Les mauvaises langues qui prétendent que la France est incapable de se réformer feraient mieux de se taire. Passée hélas inaperçue, comme tous les grands bouleversements souterrains, une sorte de révolution s’est produite, hier lundi, sur les lignes A et B du RER. Mixtes, ces rames dépendent à la fois de la RATP et de la SNCF. Depuis toujours, les trains étaient conduits successivement par un agent de la SNCF, puis dans Paris par un salarié de la Ratp et en fin de parcours, à nouveau par un cheminot. Soit trois conducteurs pour le prix d’un !
Et bien, cette situation ubuesque appartient désormais au passé. En vingt cinq ans à peine, le Syndicat des Transports d’Ile de France, composé d’élus, a mis fin à ce cauchemar. Hier lundi, un seul conducteur était au commandes de chaque rame.
« Pas de couilles, pas d’embrouilles » .
Cette situation ubuesque donnait lieu, à chaque trajet, à deux changements de conducteurs, baptisés pompeusement « la relève de la garde ». Plus prosaïquement, ce casse-tête administratif s’explique pour une raison simple. Les conducteurs de la SNCF sont mieux payés et ceux de la RATP roulent moins longtemps. Les directions des deux grandes entreprises publiques ont toujours craint, dans le cas d’une fusion, qu’un statut commun s’inspire des salaires pour la SNCF et de la RATP pour les horaires. Ce qui, en gros, fut d’ailleurs en fin de compte négocié, avec en prime une formation de neuf mois pour chaque catégorie de personnel, afin que les agents s’acclimatent aux procédures de la partie adverse.
« Pas de couilles, pas d’embrouilles », comme on dit dans le monde ferroviaire. Début 2004, la SNCF et la RATP, sans courage excessif, ont habilement botté en touche. Les deux entreprises publiques ont en effet mandaté le STIF (Syndicat des Transports d’Ile de France), pour supprimer les « contraintes d’interconnexion ». Ce qui a été réalisé, quatre ans plus tard, et encore grâce à l’énergie et à l’autorité de la patronne du STIF, soutenue par les élus de la Région Ilede France, qui a menacé de couper les subventions (considérables) de la Région, si la SNCF, la RATP et leurs syndicats ne bougeaient toujours pas !
La faute à l’Etat, forcément !
Le 21 janvier, soit cinq jours après cette petite révolution, Pierre Mongin, le patron de la RATP présentait ses voeux au Stif. Peu importe, pour cet ancien collaborateur de Villepin, que les usagers de la ligne 13 vivent, chaque jour, un cauchemar ! Et tant pis si les accidents techniques se multiplient sur des lignes usagées dont la mise aux normes a été indéfiniment retardée ! « Les objectifs de production, explique Pierre Mongin ce jour là, ont été tenus en 2008, dans un contexte de forte hausse du trafic, avec trois milliards de voyageurs, soit 300000 voyageurs par jour. » Un voyageur est, à entendre monsieur Mongin,un « objectif de production ». Pauvre objectif !
Et le même, benoîtement, d’ajouter : « Il reste des difficultés à résoudre sur les lignes A et B et la ligne 13 du métro » (sur laquelle Bakchich reviendra dès mercredi). Et « ces difficultés », joli euphémisme, on les doit aux autres, a expliqué le patron de la RATP. A savoir les personnels insuffisants de la SNCF et les investissements déficitaires de l’Etat
Même son de cloche chez le patron de la SNCF, Guillaume Pepy, un peu amnésique sur son glorieux passé à la SNCF depuis une vingtaine d’années lorsque, lui aussi, il rejette la responsabilité de la situation actuelle sur son principal actionnaire, l’Etat. Ce fut lui le principal adepte de la religion du TGV au sein de la maison ferroviaire, un aveuglement qui explique le retard considérable pris, ces dernières années, par les transports urbains, le fret, les corails et les jonctions régionales. Du genre à refuser, comme il le proclame, « les mythologies et les rituels » de la SNCF. Du genre surtout, à ignorer la vie des banlieusards.
Disons, en tout cas, que le petit pas accompli, lundi, par les conducteurs de la SNCF et de la RATP ne doit juste rien à Messieurs Pepy et Mongin.
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