Les semaines précédant le vote du Conseil de Sécurité de l’ONU sur Sahara occidental survenu le 30 avril ont été rudes pour les diplomaties marocaines et algériennes. Comme le raconte l’hebdomadaire Jeune Afrique dans sa dernière livraison, les deux camps se sont livrés à une véritable course-poursuite à travers la planète. Dès qu’une délégation marocaine pointait son nez dans un pays, les Algériens repassaient juste derrière et vice-versa. « En Afrique, Accra et Brazzaville ont ainsi reçu la visite d’émissaires marocains, porteurs du projet d’autonomie élaboré à Rabat, immédiatement suivis par des contre-émissaires venus d’Alger », écrit l’hebdo. En Amérique Latine, la délégation marocaine a même dû renoncer à la dernière minute à une visite au Vénézuéla : ils allaient être reçus par un sous-fifre d’Hugo Chavez et non par le président lui-même comme prévu. Là encore, la faute à l’Algérie, selon Jeune Afrique.
Mais cette guerre diplomatique a connu son apogée la semaine précédant le vote aux Nations Unies. Les États-Unis ont essayé de faire passer un projet de résolution onusienne clémente pour le Maroc : éloges du projet d’autonomie pour le Sahara occidental et pas de mention de celui déposé par le Front Polisario à l’ONU en même temps que le Maroc.
Chirac fait des siennes
Au final, la résolution adoptée à l’unanimité par le Conseil de sécurité des Nations Unies est plus équilibrée, au grand soulagement de l’Algérie et du Front Polisario. Merci qui ? Merci la Russie, le Royaume-Uni et l’Espagne qui l’ont amendée pour mettre à pied d’égalité le Polisario et le Maroc. Arguments invoqués par ces trois pays : c’est la seule façon de faire l’unanimité lors du vote à l’ONU et c’est aussi le meilleur moyen pour que les belligérants s’assoient à la table des négociations. Mais ce ne fût pas une mince affaire. Décidé à rester actif jusqu’au bout de son mandat, le président Jacques Chirac — fervent soutien du royaume enchanté au point que ses détracteurs l’ont rebaptisé Chirac El Alaoui du nom de la famille royale marocaine — a bataillé ferme. Il est en effet intervenu personnellement pour essayer de persuader son homologue russe, Vladimir Poutine, de laisser le Maroc en paix. Certains diplomates parlent même d’un coup de fil sans que cela ait pu toutefois être confirmé. Il semble bien, également, que voyant que l’Espagne souhaitait amender le projet de résolution américain favorable au royaume, les Français se soient empressés de raconter cette félonie ibérique à leurs amis marocains…
Corcas ou pas Corcas ?
Aujourd’hui, les Nations Unies appellent le Maroc et le Front Polisario à négocier « sans conditions préalables » afin de parvenir à une solution permettant « l’autodétermination du peuple du Sahara occidental ». Mais ces négociations s’annoncent compliquées. Les Américains veulent un strapontin et, avec leur habileté légendaire, jettent de l’huile sur le feu (cf. brèves). Et surtout le Polisario comme le Maroc ne parviennent pas à se mettre d’accord sur le lieu de la rencontre. Les Marocains aimeraient qu’elle se déroule à Genève, en Suisse, et le Polisario aux Nations Unies, à New York. Les Américains font encore mieux : pour eux, les pourparlers doivent avoir lieu à la maison, à Washington ! Autre point d’achoppement et non des moindres : qui va négocier pour les deux parties ? De part et d’autres, on compose les équipes mais les Marocains demandent à ce que le Corcas [1] soit de la partie au prétexte qu’il représente ce que le royaume enchanté appelle les « sahraouis de l’Intérieur », à savoir ceux qui vivent au Sahara occidental. Le Polisario, lui, ne veut pas en entendre parler et menace de quitter la table des négociations si un membre du Corcas pointe son nez. Voilà qui promet de belles prises de bec pour le mois de juin au cours duquel les négociations devraient débuter. Si elles débutent un jour.










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