Le marchand d’armes libanais Iskandar Safa, bien connu des fidèles de Bakchich, n’est plus classé « fugitif ». Après plusieurs années de cavale, l’homme d’affaires vient finalement rendre à la justice française, lundi dernier. Tout cela pour être derechef mis en examen pour « abus de bien sociaux », dans le cadre d’une enquête sur le financement illégal de Charles Pasqua et placé sous contrôle judiciaire. Mais sans passer par la case prison qui lui était promise jusque là. Ouf : la campagne de redressement de son image, qu’il avait financé à grand frais (150 000 euros au bas mot) ces dernières années dans la presse française, via le lobbyiste Marc Francelet, a donc porté ses fruits…
Rappellez-vous chers lecteurs, ces articles un peu limites publiés en 2005, dont l’un notamment dans l’honorable hebdo Le Point.
Au printemps dernier, Franz-Olivier Giesbert, dit FOG, le patron dudit magazine avait même du s’expliquer devant la police sur ce reportage dont les frais avait été pris en charge par Safa lui-même via l’ami Marco, un « informateur » du Point. « Francelet ? Je le connais depuis une trentaine d’années. Je l’ai mis en contact avec l’un de mes journalistes », avait reconnu FOG sur le procès verbal que s’est procuré Bakchich. Giesbert précise toutefois que le lobbyiste n’était pas un intime. « Il n’est jamais venu chez moi, ni moi n’est allé chez lui. On déjeunait une fois de temps en temps. Il me joignait souvent le week-end. Je n’ai pas le souvenir que l’on parlait très précisément de sujet mais cela arrivait parfois ».
Le patron de la Brigade de répression de la délinquance économique (BRDE), chargé de cuisiner FOG, remarque pourtant que les relations entre le patron du Point et le lobbyiste de Safa semblent très étroites. « Je confirme que Marc Francelet pouvait ouvrir certaines portes. Je n’ai pas le souvenir pour autant d’avoir dit qu’il fallait en faire un correspondant privilégié et Je n’ai pas souvenir d’avoir parlé de Safa avec Marc Francelet », avance prudemment le journaliste du Point. Le patron de presse reconnaît néanmoins devant le flic s’être porté garant devant la justice pour l’ami Marco : « J’ai effectivement rédigé pour lui une attestation adressée au juge Courroye quand il a sollicité la levée de son contrôle judiciaire pour aller faire une interview du chef du Hezbollah au Liban ». En réalité, loin d’aller risquer sa vie au Liban, Francelet, en bisbille avec la justice sur toute une série de malversations supposées, voulait simplement aller dans un pays du Golfe pour faire des affaires avec une riche famille princière (cf. Bakchich # 33)… FOG a-t-il peut-être la mémoire qui défaille ?
Mais pour en revenir au reportage destiné à polir l’image du fugitif Safa, le commissaire de la BRDE s’étonne que le reporter du Point soit allé au Liban en compagnie de l’ami Marco. « Le Point envoie un de ses journalistes en reportage, si des tiers l’accompagnent, ce n’est pas mon problème. Le Point prend en charge les frais de ses collaborateurs. Il peut y avoir des exceptions Mais elles sont rares chez nous », professe Giesbert. Faux, remarque alors le flic. Dans le cas présent, le journal n’a rien payé et le journaliste s’est fait inviter ! Est-ce compatible avec les règles déontologiques du journal ? Là encore FOG perd la mémoire. « Il existe une charte éthique au journal, reconnaît-il. Mais Je n’ai plus de souvenir précis pour ce cas de figure ». En voilà une belle déontologie professionnelle ! Diriger un journal sans en connaître les règles ? C’est le milliardaire François Pinault, le propriétaire de l’hebdo qui doit être content !
Précision sur un transfert
Exclusif : on en sait plus sur le transfert de l’ancien journaliste du Monde, Hervé Gattegno au Point. Jusqu’ici, le flamboyant lobbyiste Marc Francelet s’attribuait l’initiative de l’opération. Il se vantait partout d’avoir convaincu son copain Giesbert d’embaucher son pote Gattegno. « Faux, assure le patron du Point sur procès-verbal. Marc Francelet n’a pas recruté Hervé Gattegno. Gattegno voulait entrer au Point et il est venu me voir à plusieurs reprises les années précédentes ». Bref, placardisé au Monde, le roitelet du journalisme dit d’investigation s’est contenté de rampé devant un baron de la presse pour trouver un nouveau job à 8 000 euros par mois. Comme tout le monde quoi !
Giesbert semble peu au fait de ce qui se passe dans son propre journal. Surtout lorsqu’il publie un doux article sur Safa titré « Un PDG interdit de séjour » et financé par l’intéressé via Francelet. « Pour moi c’est un bon article, assène Giesbert aux flics. Je ne me suis pas posé la question de la rémunération de Marc Francelet. Je ne savais pas qu’il était en affaire avec Safa. Je considère que nous n’avons pas été manipulé dans le cas d’espèce ». Et devant l’incrédulité des enquêteurs, FOG, en expert, se fait philosophe du journalisme de complaisance : « On vit dangereusement si on veut essayer de bien faire ce métier », déclare-t-il sur procès verbal. Vite une protection rapprochée pour le journaliste valeureux !
Dans les archives de Bakchich :






Version imprimable
Recommander à un ennemi