, pourraient bien apparaitre comme voulant ignorer les faits ; leur zèle complice et leur attitude aussi suspecte que les actes incriminés.
À l’évidence, ni elles-mêmes ni leur famille n’ont jamais eu à souffrir des blessures indélébiles que laissent les agissements abusifs des prédateurs sexuels… Souhaitons-leur de n’y être jamais soumis.
Mais un scandale chasse l’autre, on oubliera vite. Bien que quelques voix renommées et respectables se manifestent dans leur sens, tandis que d’autres se taisent dans une prudente neutralité, que d’autres encore se dégonflent lamentablement ; on fera taire ces "pauvres gens", que la condescendance du ministre qualifie ainsi, lorsqu’ils réclament sa démission. Dans un tel contexte, impossible de remettre le thème à l’ordre du jour pour y remédier. Les abuseurs d’enfants, pour peu qu’ils cumulent succès et fortune — et seulement ceux-là — pourront indéfiniment perpétrer leur ignominie en toute sérénité et en toute impunité.
Le plus inquiétant dans tout cela, le plus désespérant se situe bien au-delà de chaque cas particulier de ces illustres mis l’un après l’autre sur la sellette, bien au-delà des manœuvres politiciennes ; bien au-delà des corporatismes et alliances de castes ; bien au-delà des wagons de procès d’intention ; bien au-delà des étalages d’une rhétorique outrancière. Le plus inquiétant, c’est la menace à l’encontre des DROITS DE L’ENFANT, totalement occultés dans ce débat symbolique aux relents putrides.
Les DROITS DE L’ENFANT qui, pourtant devraient toujours figurer au premier plan, car entre tous SACRÉS.
Monique PASCAL