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Bonjour à toutes et à tous, nous avons le plaisir d’accueillir Myriam El Khomri, adjointe au maire de Paris, chargée de la protection de l’enfance et de la prévention spécialisée.
Bonjour à toutes et à tous.
Prisca : On vous connaît peu. D’où venez-vous ? À quoi servez-vous ? Votre nomination est-elle, pardon pour l’expression, due au fait qu’il fallait plus de « minorité visible » à la mairie ? Je vous remercie de vos réponses que j’espère franches !
Myriam El Khomri : Je suis franco-marocaine, j’ai vécu à Tanger au Maroc, j’ai ensuite fait du droit public durant mes études en France, période durant laquelle je me suis intéressée aux mesures alternatives à la prison dans le cadre d’un stage où j’ai eu l’occasion de rencontrer un élu du 18ème arrondissement. J’ai rejoint le cabinet de Daniel Vaillant en 2001 pour suivre auprès de lui les questions de prévention, sécurité et toxicomanie – notamment le crack. À partir de là, en 2008, j’ai voulu me présenter aux élections. Si j’ai été choisie, c’est que j’avais une expérience de terrain. Idem pour ma collègue Fatima Lalem qui est adjointe à l’égalité hommes-femmes et qui a une véritable expérience au sein du planning familial. Nous connaissons bien ces questions et je pense que c’est pour cela que nous avons eu ces postes. Daniel Vaillant et M. Delanoë ne m’ont jamais donné de passe droit, je ne me reconnais pas dans la diversité, je me suis juste bien intégrée, comme finalement beaucoup de Parisiennes et de Parisiens.
Fanfan : En quoi votre nomination en tant que maire adjointe depuis 2008 changera-t-elle ce qui a été fait ou non sur la protection des mineurs ?
MEK : Avant ma nomination, cette délégation n’existait pas. Elle appartenait à la délégation de Gisèle Stievenard aux affaires sociales. Le nouveau contexte a fait qu’à partir de la loi du 5 mars 2007, qui réforme la protection de l’enfance et qui met le Conseil général en pilote de cette délégation, on a jugé utile de créer à Paris cette délégation. Sachant que plus de 26 000 jeunes sont concernés par ma délégation. 5 000 sont accueillis dans les établissements de l’aide sociale à l’enfance, 5 000 autres sont suivis à domicile en lien avec leurs parents et 16 000 autres le sont également au titre de la prévention dans les quartiers, par le biais de 300 éducateurs, des centres sociaux et des espaces dynamiques d’insertion.
Allez passe, passe, passe, allez passera
Grand_paris : Le Grand Paris engagé entre Delanoë, Sarko et Huchon peut-il répondre au problème de la prostitution des mineurs en région parisienne de manière globale ? La différence de vue entre un Président de la République, qui privilégie l’axe répressif, et la Mairie de Paris, qui privilégie le préventif, peut-il nuire à l’efficacité de l’action publique dans le cadre du Grand Paris ?
MEK : Autour de la gare du Nord à Paris, une quinzaine d’enfants Rroms se prostituent. On ne connaît pas le nombre de mineurs Africains qui se prostituent car beaucoup ont de faux papiers.
D’une façon générale, nous devons avoir des relations avec d’autres départements. Je travaille avec le département de l’Essonne par exemple. Les jeunes Rroms n’habitant pas à Paris, mais en banlieue, mon homologue dans l’Essonne a pris le relais dans les centres où ils sont logés.
Quand l’association « Hors la rue » nous a signalé que des enfants Rroms se prostituaient dans le 10ème arrondissement de Paris, j’ai organisé une réunion là-dessus. Etaient présents : la préfecture de police, le parquet des mineurs, le tribunal pour enfants et des associations. Ce qui nous a permis de partager un état des lieux puisque les services de l’Etat n’avaient pas les mêmes renseignements.
Derrière la prostitution, la mafia
Pour répondre à la deuxième partie de la question de « Grand_paris », la Mairie de Paris privilégie certes le préventif, mais pas seulement. Pour moi, les clients devraient être interpellés et condamnés. Je suis pour l’axe répressif car il s’agit avant tout de détournement de mineur. On peut donc concilier répression et prévention, car les jeunes Rroms sont les premières victimes !
Bakchich : Qui manipule et exploite ces jeunes ?
MEK : Des réseaux mafieux. La mafia est très présente et répandue sur le continent. Certaines mafias sont spécialisées dans la traite des femmes, d’autres cumulent traite des femmes et des enfants. Il devrait y avoir des mesures européennes répressives. Et nous y travaillons. Mais nos départements, déjà, ont peu de moyens pour agir face à ces organisations.
Bakchich : Comment sortir les jeunes Rroms de ces filières de prostitution ?
MEK : Les jeunes Rroms ne vivent pas toujours avec leurs parents et, si nous les mettons en foyer, le lendemain les mafieux viendront les chercher.
Il faudrait réussir à identifier des lieux sécurisés dont personne n’aurait l’adresse, pour casser ses réseaux et pour que les langues se délient.
La circulaire Besson indique que si un(e) prostitué(e) sans-papiers dénonce son proxénète, elle ou il obtiendra des papiers sous 30 jours. Pour moi 30 jours, c’est beaucoup trop court. Il faut laisser le temps que s’installe une relation de confiance entre les associatifs et les prostitué(e)s. Car les familles de ces enfants qui restent dans leur pays courent souvent un grand danger si le proxénète est dénoncé.
L’accueil des jeunes à Paris
LACUEIL : Avez-vous des chiffres sur l’ampleur de la prostitution afghane à Paris ?
Fab : Etes-vous en mesure d’y mettre fin sans recourir inexorablement aux départs forcés qui font le jeu du Ministère de l’immigration ?
MEK : On a beaucoup de relations avec les associations comme « France Terre d’Asile », « Enfants du monde », « Droits de l’Homme »… qui font des maraudes dans le 10ème arrondissement et qui vont vers ces mineurs. Mais ils ne nous ont pas donné de chiffres sur la prostitution afghane. Elle n’est pas très importante. « LACUEIL » fait une confusion entre les jeunes Rroms qui se prostituent, parfois à proximité du square Villemin à la gare du nord, et les Afghans sans abri qui s’installent dans le même coin.
Quant à la prise en charge des jeunes Afghans, il faut savoir que le département de Paris est celui qui accueille le plus de jeunes mineurs isolés. Il en accueille 800, majoritairement d’Afrique (45%), dont des enfants soldats de la république du Congo (25%). Des enfants originaires d’Afghanistan, et du Proche et Moyen-Orient (16%). Aujourd’hui, il y a un dispositif de mise à l’abri de ces mineurs, qui est, à mes yeux, sous-dimensionné. La part de l’État s’élève à 2,7 millions d’euros pour Paris, et à 35 millions pour le département.
Mais cette prise en charge n’est pas encore satisfaisante. Les demandes d’admissions à l’aide sociale à l’enfance ont augmenté de 60% en un an (de 2008 à 2009). D’un côté il y a une saturation des demandes – et nous avons redemandé à l’État une plateforme régionale d’accueil et d’orientation de ces mineurs étrangers – , de l’autre, il n’y a pas d’équilibre entre les différents départements. Les départements de Paris et de Seine Saint-Denis jouent leur rôle.
Un budget encore insuffisant
Arnold : J’ai cru lire que vous demandiez 300 millions pour le budget 2009, vous a-t-il été accordé ? Cette mission spécifique qui a été créée depuis votre arrivée a-t-elle réellement les moyens de ses ambitions ?
Giuseppe : Comment Bertrand Delanoë perçoit-il votre action, vous donne-t-il les moyens suffisants pour mener à bien vos projets ?
MEK : Je n’ai pas eu besoin de demander une augmentation du budget. J’ai obtenu un budget de 305 millions cette année. C’est le 2ème budget du département. Le premier étant le RMI. Ce budget a augmenté de 43% depuis 2001. Je voudrais d’ailleurs signaler que j’ai obtenu 10 créations de postes supplémentaires à l’aide sociale à l’enfance. Donc, oui, nos ambitions sont intactes en terme de création de centres sociaux.
Par exemple, nous pensons à un nouveau centre d’accueil d’urgence, qui contiendrait 50 places pour les jeunes ados qui ont des troubles du comportement. Pour nous, ce chantier est très important. Nous nous attachons aussi à maintenir les éducateurs de rue, recruter plus d’assistantes familiales pour avoir plus de familles d’accueils…
Et il faut se permettre d’avoir la palette de solutions la plus variée possible. Il faut aussi déconcentrer les services d’aide sociale à l’enfance pour être plus proche des familles, je pense notamment aux 18ème, 19ème, 20ème et 13ème, cela sera effectif dès début 2010 dans le 20ème arrondissement.
La délinquance des jeunes : en baisse
LOUIS : Où en est la délinquance des jeunes à Paris ? En hausse ? En baisse ?
Balard : J’aimerais avoir votre sentiment à propos des chiffres sur l’insécurité communiqués depuis quelques jours par le ministère de l’Intérieur ? Sont-ils téléguidés par le pouvoir ?
Gesnord : La délinquance des mineurs flambe en ce moment, que faire lorsque les politiques répressives comme de proximité ont échoué ?
MEK : Même si la prévention de la délinquance est l’un de nos objectifs, à Paris, c’est mon collègue Monsieur Sarre qui s’en occupe. Mais je peux répondre en partie à ces questions.
Récemment, lors de la signature du Contrat parisien de sécurité, le préfet de police est intervenu en indiquant que le pourcentage de jeunes mis en cause dans une affaire de délinquance avait baissé à Paris, passant de 15% à 10%. Au passage, il a salué les maillages sociaux éducatifs mis en place dans ce cadre.
Selon moi, ces chiffres ne sont pas téléguidés par le pouvoir mais bien par l’agenda des élections. À chaque élection, la droite nous ressort la thématique de l’insécurité. Il y a d’ailleurs eu 14 lois depuis 2002 sur les questions de délinquance, dont certaines sont restées totalement inapplicables et qui ne sont là que pour occuper la scène médiatique. D’un autre côté, le gouvernement a ôté les moyens de la police urbaine de proximité. Le 5 mars 2007, il y a eu deux lois, une sur la prévention de la délinquance et une sur l’aide à l’enfance revenant à un fonds de compensation dans les 6 mois. Ce fonds a été créé, pour la protection de l’enfance, mais nous attendons depuis 2 ans le décret. Même Philippe Bas regrette que ce décret ne soit pas passé.
TiTiF : De quelle manière aidez-vous les mineurs qui sortent de prison à se réinsérer dans la société ? Le plus souvent, c’est le début d’une « carrière » de délinquant, il faut stopper le cercle vicieux !
MEK : Je suis d’accord avec vous sur le fait que la prévention de la récidive est très importante. S’il n’y a pas d’encadrement en prison et de préparation à la sortie, c’est souvent le retour à la case départ. Si les conditions de détention sont indignes, cela entache aussi le problème de la réinsertion. Cette mission de prévention de la récidive relève de la protection judiciaire qui est pour nous un partenaire mais dont des budgets accordés par l’Etat diminuent malheureusement : moins 2,7 % cette année… Ce qui n’empêche pas la ville de Paris d’avoir créé dans beaucoup de services des postes de travail d’intérêt général, dans les bibliothèques, les musées, etc. Des modules appelés « dialogues citoyens » ont également été mis en œuvre pour permettre, sur une semaine, de remobiliser les jeunes avec l’ensemble des services.
Les portiques aux entrées des écoles
Diego : Vous, qui êtes en charge de la protection de l’enfance, comment jugez-vous les dispositions actuelles prises pour installer des portiques aux entrées des écoles. Je trouve cela choquant et désemparant. De la même manière, quel est votre avis sur l’attitude du gouvernement qui envoie des policiers interpeller des enfants en classe de maternelle !…
MEK : Ça me choque également ! Tout comme l’histoire sur les élèves de maternelle. Les portiques ne vont pas remplacer l’encadrement humain dans les collèges.
Je voudrais donner 2 exemples de solutions :
Premier exemple :
Quand un jeune est exclu de son établissement scolaire et qu’il n’a pas d’autre affectation, il va aller dans son ancien collège attendre ses anciens camarades. Pour moi, une action efficace serait justement que l’Education nationale travaille à son affectation.
Deuxième exemple :
Quand des élèves sont exclus, les directeurs d’établissement ont peur qu’ils traînent dans Paris. La ville a ainsi créé des centres qui ont accueilli 50 jeunes exclus temporairement. Ces jeunes font du travail scolaire dans ces centres, de l’apprentissage de la citoyenneté et un travail de lien avec les parents. Très concrètement, dans l’année, pour ces collégiens, il n’y a pas eu de récidive. C’est du travail partenarial, bien pensé !
Tout le reste n’est que de la communication. Si vous mettez des portiques aux entrées des collèges, les cours commenceront avec 2 heures de retard. Il faut donc investir dans l’humain !
Merci Myriam El Khomri. Le mot de la fin ?
MEK : Merci à tous, merci à l’équipe et à vous internautes d’avoir posé toutes ces questions. Vous pouvez m’envoyer vos questions par mail si vous n’avez pas eu de réponses. Je reste à votre entière disposition. À bientôt !
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