« Je n’arrive plus à lire de la science-fiction, la réalité va encore plus loin… » Les yeux tout pétillants, le psychologue clinicien Renaud Évrard, 23 ans, explore les sentiers troubles de l’étude du paranormal, des études avant tout « scientifiques ». Freud, parait-il, était fan, Breton et tous les surréalistes, des accrocs. Lévitation, phénomène de déjà-vu, expérience de mort imminente, télépathie, vie antérieure, maison hantée, le jeune homme, peut en parler pendant des heures. Permanencier au service de consultation à l’Institut Métapsychique International (IMI), il nous ouvre les portes de ce lieu chargé d’histoires, fief du X-Files français depuis 1919.
La parapsychologie (nom officiel) est née en France et se matérialise en 1919 par la création de l’IMI à Paris. Et plus précisément à Stalingrad, dans le peu reluisant XIXème arrondissement de l’époque. Derrière une porte bleue située au rez-de-chaussée, une première pièce poussiéreuse annonce la couleur. Des centaines de revues « métapsychiques » remontant jusqu‘en 1921 sont prêtes à la revente. Il faut dire que les affaires vont mal, les mécènes se font rares et l’État ne subventionne pas l’association (qu’elle reconnaît pourtant d’ « utilité publique »).
Brèves de labo
« 50 personnes par mois me contactent en moyenne ». Victimes de phénomènes qu’ils pensent surnaturels, beaucoup de personnes, selon Renaud Évrard, sont laissées pour compte par la science. Dès la création de l’IMI en 1919, l’État français reconnaît l’Institut d’ « utilité publique » et sa principale mission est de répondre aux demandes de ceux qui n’ont pas de réponses. « Beaucoup de phénomènes sont déjà connus. » Par exemple, « certains souffrent de paralysie du sommeil, ce qui peut provoquer des hallucinations au réveil. Du genre, des extraterrestres viennent sur mon lit, me touchent ou me parlent. Les gens prennent peur alors qu’il s’agit d’un phénomène physique (inhibition cérébrale conjointe à une atonie musculaire…) tout à fait explicable, mais il faut dire qu’il y a de quoi devenir fou, tellement ça paraît réel. » Autre phénomène ; un homme possédait un tel magnétisme qu’il cassait tout. Micro-ondes, congélateur, télé, tout y passait, même les portes battantes de supermarché se fermaient sur lui… « Il se sentait persécuté alors que c’était juste un problème de magnétisme » justifie le professeur Évrard . D’autres phénomènes sont récurrents, mais n’ont pas forcément de réponses bien établies. Un appel sur dix met en cause des photos où figurent des apparitions inattendues. Beaucoup d’expériences de l’IMI et d’autres endroits mettent en évidence l’influence de la psyché (force consciente ou inconsciente de la personne) sur les clichés. Plus « space » encore, il ne se passe pas un mois sans que des phénomènes de maison hantée n’arrivent aux oreilles de Renaud Evrard, alors « je les envoie vers des psychiatres ou des psychologues proches de leur domicile et avec qui nous sommes en association. Eux pourront les écouter. Ces phénomènes ne durent en général pas plus de trois mois, dit-il nature » Le jeune homme avoue, après plus d’un an de bénévolat, se sentir plus expérimenté. Ce qu’il aime le plus, c’est la « créativité » qu’impose ce travail, « on affronte tous les jours des situations nouvelles, c’est passionnant ». Arnaque ? « Non, les gens donnent ce qu’ils veulent et on ne fait pas dans le spiritisme. Justement l’IMI est là pour éviter les charlatans et comme disait Victor Hugo “Si la science ne veut pas de ses faits , l’ignorance les prendra” »
Au bout de la pièce, une petite terrasse. À gauche, un studio loué à une association écologique… Fut-ce une époque, il servait pour les expériences mais finances obligent : vive l’écologie ! À droite : la pièce centrale. Une grande bibliothèque avec des thématiques dignes de la famille Adams (prestidigitation, lévitation, magnétisme, vie antérieure…). La pièce sert aussi de salle de conférence et concentre des archives en tout genre. Sur les murs, sur les meubles, le regard est littéralement happé par des objets d’expériences bizarroïdes ou des peintures « médiumniques »… Bien sûr, mais qu’est-ce que c’est au juste ? Dans les années 1900-1902, Fernand Desmoulin, artiste connu et reconnu, menait la grande vie puis Shboum ! À 50 ans, atteint de spiritisme, il peint les voix qu’il entend. Ses peintures devinrent très célèbres, très prisées de collections dites « parallèles ». Un don de plusieurs toiles furent offerts à l’IMI, c’était l’époque où l’institut fricotait encore avec le spiritisme. Depuis les années 30 et un certain Charles Richet, exit dieu, le diable et autres croyances. Désormais la ligne de conduite est claire : « Nous ne croyons pas au paranormal mais nous l’étudions »
Repousser les frontières de la science signifie donc créer, innover et aussi bricoler. Les objets sont partout. Ils nous parlent. Des trophées de fortune, fruits de l’imagination de vrais professeurs « Trouvetou ». Un des plus dingues : le « tychoscope ». Le but : prouver l’influence d’un être vivant sur des phénomènes physiques aléatoires. l’objet est rectangulaire. Il est doté de quatres pattes sur un des côtés qui lui permet de se déplacer suivant le bon vouloir d’éléments radioactifs… Le poussin, oui, le poussin, entre alors en jeu. Cet animal fut choisi par sa capacité instinctive à suivre les jupons plumes de sa mère. Puis c’est pratique un poussin. Multipliant les expériences, la petite boule jaune, en sortant de sa coquille, prendrait aussi le tychoscope… pour sa mère. Au bout d’un moment, il apparaîtrait que le tychoscope prenne aussi le poussin… pour son petit, tant l’objet en métal collerait aux basques de l’oisillon. Bref… les êtres vivants, dont l’Homme, pourraient amadouer toutes probabilités, même les plus improbables. La vérité est ailleurs… Esprit sain, poussin…
Descendons désormais au sous-sol, lieu des expériences. Ici, on s’exerce régulièrement à la télépathie, aux phénomènes prémonitoires et autres étrangetés. Donc un peu d’émotions, quand même. Qu’avons-nous, aujourd’hui, au programme ? « Une expérience sur la momification à distance » glisse Renaud Évrard, le sourire accroché. Pardon ? « Certaines personnes prétendent pouvoir dessécher un fruit ou un légume à distance donc on essaye ». Quatre tomates sont ainsi maintenues en l’air et tournent en cercle pour éviter toute concentration en humidité. Une seule serait la proie du médium. À vérifier, c’est en cours…
Pour tout renseignement : le site de l’IMI : http://www.metapsychique.org mail de l’IMI : sospsee@metapsychique.org










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