Proche d’Alain Madelin, aujourd’hui collaborateur à l’Elysée de Nicolas Sarkozy pour les questions de diversité et de politique de la ville, Rachid Kaci est à la tête de « La Droite libre », mouvement associé à l’UMP. Défenseur de la laïcité, Rachid Kaci milite pour l’ouverture d’un débat sans tabou sur l’Islam. En 1994, il fonde Democratia, l’une des premières associations à attirer l’attention des pouvoirs publics sur l’implantation des mouvements fondamentalistes en banlieue.
Neuf ans, Rachid Kaci publie la République des lâches. Une occasion pour lui, avec la création du Conseil français du Culte musulman, de s’interroger sur la politique française en matière d’immigration et d’intégration depuis quatre décennies. Une politique qui a ses yeux a toujours échoué.
Le best-of du chat, en vidéo :
L’intégralité du chat :
La rédaction : Bonjour à toutes et à tous, nous avons le plaisir d’accueillir Rachid Kaci, conseiller technique de Nicolas Sarkozy.
Rachid Kaci (RK) : Bonjour à tous, ravi d’être parmi vous et j’attends donc vos questions.
dabu : Que faites-vous ? Question certes un peu directe mais vous avez toute ma sympathie :)
RK : Je suis le conseiller du président de la République sur les questions de la politique de la ville et de la diversité.
Faire respecter le principe de laïcité
élodie77 : Bonjour, en quoi consiste au juste le métier de "conseiller technique" de Nicolas Sarkozy ?
RK : Je prépare des notes pour le président sur mes domaines de compétences. Je fais pas mal de terrain dans les quartiers. Par ailleurs, je travaille en étroite collaboration avec la ministre Fadela Amara.
meziani : Bonjour Rachid, crois-tu qu’un État laïc devrait légiférer pour interdire le port du voile ? Merci. martial : Quelle est votre position sur la burqa ?
RK : Sur le voile, l’Etat a déjà légiféré ou plutôt d’ailleurs sur la laïcité. Je suis favorable à faire respecter le principe de laïcité notamment dans les lieux publics mais je suis pour la liberté de chacun à porter le vêtement qu’il souhaite à partir du moment où il n’est pas sous influence.
dabu : Vous jugez l’action des "grands frères" désastreuses ? Soit. Qui fait le boulot à la place ? Vous jugez les associations pas assez actives et gavées de subventions ? Soit. Qui fait le boulot à la place ? Le secrétariat d’Etat à la Ville ? Les préfets ? Les maires ?
RK : C’est tout le problème depuis des décennies et le plan Espoir Banlieues impulsé par Mme Amara a tenté de casser cette déresponsabilité de l’Etat. Il met l’accent sur la prise en charge individuelle plutôt que sur le misérabilisme.
massinissa : Quelle vision avez-vous de l’Islam en tant que citoyen français ?
RK : À titre personnel, je pense que la religion musulmane est une des religions les plus libérales qui soit. Je pense toutefois que l’Islam est pris en otage par des mouvements sectaires extrémistes. Il faut un vaste débat au sein des croyants musulmans pour « révolutionner » la pratique religieuse.
« Je veille toujours à ne pas être l’arabe de service »
oscar : Trouvez-vous gratifiant d’être sollicité en raison de son ethnie pour résoudre des questions communautaires ? Cela ne vous rappelle-t-il pas le ministère aux affaires indigènes ?
farid : Pourquoi vous enfermez-vous dans des questions qui ont trait soit à l’Islam soit aux banlieues. N’avez-vous pas peur d’être "l’Arabe de service" ?
RK : Je veille toujours à ne pas être ce que vous appelez l’arabe de service. En même temps les dossiers de la politique de la ville et de la diversité sont des sujets passionnants et qui passionnent la France. Par ailleurs, le président de la République, en nommant par exemple Rachida Dati à la justice, a été le premier à rompre avec cette tendance qui consiste à nommer des Beurs à des fonctions trop ciblées « banlieue ».
sophie : Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire « Comment peut-on être français ? »
RK : C’est à la suite des sifflets au Stade de France. C’est un coup de gueule contre la tournure que prend le débat autour de l’intégration et plus récemment autour de la diversité. Nous en sommes à la 3e voire 4e génération et nous assistons à un débat digne des années 80. Je crois qu’il faut tenir un discours de vérité aux gamins des cités. Il faut leur dire qu’ils ne doivent pas tout attendre de l’Etat et des institutions. Ils doivent s’approprier la France, son histoire et son identité. Ils doivent se considérer comme des citoyens à part entière et non se lamenter. Il faut qu’ils comprennent qu’il ne sert à rien de se plaindre.
IJA : Pouvez-vous m’expliquer les mots diversité, intégration… Tous ces mots qui désignent des Français nés en France comme tous les autres Français…
RK : Il est difficile de trouver une explication claire à ces mots. Ce ne sont que des phénomènes de mode. Nous sommes passés de l’assimilation à l’intégration sous la gauche des années 80 pour aboutir à diversité aujourd’hui. Or, ces mots ne sont utilisés que pour masquer les échecs des diverses politiques.
« M. Finkielkraut a raison »
alain : Avez-vous entendu Alain Finkielkraut ce matin sur France Inter à propos de la burqa ? Il se place d’un point de vue de la civilisation et appuie son argumentation sur la maxime suivante : « When in Rome, do as the Romans do ». Qu’en pensez-vous ?
RK : M. Finkielkraut a raison. Je pense toutefois que le débat sur la burqa est mal parti. Je pense que le vrai débat devrait porter sur la capacité de la République à lutter contre l’idéologie extrémiste qui se réclame de l’Islam et dont l’objectif inavoué est de détruire notre modèle de société libérale.
Jamal : A propos de la conférence de presse d’Obama et Sarkozy pour l’anniversaire du débarquement, que pensez-vous des réponses qui ont été faites sur le voile ?
massinissa : Qu’avez-vous proposé au Président sur le port de la burqa dans notre pays ?
RK : J’ai été profondément choqué par le discours de Barak Obama sur le voile et plus largement sur l’islam. D’une certaine manière il a fait montre de faiblesse, les démocraties laïques ne doivent rien céder de leurs valeurs universelles. Obama me fait un peu penser parfois à Jimmy Carter, la faiblesse face à des modèles de société qui briment les femmes, qui menacent les libertés individuelles, n’est jamais très efficace sur le long terme. Par ailleurs, est-ce qu’Obama s’est posé la question de la liberté des femmes à ne pas porter le voile dans certains pays.
Bonjour : Bonjour, comment considérez-vous votre rôle au sein de l’exécutif ? En étant plus proche du Président, vous êtes plus puissant qu’un ministre, alors pourquoi un gouvernement ?
Flo72 : N’avez-vous pas l’impression d’être constamment dans l’ombre de Nicolas Sarkozy ?
RK : Sur la burqa, j’ai conseillé au président de ne pas perdre de vue que le combat se menait contre une mouvance extrémiste et non contre un vêtement. Mon rôle est celui d’un conseiller. Point. Je ne suis pas ministre. Le gouvernement travaille et Mme Amara la ministre qui traite et mène les dossiers de la ville est la maître d’œuvre sur le sujet.
pauline : L’absence totale de politique de la ville ambitieuse n’est -elle pas tout simplement un arrêt définitif de la politique d’intégration chère à la République française ? On se retrouve avec des quartiers difficiles, où se regroupent malgré eux des gens en rupture avec la société, avec des taux de chômage élevés. Et des quartiers avec des classes moyennes, plus paisibles. C’est la fin de la mixité sociale. Il suffit de regarder les cours de récréation.
« Faire émerger des personnalités issues de l’immigration »
massinissa : Pour le conseiller que vous êtes, quels conseils donneriez-vous au Président de la République pour élaborer un grand chantier sur la politique de la ville. Est-ce que la nomination de trois femmes issues de l’immigration dans le gouvernement suffit pour dire que la diversité dans notre pays est une réalité ?
RK : La politique de la ville n’est pas la politique de l’intégration, il ne faut pas mélanger. Au sujet de l’intégration, il y a bien longtemps que la République a lâché prise en cédant un peu trop au communautarisme, il faut revenir au discours simple du creuset républicain. Il faudrait que l’école renoue avec ses principes simples d’apprentissage des valeurs de la République. Il est inacceptable par exemple que l’école de la République propose des cours et apprentissage de langues et cultures d’origine à des gamins issus de l’immigration. À propos de diversité, je ne pense pas que la nomination de trois ministres ou secrétaires suffisent mais ces nominations cassent un peu les tabous. Il faut, par contre, faire en sorte que les partis politiques travaillent à faire émerger des personnalités issues de l’immigration sur la base de convictions et de compétences. Il faut stopper l’affichage.
serje jackson : L’UMP est un parti beaucoup critiqué, je pense à la jeunesse qui se dit "anti sarko", à la surexposition de Nicolas Sarkozy, au président bling bling, pourquoi êtes-vous à l’UMP ? majid : En temps de crise, où les jeunes de toutes origines galèrent pour trouver un job, l’idée de Sarko d’une discrimination positive à l’embauche n’a t-elle pris un sacré plomb dans l’aile ?
RK : Je suis à l’UMP tout simplement parce que c’est le parti qui est le plus en phase avec mes convictions. Je suis opposé à la discrimination positive sur une base ethnique. Je pense que les problèmes sont d’ordre social. Il est difficile de faire sa place en France quand on est fils ou fille d’ouvrier. La société française est une société bloquée. Il faut la déverrouiller mais cependant je crois encore une fois que les discours sur l’égalité les mouvements antiracistes ne résoudront rien sans la volonté profonde et personnelle. J’ai écrit aussi mon livre pour faire passer un message auprès des jeunes des quartiers pour leur expliquer qu’ils doivent s’en remettre à eux-mêmes avant tout.
meziani : Bonjour Rachid. Penses-tu que la France devrait présenter des excuses aux familles des Algériens massacrés en 1945. Merci.
RK : Il faudra que la France regarde son passé avec lucidité et honnêteté. Mais les excuses de la France résoudront-elles pour autant les litiges entre les deux pays ? L’attitude de la France n’a pas été digne durant cette période et durant la colonisation, c’est pour cela que mon père s’est engagé du côté du FLN pour l’indépendance de l’Algérie.
Doudoud : Yazid Sabeg a-t-il été conservé dans le nouveau gouvernement ? Un poste comme lui ne t’intéresse pas ?
RK : Oui, Yazid Sabeg est toujours en place. Je milite pour que cette personnalité, grand chef d’entreprise, soit nommé par exemple ministre de l’industrie ou du commerce extérieur. Pour l’instant, il continue de travailler sur la diversité et je collabore activement à son travail. Nous ne sommes pas d’accord sur tout, mais c’est une personne avec qui il est agréable de travailler.
géraldine : A mi-mandat du président, comment jugez-vous votre bilan ?
RK : Je n’ai pas de bilan. Je sais seulement que je suis satisfait de mon boulot. Le président de la République est une personne qui écoute et c’est une des raisons de ma satisfaction.
La rédaction : Merci Rachid Kaci. Le mot de la fin ?
RK : Merci beaucoup pour ces questions. Je regrette que le débat sur la burqa soit venu « polluer » cette rencontre. J’aurais aimé parler un peu plus de politique et peut-être aussi de Mickael Jackson décédé cette nuit. J’étais fan et c’est une fin digne de tous les génies de son genre. Il restera dans les esprits pendant longtemps.
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