Dans les airs viciés et ailleurs l’inoxydable Roland Jacquard joue le rôle du docteur Knock – « est-ce que ça vous chatouille ou est-ce que ça gratouille » –, le démasqueur d’Oussama Ben Laden à qui on la fait pas et qui sait toujours des choses ultra-secrètes, mais dont il ne peut pas parler parce que c’est trop grave ! Vient ensuite le très très grand reporter Frédéric Hébert, alias docteur Diafoirus – « la saignée, vous dis-je ! Encore la saignée ! » – qui sait qu’Al-Qaïda existe parce qu’il l’a rencontrée. Enfin, on doit subir une troisième version plutôt docteur Folamour, sur le mode du grand complot musulman anti-américano-israélien, avec l’expert multi-cartes Claude Moniquet fondateur d’un observatoire de fantômes belges prévoyant toujours les pires catastrophes… Non content d’alimenter une lecture de l’histoire complètement paranoïaque ces grands praticiens du « mal du XXIème siècle » participent pleinement, et avec une délectation non dissimulée, à la fabrique de la haine des civilisations, au décervelage de leurs auditeurs et à l’Orwellisation ambiante, sinon dominante : « si vous n’êtes pas avec nous, vous êtes contre nous ».
Aucune espèce d’analyse, aucune remontée aux causes, aucune vision. La civilisation est bien en guerre totale contre la barbarie, le bien contre le mal, nous contre eux, « Continuons le combat… » Évidemment, la menace terroriste est une réalité. Comme lors des attentats de Londres 2005, on assiste à l’émergence de micro-réseaux d’activistes de nouvelle génération. Des réseaux auto-proclamés qui, bien-sûr, se réclament d’Al-Qaïda, sans pour autant, entrer en action à la suite de consignes et d’ordres émanant des sommets pyramidaux d’un Komintern salafiste. À Londres, comme à Glasgow ou au Yémen, la menace ressurgit selon des logiques « rhizomatiques », et le rhizome peut prendre des formes extrêmement diverses. Ces formes s’agencent selon des principes de connexion et d’hétérogénéité : « À la différence des arbres ou de leurs racines, le rhizome connecte un point quelconque avec un autre point quelconque. (…) Il n’a pas de commencement ni de fin, mais toujours un milieu, par lequel il pousse et déborde ». Aux systèmes de pouvoirs centrés et pyramidaux, les auteurs de Mille Plateaux opposent « des systèmes acentrés, réseaux d’automates finis, où la communication se fait d’un voisin à un voisin quelconque, où les tiges ou canaux ne préexistent pas, où les individus sont tous interchangeables, se définissent seulement par un état à tel moment, de telle façon que les opérations locales se coordonnent et que le résultat final global se synchronise indépendamment d’une instance centrale » [1]
En l’occurrence : étudiants, ingénieurs, médecins ou paumés – exclus de la mondialisation – de milieux immigrés de deuxième ou troisième génération, ou de convertis, reliés par des solidarités professionnelles, de quartier ou de communauté. Aux stages de formation en Afghanistan, au Pakistan, en Bosnie ou en Tchétchénie, ils préfèrent de beaucoup les sites Internet cultivant frustrations et ressentiments qui fleurissent sur le terreau de crises internationales gérées de manière unilatérale. D’autres sites fournissent les recettes de fabrication des machines meurtrières et la lecture du petit chimiste illustré, parfois, aide aussi… Les différents services français de sécurité ont baptisé le phénomène « syndrome de Nancy ». À la veille du second tour de l’élection présidentielle française, un demi-barjo a été serré par la DST, dans sa cuisine – à Nancy – en train de remplir des extincteurs d’un explosif artisanal très puissant. En relation par Skype interposé avec une antenne du GSPC algérien, il s’apprêtait à déposer ses extincteurs piégés dans des autobus du chef-lieu de la Meurthe-et-Moselle.
Ce type de menaces « rhizomatiques » est devenu la hantise des services de sécurité des pays occidentaux et du monde arabo-islamique. Pour tenter d’assécher le terreau de ces rhizomes, ne devrions-nous pas, Messieurs les docteurs, remonter aux causes en gérant, d’une manière plus équitable, les conflits qui servent de référents aux idéologies mortifères ?










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