Faut-il que l’heure soit grave ? Jean-Pierre Elkabbach cajole les journalistes depuis quelques temps. Pas ceux d’Europe 1. Ceux qui suivent l’actualité des médias. Résultat : Challenges, l’hebdo économique de Claude Perdriel, également propriétaire du Nouvel Obs, lui consacre quatre pages, dont une grande photo en pied, dans son dernier numéro. Le titre ? « Increvable ». L’ami Jean-Pierre Elkabbach aimerait bien le croire. Mais il y a le feu dans la maison sise rue François Ier. D’abord, le grand journaliste que le monde entier nous envie – ses thuriféraires dixit – traîne une fâcheuse réputation de sarkozyste primaire. Tout ça parce qu’il a demandé au futur président de la République des conseils pour recruter des reporters au service politique. Comme si, depuis quarante ans qu’il officie sur les ondes, Elkabbach avait dérogé une seule fois à cette règle simple : être toujours du côté du pouvoir, quel qu’il soit.
Conspué le soir du 10 mai 1981 sur la place de la Bastille, il a réussi à intégrer le cercle des éditorialistes fréquentés par François Mitterrand. Si Jacques Chirac l’a un peu tenu à l’écart, il a néanmoins obtenu de participer à des voyages officiels. Mais cette fois, dans une France sarkozysée, comme on dirait normalisée, les choses sont plus difficiles. L’audience d’Europe 1, qu’Elkabbach préside depuis 2005, est en baisse (-0,6 point à 8,6%, dans la dernière enquête couvrant le printemps). Or, toutes les radios généralistes ont progressé, bénéficiant de l’actualité autour de la présidentielle. Affublé du méchant qualificatif « Radio Sarko », Europe 1 paie l’admiration de son patron pour Super Sarko, d’autant que le grand patron du groupe, Arnaud Lagardère, est lui aussi un pote, pardon « un frère », du timonier de l’Elysée.
Voilà pourquoi Elkabbach, 70 ans à la fin du mois, est toujours là. Il n’est pas increvable. Il est invirable. Et pourtant les casseroles s’accumulent : les jeunes journalistes prometteurs s’enfuient d’Europe 1 où l’heure est à la rigueur malgré des résultats financiers qui sont plutôt meilleurs que dans les autres activités médias du groupe Lagardère. Les performances opérationnelles seraient encore meilleures si Elkabbach montrait un peu de discipline. Son interview du matin, qui fait se pâmer ses admirateurs, ne respecte jamais l’horaire. Au lieu de s’achever à 8h30, elle déborde souvent jusqu’à 8h35 voire 8h40. Conséquence : les spots publicitaires sautent. Ses dernières initiatives provoquent l’accablement en interne : pour « dynamiser » les tranches d’information, il a fait appel à Jacques Pradel le matin et à Jean-Marc Morandini à la mi-journée. Pour une radio qui se présente comme la station préférée des cadres, c’est un joli coup. À quand l’extra-terrestre de Roswell interviewé par JPE ?
N’importe quel patron piquerait une gueulante. Pas Arnaud Lagardère, qui a, il est vrai, JPE comme conseiller personnel. Il faut dire qu’Elkabbach adore rendre service. Président d’Europe-1, il est aussi à la tête de Public Sénat où il anime d’ailleurs une émission sur les livres. Il serait payé 15 000 euros par mois. Et il ne manque jamais un cocktail qui compte. Cerise sur le gâteau : il est aussi membre d’un comité éditorial de Lagardère chargé de réfléchir aux évolutions technologiques dans le secteur des médias. Ce qui fait bien marrer dans le groupe. Il y a quelques mois, avant de s’envoler pour un voyage organisé par Google aux États-Unis, il était allé voir les journalistes d’Europe 1 : « Google, c’est bien un moteur de recherche, c’est ça ? On peut l’utiliser pour chercher sur Internet, c’est ça ? » C’est ça Jean-Pierre et ce qu’il y a de formidable c’est que ça oblige les médias traditionnels à revoir de fond en comble le fonctionnement. Enfin, en principe.











