Le Sud-Est socialiste s’est entiché de Ségolène Royal. En particulier les truculentes fédérations de l’Hérault et des Bouches-du-Rhône, où sa motion n’a pas été loin du plébiscite, le 7 novembre. 54,19% des suffrages du côté de Montpellier, 73,12 % sur les bords du Vieux Port. Un vrai raz-de-marée quand, dans son fief des Deux-Sèvres, la madone n’a raflé que 59,49% des voix, ou que Bertrand Delanoë n’a pu rallier que 38% des socialistes parisiens.
Et les deux bastions ne sont pas des poids plume dans l’appareil national. Avec 10 000 adhérents revendiqués et un peu plus de 7 000 votants à jour de leurs cotisations, la fédé marseillaise se targue, sur son site Internet, d’être la 4è fédération de France. Plus humbles, les Héraultais ne disposent pas de site propre, mais tournent autour de 5 000 adhérents. Une manne de votes à même de peser sur un scrutin et toute enamourée de Ségolène.
Depuis 2006 et la primaire interne pour la Présidentielle, où Royal avait fait encore plus fort, plus de 70% dans chaque fédé. Une passion immodérée et affichée, pourtant pas la spécialité du coin.
Chanson de geste dans l’Hérault de Frêche
En Hérault comme en Bouches-du-Rhône, les patrons prennent un verre et donnent les ordres sous des ombrelles, tandis que d’autres croient baigner en pleine lumière.
Premier secrétaire depuis 1990 de la section héraultaise, Robert Navarro ne bouge pas une oreille sans en référer à son vieux complice Georges Frêche. Officiellement exclu du parti début 2007, pour ses propos sur l’Equipe de France, le fort haut en couleur président du conseil régional de Languedoc-Rousillon tient toujours, bien peu officieusement, les 5 000 précieuses adhérentes de la section. « L’histoire ne varie pas depuis 25 ans, la fédé rallie la motion qui se tient à l’écart de la vie politique locale », décrit pudiquement un hiérarque socialiste. En fait qui ne fait pas d’ombre au bon Georges.
En lutte permanente contre le président du Conseil général de l’Hérault, André Vezinhet - qui a l’idée saugrenue de lui disputer son potentat local- Frêche a peu goûté que Delanoë en fasse son poulain. Bertrand le magnifique a ainsi pris une jolie taule dans l’Hérault, 33 points derrière Royal. « La fédé est totalement dépolitisée. Ce n’est plus qu’un jeu de personne. Et l’on a presque atteint le pathétique quand la maire de Montpellier, Hélène Mandroux, qui avait signé la motion et soutenu Delanoë a été rapatrié fissa dans le camp Royal ». De la discipline de parti.
Et Frêche mise sur la miséricorde de la Madone, bien adossé au vote, pour réintégrer le parti… « Attention tout de même, Royal essaie de le tenir à distance. Et n’a raflé que « 54% » des voix, contre 70 en 2006 ». Comme un signe que la Frêche attitude diminue.
Bouches-du-Rhône, une fédé sachant voter
La fédé marseillaise n’a pas les mêmes soucis. Chacun sait rester à sa place. Voltigeur médiatique, Patrick Mennucci, baptisé « Ségolin » au moment où il co-dirigeait la campagne présidentielle de Royal, amuse les foules. Eugène Caselli porte le chapeau de Premier secrétaire de la fédération. Mais aucun ne mélange orgeat et jaune sans que les chefs leur aient dit, les frères Guérini. Jean-Noël le tout puissant président du conseil général et son frère Alexandre, vice-président de la commission des adhésions. « Une fédé bien tenue », osent les minoritaires du PS.
Longtemps, la fédé marseillaise a été raillée ou respectée (selon le camp) pour sa science du vote. Et ses savantes tractations autour du pourcentage attribué avant scrutin à chaque motion ou candidat… Patrick Mennucci a beaucoup amusé ses compagnons au soir du vote des motions. « Je ne connais pas les résultats à Marseille. – Ah Bon ? - Enfin en tout cas c’est pas 76%. – Mais on croyait que vous ne les aviez pas ». Simple réminiscence de ce temps béni sans doute.
Seul petit souci, si la fédé a bel et bien voté, la ville de Marseille ne s’est jamais enflammé pour Ségolène. « Trop de bourgeois, trop de pauvre pas assez de bobos », tranche un habitué du vaisseau bleu, le siège du conseil général et épicentre du socialisme marseillais.
Avec de si truculents soupirants, une voie Royal se dessine pour Ségolène…
A lire ou relire sur Bakchich.info










