Jeudi 18 février, le ministère du Travail publiait, sur son site internet, une liste. Celle des entreprises de plus de 1000 salariés n’ayant pas suffisamment avancé sur le terrain de la lutte contre le stress au travail. Un projet lancé en juillet 2008 par le ministère, auquel Xavier Darcos, le ministre du Travail, a donné un coup d’accélérateur après la vague de suicides chez France Télécom.
Mais à peine la liste “vert - orange - rouge” était-elle publiée, que les mauvais élèves (ceux figurant sur les listes orange et rouge) avaient disparu du site.
Un coup de censure liée à la pression de patrons peureux que leur image se froisse ? Absolument pas, selon le ministère du Travail. « Une dizaine de chefs d’entreprises ont appelé suite à la publication de cette liste, pour dire que des accords entre eux et les syndicats étaient sur le point d’être signés, ou qu’ils allaient sérieusement plancher sur la question. Pas pour faire pression », a expliqué le service de presse du ministère.
Mais si la liste n’avait pas été supprimée, les PDG d’Avenir Telecom, à Marseille, ou d’Orange France à Arcueil, qui figuraient sur la liste rouge, n’auraient-ils pas été ennuyés ? Au mauvais rappel des suicides…
Par amour pour la liberté, Bakchich, qui a remis la main sur la fameuse liste, la publie, en exclusivité (voir document ci-dessous).
De bonnes et de mauvaises raisons
Mais prudence… Les entreprises pointées du doigt n’ont pas toutes les mêmes raisons de ne pas avoir fait leurs devoirs. Dans certains cas, des négociations ont bien été entamées, sans pour autant avoir été achevées, le patronat et les syndicats n’ayant pu trouver d’accord rapidement. Il arrive aussi que le PDG comme les syndicats, pour des raisons différentes, estiment que la lutte contre le stress n’est pas la priorité. Pour la direction, le souci numéro un reste la rentabilité, pour les salariés, c’est l’emploi.
Par exemple, à Radio France Internationale (RFI), la première réunion s’est tenue à la dernière minute courant janvier, alors que la date limite de “rendu” était le 1er février. Et « si aucune autre réunion n’a eu lieu, explique un syndicaliste de la station, c’est surtout parce que les salariés sont avant tout préoccupés par la perte de leur emploi ». A RFI, 201 licenciements prévus se sont transformés en départs volontaires et 69 salariés sont toujours menacés de prendre la porte. « Ça, c’est un facteur de stress, d’autant plus que les postes ne seront pas remplacés », ajoute le syndicaliste. Deux poids, deux mesures ?
Sur la SENI (Société d’entretien nettoyage industriel) du Kremlin-Bicêtre, une entreprise figurant également sur la liste rouge, Etienne Deschamps, un militant de la CNT nettoyage, fait le même constat : « Le problème de la SENI n’est pas le stress au travail, mais le respect minimum des droits des salariés. Sur 2300 salariés, l’entreprise emploie environ 450 sans-papiers [environ 200 selon d’autres sources]. Qui travaillent 151 heures payées 80 heures. Ce qui fait de la Seni le plus gros employeur de sans-papiers du département et l’un des plus importants de la région. La direction leur concocte de faux papiers, et quand ils ouvrent la bouche pour protester contre leurs conditions de travail, ils se font licencier au motif qu’ils n’ont pas de papiers ! » Le 12 janvier 2010, les deux frères et patrons de la Seni ont été placés en garde à vue pour « emploi d’étrangers sans titre de travail »…
Quand on s’attaque aux causes du stress au travail, une liste noire prend une toute autre dimension…














