C’est un petit plaisantin qui a mis le feu aux poudres sur son site web de caricatures pro-Polisario, www.wsahara.net. Entre le 30 juin et le 5 juillet 2007, notre illustre inconnu s’est amusé à créer un personnage fictif, Ban-jusa, copie conforme du Secrétaire général des Nations Unies, le vénérable Ban Ki Moon.
Et a commencé à distiller en ligne, petits dessins saignants à l’appui, des mails imaginaires que l’ami Ban Ki rédige à ses copains diplomates. Inutile de préciser que la diffamation y côtoie des informations avérées comme l’implication personnelle du ministre des Affaires étrangères espagnol, Moratinos, lorsqu’il tente de servir de porte-plume au vénérable Ban Ki à la peine pour rédiger ses rapports sur le Sahara occidental. Côté diffamation, l’auteur ne fait guère dans la dentelle et fait raconter à son Ban Jusa que l’un des négociateurs marocains dans les pourparlers avec le Front Polisario a piqué sa carte bancaire et l’a utilisé pour payer des factures d’électricité de réfrigérateurs à poisson, une industrie clé au Sahara occidental. Ou encore que ce pauvre Ban Jusa était ivre mort lorsqu’il a rédigé son dernier rapport qui a tant semé la pagaille…
À ce stade, rien à signaler si ce n’est une blague de potache qui peut prêter à sourire. Jusqu’à ce que l’allumé de service de la presse marocaine s’en empare : le patron d’Al Ousboue, l’hebdomadaire le plus lu et le plus populaire du royaume enchanté. Sans crier gare et surtout sans vérifier ses informations, son journal publie le 6 juillet un article intitulé « Graves développement dans la question du Sahara ». Formules choc à l’appui, il y affirme avoir récupéré la copie des mails personnels de Ban Ki Moon et publie de larges extraits des œuvres de Ban Jusa. Stupeur et tremblements au royaume enchanté ! Le Matin du Sahara, la pravda marocaine, publie aussitôt un article traînant Al Ousboue dans la boue. Extraits : « le dernier numéro (d’Al Ousboue) s’est fendu d’un articulet où la diffamation aggravée se conjugue avec la mauvaise foi et l’absence ahurissante de règle déontologique » ; « on en arrive au pire des procédés de la presse de caniveau : le prétendu recel, le larcin du portefeuille de Ban Ki Moon par un des membres de la délégation marocaine ! A-t-on vu une si importante personnalité se faire voler impunément devant des centaines de personnes (…) et membres de la redoutée force des agents de sécurité de l’ONU ? L’insulte est d’autant plus grave et inacceptable qu’il faut imaginer que l’un et l’autre étaient dans une position d’intimité douteuse pour que le diplomate marocain, avec l’horrible intention que cela suppose, subtilise le portefeuille de M. Ban Ki Moon » ; « Nous aurions donc non pas des membres respectables de la délégation du Maroc, soigneusement triés sur le volet, maîtrisant leur dossier, partis ensuite défendre leur pays et une cause nationale sacrée mais bel et bien des bandits des grands chemins, des gangsters déguisés en diplomates. » Et le Matin du Sahara de conclure survolté « la ficelle est grosse, tellement grosse, qu’elle relève de la série noire à la James Bond ». Dire que ce quotidien fait office de porte-parole officieux du Palais royal…
C’était sans compter sur l’intervention de la justice du Royaume enchanté qui, comme chacun le sait, se rend au nom du Roi… À la suite de l’article incriminé, le parquet du Tribunal de première instance de Rabat a ordonné à la police judiciaire de procéder à l’audition et à l’interrogatoire du directeur d’Al Ousboue pour avoir porté atteinte à l’intégrité territoriale du pays et publié des propos diffamatoire à l’égard des membres de la délégation marocaine aux négociations avec le Front Polisario. Le pauvre directeur, fort âgé, a passé l’après-midi au poste.
Effrayé par ce canular qui tourne au vinaigre, le ministère marocain des Affaires étrangères n’a pas pu s’empêcher d’en rajouter une couche, publiant un communiqué qui assène un dernier coup de babouches à Al Ousboue. « Le ministère (…) dénonce avec force la publication de ces mensonges et allégations non-fondées dont la parution coïncide avec la recrudescence de la campagne de propagande que mènent les ennemis de notre intégrité territoriale contre le Maroc, ses intérêts supérieurs et son intégrité territoriale sacrée », pouvait-on y lire, en se pinçant pour y croire. À noter toutefois que ce démenti est paru trois jours après la publication de l’article d’Al Ousboue. Sans doute pour laisser le temps à la DGED, les services secrets marocains, de s’assurer que les œuvres de Ban Jusa n’étaient qu’un canular. Nous, chez Bakchich, on ne demande qu’une chose : ENCORE !










