La chronique éco du lundi
Certes, tout le monde s’est adapté au changement intervenu depuis le précédent. Les quelques banquiers présents ont peu commenté l’actualité, annonçant simplement la nécessité de revoir le fonctionnement du système financier international. Les contestataires, aussi bien ceux qui sont allés jusqu’à Davos même que ceux qui ont harcelé la police de Genève autour de la gare de Cornavin ont utilisé comme projectiles… des chaussures, façon visite de Bush en Irak. Quant aux buffets, ils ont beaucoup déçu les participants par leur austérité. Il faut dire qu’avant, ils étaient sponsorisés par des banques suisses et cette année, l’UBS s’est fait tirer l’oreille pour payer le caviar et le champagne…
En fait, si les dirigeants politiques étaient nombreux, les chefs d’entreprise se sont faits rares, ainsi que les économistes. Tony Blair a d’ailleurs expliqué pourquoi les économistes étaient peu présents : ils n’ont rien à proposer et les seuls qui se hasardent aujourd’hui à faire des prévisions savent que plus personne ne les croit. Ah ! la si remarquable croissance américaine naguère tant vantée ; ah ! la si remarquable politique monétaire des Etats-Unis qui promettait à ce pays une prospérité sans fin ! C’était il y a deux ans et maintenant plus personne n’a de temps à perdre à venir écouter des actes de contrition et de longs discours expliquant que derrière les apparences, les économistes, sérieux, les vrais, par les mondains qui courent après le prix Nobel, avaient tout prévu…
Les salaires des patrons n’attirent pas les foules
Certaines tables rondes ont lieu devant des salles presque vides, comme celle sur la rémunération des patrons. Il fait dire que, dans la ligne nouvelle qui s’impose à Washington, le professeur d’Harvard de service répétait avec insistance qu’il y a cinquante ans, les 500 PDG américains les mieux payés gagnaient en moyenne deux fois ce que gagne le Président des Etats-Unis alors qu’aujourd’hui, ils gagnent 60 fois ce que gagne Obama. Et ce malotru d’insister sur le fait que de tels salaires n’ont aucun fondement économique.
Le forum s’est donc rabattu sur la prière : on n’avait jamais croisé autant de religieux dans les couloirs et la prière finale autour de Desmond Tutu, le prix Nobel de la paix sud-africain, a fait salle comble.
On a beaucoup cultivé aussi la plaisanterie distanciée, Gordon Brown ayant rassuré ses auditoires sur le maintien de la tradition de l’humour britannique, malgré la déroute actuelle de l’économie de son pays. Quant à Bill Gates, personne n’a compris si les propos insignifiants qu’il a tenus étaient de l’humour ou la confirmation d’une tendance nouvelle parmi les commentateurs dans l’appréciation du personnage qui est d’affirmer que son destin fut bien au-dessus de ses capacités.
L’absence de tout représentant de premier plan de la nouvelle administration américaine a renforcé l’impression générale résumée par Jacques Attali d’une formule définitive : « tout cela ne dépasse pas le niveau d’une conversation de café du commerce ».
Quoi qu’il en soit, au moment du départ, tous les dirigeants ont éprouvé le besoin, dès qu’ils rencontraient un micro, de dénoncer toute tentation protectionniste. Et tout le monde de se donner rendez-vous pour les affaires sérieuses au G20 d’avril. D’ici là, combien y aura-t-il de chômeurs en plus dans les économies développées ? Pour la France, on annonçait déjà ce matin environ 45 000 chômeurs supplémentaires en décembre…
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