Ce mardi 16 octobre, le procureur général Laurent Le Mesle s’est consacré à l’acrobatique mission d’enterrer une nouvelle fois l’affaire Boulin. Il a donc informé Fabienne Boulin-Burgeat, fille du ministre retrouvé mort au matin du 30 octobre 1979, du rejet de sa demande de réouverture de l’instruction pour homicide. Cela ouvre toutefois un nouveau délai de 10 ans pour présenter des « charges nouvelles » susceptibles de provoquer une réouverture du dossier.
Le Mesle a tenté de justifier sa décision en prétendant réfuter quelques points essentiels soulevés par la partie civile, notamment l’heure de la découverte du corps de Boulin. Le Proc’ recourt à une méthode éprouvée sous des cieux totalitaires : considérer les témoignages des morts comme faux et/ou relevant du gâtisme, et s’abstenir d’entendre les vivants qui les confirment.
Tel est le traitement réservé à Raymond Barre. L’ancien Premier ministre avait en effet révélé au journaliste Benoit Collombat (son recueilli en 2005 à écouter ci-dessous) qu’il avait été réveillé avant 3h du matin car on lui annonçait avoir découvert le cadavre de Robert Boulin.
Le décalage d’au moins cinq heures entre la découverte du corps dont est informé Raymond Barre et la version officielle, (les gendarmes trouvent Boulin reposant dans les 50 cm d’eau de l’étang rompu à 8h40) est capital : il écroule la version officielle, prouve que le pouvoir politique savait la mort de Robert Boulin avant que les gendarmes ne retrouvent le corps. Une préscience du pouvoir qui justifie à elle seule l’ouverture d’une nouvelle enquête. Mais M. Le Mesle s’y oppose avec un argument incroyable : Barre serait dans l’erreur, il aurait confondu l’heure du lancement de la recherche et l’heure de la découverte du corps… Le pauvre vieux….
Cette grossière tentative de réécriture de l’histoire est encore affaiblie par le refus d’entendre d’autres témoins vivants de cette découverte nocturne du corps de Boulin, car M. Le Mesle a décidé de s’appuyer sur le seul témoignage de Philippe Mestre, alors directeur de cabinet de Raymond Barre et candidat au poste de patron de la DGSE. Ce farouche gardien de la raison d’Etat a depuis le premier jour milité avec acharnement pour que jamais la version officielle du suicide ne soit remise en cause, n’hésitant pas à qualifier de mensonge le témoignage du propre directeur de cabinet de Boulin, Yann Gaillard, qui, lui aussi, affirme avoir appris, de Mestre en personne, vers 2h dans la nuit du 29 au 30 octobre, la découverte du corps du ministre…Le procureur général s’est abstenu aussi d’interroger Christian Bonnet, alors ministre de l’Intérieur, qui, lui aussi, affirme avoir été réveillé entre 2 heures et 3 heures dans la nuit du 30 octobre 1979, pour la même raison que Raymond Barre : « on » avait découvert le cadavre de Boulin.
D’autres perles de ce calibre émaillent ce que M. Le Mesle qualifie de « document qui synthétise l ‘analyse effectuée par mon parquet général » remis à Fabienne Boulin lors de l’audience du 16 octobre.
La carrière récente de M. Le Mesle, conseiller justice auprès du président Chirac, puis directeur de cabinet du Garde des Sceaux Clément, avant d’être nommé, par Chirac et maintenu par Sarkozy procureur général de Paris, le prédispose à remplir cette mission de confiance : tout faire pour s’opposer à l’ouverture de la Boîte de Pandore que constitue l’affaire Boulin.
William Bourdon (l’avocat de la fille de M. Boulin) : pourquoi la justice a peur de rechercher les assassins.
La fille de Robert Boulin : l’affaire Boulin ne fait que commencer.
L’affaire Boulin dans Bakchich
- Affaire Boulin : c’est mal Barré
Et ci-dessous, les 12 pages de l’argumentation du procureur général Laurent Le Mesle.








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