En abordant les élections présidentielles et législatives de l’automne 2009 en rangs divisés et en participant à un scrutin dont les dés sont pipés, les opposants tunisiens ouvrent grande la voie à un Ben à vie mort de rire.
« Un croyant ne sera point piqué deux fois dans un même antre ». Visiblement, les opposants, qui comptent participer à la comédie électorale, n’ont pas retenu cette sage recommandation du prophète Mahomet. Comme en 1999 et en 2004, ils iront joyeusement se faire avoir, convaincus d’avoir contribué à l’avancement de la cause de la démocratie en Tunisie.
Tous conviennent pourtant qu’il n’existe aucun enjeu électoral autour du scrutin présidentiel. Ils savent pertinemment qu’ils ne peuvent pas inquiéter un Ben Ali conquérant, plus préoccupé par les incessantes guerres de clans que par les jérémiades des dissidents aussi courageux qu’inefficaces.
Trois des candidats déclarés n’ont pourtant rien d’opposants de façade. Nejib Chebbi, Mustapha Ben Jâafar et Ahmed Ibrahim cumulent, à eux trois, un bon siècle de militantisme politique. Leurs partis respectifs ont d’ailleurs contesté la légalité du référendum de juin 2002 qui permet à Ben Ali de demeurer (presque) éternellement à la tête du pays. Insistant continuellement pour dire que la politique est « l’art du possible », aucun des trois ne réalise la contradiction flagrante entre cette contestation de la légitimité du pouvoir en place et le fait de jouer quand même le jeu électoral.
Comme dans l’Algérie voisine, l’opposition du pays du jasmin n’aura donc pas été capable de s’entendre sur un seul nom pour faire face au candidat du Parti-État. Pis encore, seuls quelques groupuscules appellent à « renverser la table » et à boycotter un scrutin dont les résultats sont connus d’avance.
L’opposition est donc condamnée, encore une fois, à attendre un 7 novembre-bis qui permettrait au régime de changer de noms sans rien modifier à son essence. La farce électorale commence à lasser les Tunisiens et à ressembler furieusement au film Un jour sans fin.
Mohamed Ettaieb





