Lion d’or à la Mostra de Venise, Ours d’argent au festival de Berlin, double Palme d’or au à Cannes, festival dont il fut aussi président en 1995… le CV du réalisateur serbe Emir Kusturica ne manque ni de saveur, ni d’exotisme. Celui que le milieu du cinéma surnomme respectueusement le Fellini des Balkans survole actuellement le monde artistique. Depuis quelques jours le grand public peut découvrir le fruit de sa collaboration avec le chanteur alter mondialiste Manu Chao. En noir et blanc, le clip Rainin’ in Paradize qu’il a réalisé est à l’image du travail du serbe où tragédie et humour se marient sur fond de musique endiablée. L’association entre les deux artistes militants semble presque naturelle. C’est donc dans cette même logique qu’ils s’étaient retrouvés un peu plus tôt pour le tant attendu documentaire sur la vie de l’ancien footballeur argentin Diego Maradona (sortie prévue pour le courant 2008).
L’homme laisse toujours une place prépondérante à la musique tant dans ses films que dans sa vie. En 1985, après l’obtention de sa première Palme d’or à Cannes, le jeune cinéaste alors âgé de 31 ans décide de couper un peu avec le 7e art et se consacre à la musique. Un break qui lui permet d’évacuer la pression naissante due à l’émergence de son nouveau statut. Le cinéaste était bon, le musicien – qui se lie d’amitié (depuis révolue) avec le chanteur populaire Goran Bregovic – ne l’est pas moins. Bregovic collaborera par la suite sur plusieurs chefs d’œuvre cinématographiques du maître en en composant les bandes originales. Il est devenu une des nombreuses raisons du succès d’Emir Kusturica, un peu à la manière d’un Enzo Morricone pour le réalisateur des westerns spaghettis Sergio Leone. Ensemble ils signeront notamment Le temps des gitans, film retraçant le parcours de Perhan, un jeune gitan nanti d’illusions et de rêves, que la réalité finit par rattraper.
Aguerri par son expérience avec le groupe No Smoking Orchestra, et l’équilibre qu’il s’est toujours imposé de respecter entre le son et l’image dans ses films, Kusturica décide de donner une nouvelle impulsion à sa carrière musicale et s’inspire librement du scénario du film pour en faire ce qu’il définit lui-même comme un opéra punk. « Je crois que je vais abandonner le cinéma, et ne plus mettre en scène que des opéras. Ce travail m’a beaucoup plu », a-t-il précisé, un brin ironique, lors de sa conférence de presse parisienne. La scène de l’Opéra Bastille est prise d’assaut et le moins que l’on puisse dire est que le résultat est surprenant. Pendant que deux orchestres disposés des deux cotés de la fosse se disputent lors d’une joute musicale et que les envolées lyriques résonnent dans l’enceinte en langue rom, un joyeux bordel évolue sur une scène où acrobates, enfants, et même un véritable troupeau d’oies se succèdent. Le plus vexant avec les génies, c’est que le plus improbable des chaos trouve finalement une certaine cohérence artistique








Version imprimable
Recommander à un ennemi