Stockage de fûts contenant des produits chimiques dans des conditions anormales et pollution d’un cours d’eau. Voilà ce que reprochent six ingénieurs à leur ancien employeur, la société MXM, située à Vallauris (Alpes-Maritimes). Rejoints par une association de protection de l’environnement, ils souhaitent aujourd’hui l’ouverture d’une enquête.
Ce sont des fûts de Triclorine qui sont au cœur du sujet. Un produit chimique contenant 10% d’acide trichloroisocyanurique selon la fiche technique fournie par MXM suite aux questions de Bakchich (voir réponse en doc).
Aux dires de Paul Martel, directeur de MXM, et du chef de l’unité territoriale de la DRIRE [1], interrogés par Serge Jausas, journaliste à Nice-Matin, il ne s’agirait que d’un « désinfectant ». Paul Martel ajouta à la même occasion que « même s’il y avait eu le moindre déversement, il n’y aurait eu aucune incidence ».
Fichtre ! De l’acide trichloroisocyanurique ! Un produit notamment utilisé pour le nettoyage des piscines. Seulement 500 grammes de ce produit suffisent à stériliser plusieurs milliers de litres d’eau. Même le service piscine de Culligan, qui vend ce type de produit, a bien précisé à Bakchich que, même dilué, l’acide trichloisocyanurique ne doit surtout pas être rejeté dans l’eau.
Enfumage chloré
Contacté par Bakchich, Paul Martel réfute les accusations. « La Triclorine est buvable et je reste à votre disposition pour en faire la démonstration », ajoute-il. Sa réponse est appuyée par une notice technique du produit, produite par une filiale de sa société, Sterlab, dont ce même Paul Martel est dirigeant, ainsi que par un rapport toxicologique… datant de 1988 !
Ce dernier rapport est le fruit du laboratoire BioTox, laboratoire « indépendant » prend le soin de préciser Paul Martel. Un laboratoire situé à la même adresse que MXM et qui certifie régulièrement les produits que cette dernière met sur le marché.
Face à ces arguments, une fiche sécurité de réglementation internationale (voir fiche), présente l’acide trichloisocyanurique comme « très toxique pour les organismes aquatiques, [et pouvant] entraîner des effets néfastes à long terme pour l’environnement aquatique ». La même fiche recommande noir sur blanc, « Ne pas rejeter dans les canalisations d’égout/les eaux superficielles/les eaux souterraines. »
Ainsi, seulement 10% de ce principe actif, taux contenu par la Triclorine évoquée par Paul Martel, suffisent à rendre le produit hautement nuisible pour l’environnement, outre le fait que tout déversement de produit chimique quel qu’il soit dans une zone d’évacuation des eaux pluviales est illégal.
Des témoignages accablants
Les anciens salariés déclarent avoir été témoins de ces agissements entre 2003 et 2007. L’un d’eux déclare « avoir constaté la présence de fûts étrangement rouillés en bas du 2720 chemin de Saint Bernard à Vallauris. Ces fûts stockés à l’air libre en plein soleil et à proximité d’oxyde d’éthylène possédaient une étiquette avec l’inscription "trichlorine" ».
Il ajoute, « durant ces années passées au sein de la société MXM, j’ai observé régulièrement, par temps de pluie, une partie des fûts dans le collecteur d’eau pluviale le plus proche du bâtiment. » Les mêmes fûts sur lesquels étaient apposés les pictogrammes indiquant la forte toxicité du produit.
Un autre récit décrit les conditions dans lesquelles les fûts auraient été déversés. Une ancienne salariée témoigne avoir « vu Paul Martel et J.C. [le prénom a été changé, ndrl] qui portaient des masques, déverser le contenu d’un fût dans le collecteur d’eau pluviale. Surprise par cette fumée blanche, j’ai demandé à J.C. ce qu’était le produit, il m’a répondu que c’était de la "trichlo" et qu’ils le faisaient à chaque fois qu’il pleuvait ».
Interpellés par les colères de pêcheurs, eux-mêmes interloqués par la baisse du nombre de poissons dans la rivière en question, la Valmasque, et mis au courant de ces témoignages, les représentants de l’Association de sauvegarde de l’environnement de Biot (ASEB), ont décidé de monter au front et de déposer plainte en mai dernier.
Fauteurs de trouble
Les salariés qui aujourd’hui témoignent avaient été mis au ban de l’entreprise chacun leur tour entre fin 2007 et début 2008 sur la base d’un motif grave : « abus de confiance et entrée ou maintien irrégulier dans un système informatique ». Cette plainte de MXM envers eux a été classée sans suite le 16 septembre dernier.
Lors de leur audition par la gendarmerie de Cannes en février 2008 à la suite de ces accusations de vol et d’espionnage industriel, ils avaient fait part aux forces de l’ordre de ce à quoi ils avaient assisté dans l’entreprise, preuves à l’appui.
Pourtant Paul Martel, directeur de MXM, rétorquait fin août devant la caméra de France 3 qu’il s’agissait pour les ex-employés de se venger et nie toujours les accusations à son encontre.
Loin d’être belliqueux, les ingénieurs aujourd’hui ont sans peine retrouvé du travail et cherchent aujourd’hui à avertir la population au sujet de ces pratiques. Pour « des raisons d’éthique et de sécurité », ils demandent l’ouverture d’une enquête. Une analyse des fûts présents dans les locaux de l’industriel ainsi que des prélèvements dans le cours d’eau permettraient sûrement d’y voir plus clair dans toute cette histoire. Les autorités prévenues de ces agissements depuis 2008, à savoir le ministère de l’Agriculture et de la Pêche ainsi que la sous-préfecture des Alpes-Maritimes, ont indiqué aujourd’hui reprendre en main cette affaire. Il serait temps !
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