Un petit tour et puis s’en va. Comme prévu, le premier round de négociations entre le royaume enchanté du Maroc et le Front Polisario n’a duré que 48 heures. Et, comme prévu, rien de concret n’en est sorti si ce n’est que les deux parties sont tombées d’accord pour se revoir au même endroit en août. La rupture a donc été évitée même si les deux ont fermement campé sur leurs positions : référendum d’autodétermination pour le Polisario et autonomie du Sahara occidental pour le Maroc. À en croire les deux parties, l’ambiance générale était même plutôt bonne. La preuve : les délégations marocaines et polisariennes se sont même serré la pince avant d’entrer en salle de négociation et ont soupé dans la même pièce sans se mordre. Un exploit !
À une reprise au moins, chaque partie a tout de même dû ravaler son chapeau. La délégation marocaine a ainsi frémi d’énervement lorsque le directeur général adjoint aux affaires politiques des Nations Unies, l’Américain B. Lynn Pascoe, a inauguré les négociations en rappelant que leur objectif était de trouver une « solution mutuellement acceptable qui permettra au peuple sahraoui d’exercer son droit à l’autodétermination ». Le Maroc répète en effet depuis dix ans qu’il ne veut pas entendre parler d’un référendum d’autodétermination. De son côté, le Front Polisario a dû, lui aussi, se rengorger. Comment ? En acceptant de mauvaise grâce la présence du président du Corcas, Khalli Henna Ould Rachid, à la table des négociations, comme membre de la délégation marocaine. Dire qu’une semaine avant les responsables du mouvement indépendantiste déclaraient en privé que si le Corcas mettait le pied à Long Island, il n’y aurait pas de négociations…
Sécurité avant tout
La délégation du royaume enchanté était essentiellement composée de sécuritaires avec messieurs Benmoussa, ministre de l’Intérieur, El Himma, ministre délégué à l’Intérieur et conseiller de M6 pour les questions de sécurité, Mansouri, patron des services secrets marocains (qui est resté coi durant toutes les négociations). Voilà qui en dit long sur la façon dont le Maroc compte administrer le Sahara occidental… Le ministre délégué aux Affaires étrangères, Fassi Fihri, était également de la partie, tout comme le président du Corcas Khalli Henna Ould Rachid, dont les Américains ne voulaient pourtant pas entendre parler.
L’Espagne le bec dans l’eau
La grande perdante de ces pourparlers semble toutefois être — surprise ! — l’Espagne. En temps qu’ancienne puissance coloniale (elle a quitté le Sahara occidental comme une voleuse entre 1975 et 1976), elle avait été invitée par Ban Ki Moon en personne aux négociations. Écœuré par le soutien que le Premier ministre espagnol Zapatero affiche aux thèses marocaines, le Polisario a manœuvré en coulisses pour que les Espagnols soient traités à pied d’égalité avec les Français et les Américains, eux aussi très intéressés par les négociations : prière de rester dans les locaux de vos missions diplomatiques aux Nations Unies. De mauvaises langues algériennes estiment que la France qui appuie depuis toujours le royaume enchanté aurait mérité pareille raclée mais que mieux valait s’abstenir au cas où Sarkozy en viendrait à nouer un partenariat stratégique avec Alger. Le plus drôle étant toutefois que les Marocains n’ont pas jugé utile de prêter main forte à leur allié espagnol qui s’est retrouvé le bec dans l’eau. Et qui, depuis, ne décolère pas.










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