Le royaume enchanté du Maroc n’a pas attendu de découvrir le contenu du rapport du Secrétaire général des Nations Unies (cf. encadré) pour se livrer à un tour de passe-passe sécuritaro-makhzénien comme lui seul en a le secret. Quelques jours avant la publication de la prose de Ban Ki Moon, le ministère de l’Intérieur, verrouillé par Fouad Ali El Himma, a procédé à la création d’une cellule sahraouie. Celle-ci opèrera dans l’ombre dudit ministère qui, huit années après le limogeage de Driss Basri, conserve la main haute sur le dossier du Sahara. La mission exacte de cette cellule reste encore mystérieuse mais à voir sa composition, on peut craindre le pire…
Grâce à un coup de baguette royale de Mohammed VI, trois walis sahraouis — Mohamed Ali El Admi, Mohamed Rachid Duihi et Khalil Dkhil — sont promus au grade de walis détachés au sein du ministère concerné. Au vu des origines des trois hommes, l’équilibre tribal a bien été respecté mais… Car il y a forcément un mais avec le Makhzen : l’un de ces hommes, Mohamed Ali El Admi, est un horrible tortionnaire qui a sévi dans les années 80 dans les campements de réfugiés de Tindouf avant de rallier le Maroc. Connu sous le nom d’Omar Hadrami, il a aussi bien sauvagement torturé des soldats marocains faits prisonniers par le Front Polisario (qui lui feraient bien la peau aujourd’hui) que des prisonniers d’opinion Sahraouis pour lesquels il avait bâti un centre de tortures à Tindouf. Bref un personnage abject qui dispose d’un CV tout aussi abject et qui figure dans les « best of » du Comité International de la Croix-Rouge (CICR).
Ban Ki pas gentil
Le nouveau Secrétaire général des Nations Unies serait-il en train de devenir un cauchemar pour les Marocains qui rêvaient secrètement de l’avoir glissé dans leur poche comme ils l’ont fait avec certains hauts sécuritaires américains ? Toujours est-il que Ban Ki Moon s’est fendu, le 13 avril d’un rapport sur le Sahara occidental d’une neutralité à toute épreuve et qui a été vécu comme un coup de fouet par Rabat. Ainsi, en guise d’entrée, l’ami Ban Ki remercie le Maroc pour lui avoir remis son projet d’autonomie et gratifie le Polisario de la même sucrerie : le Front a lui aussi soumis une proposition pour résoudre le conflit. En plat de résistance, Ban Ki n’ y va pas de main-morte : après avoir rappelé le droit des Sahraouis à exercer leur autodétermination (ce que refuse le Maroc), il indique que le Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations Unies continue de recevoir des informations « selon lesquelles les procès des défenseurs des droits de l’homme n’étaient pas conformes aux règles internationales de jugement équitable. » Histoire de relever le goût de son propos, il ajoute même que le Haut-Commissariat a été « mis au fait, par plusieurs autres sources, de circonstances où le droit à la liberté d’expression, d’association et de réunion aurait été mis à mal » au Sahara occidental. En dessert, Ban Ki plante une dernière banderille dans le dos du Maroc en concluant que si la Minurso (Mission des Nations Unies pour un référendum au Sahara occidental) n’a pas les moyens de faire respecter les droits de l’homme sur le territoire, les Nations Unies n’en demeurent pas moins « résolue à faire respecter les normes internationales en matière de droits de l’homme ». Gloups ! C’est dur à avaler et pas très encourageant pour le Maroc.
Khalli Henna Ould Rachid ciblé
Reste à comprendre le pourquoi du comment de ce tour de passe-passe sécuritaire à la sauce Makhzen qui aboutit à la mise en avant d’un homme jugé infréquentable par tous les Sahraouis de la planète et bon nombre de Marocains… À défaut d’épiloguer sur l’identité du mauvais génie qui a recommandé Omar Hadrami à Mohammed VI, on peut en déduire la cible de cette manigance. Hi, hi, hi, le Makhzen a toujours procédé ainsi : neutraliser un individu en favorisant son rival. Et à voir la profonde affliction dans laquelle a sombré le président du Corcas (Conseil royal consultatif des affaires sahariennes), Khalli Henna Ould Rachid, on peut en déduire que c’est lui la cible. Autre indice abondant dans ce sens : les trois walis précédemment cités figurent tous parmi ses « ennemis ». Pourquoi donc ? Est-il puni pour ne pas avoir su contrôler sa folie des grandeurs ? A moins que l’entourage de M6 ne soit en train de rechuter dans une guéguerre des clans avec un chef qui soutient Omar Hadrami et un autre qui appuie Ould Rachid ? La suite au prochain épisode car le Makhzen laisse toujours des traces de ses frasques…











