À 100$ le baril, le pétrole retrouve son niveau de 1980 en tenant compte de l’inflation survenue depuis (102$ en février 1980) : c’est le troisième choc pétrolier et on commence à s’en apercevoir, même à Bercy. La semaine dernière, Eric Woerth a retenu son souffle pour annoncer de façon solennelle : « Il faut s’habituer d’une certaine façon à avoir un pétrole cher ».
Ce genre de période est celle où les experts sont sur la brèche. Il y a ceux qui prévoient une hausse jusqu’à 150$ le baril à la fin de l’hiver. Ils mettent en avant le fait que tous les pays producteurs sont au maximum de leur possibilité et que l’hiver dans l’hémisphère nord va relancer la consommation. Seuls peuvent faire face à un surcroît de demande l’Arabie saoudite, le Koweit et probablement la Russie. Deux autres pays sont sous les projecteurs des spécialistes : le Nigeria et la Guinée équatoriale. Au Nigeria, la capacité théorique de production est de 2,5 millions de barils jours et la production réelle peine à atteindre les 2 millions. Lors de la dernière réunion de l’Opep, les Saoudiens ont accepté d’augmenter pour essayer de calmer le jeu, de 500 000 barils leur production quotidienne, ce qui a eu pour seul impact de compenser les défaillances nigérianes. Quant à la Guinée équatoriale, nouvelle éponge à pétrole, les potentialités sont énormes mais les infrastructures ne suivent pas ; les prévisions de production sont démenties chaque année. Simultanément, certains jouent les optimistes. Ils font valoir que dans les pires conditions d’extraction, le coût de revient d’un baril est de 70$ et que le coût du baril saoudien tourne autour de 3$. L’Arabie saoudite dégage un excédent budgétaire quand est atteint le niveau de 40$ le baril. Résultat, une hausse continue des prix alarme plutôt certains pays producteurs, notamment les Saoudiens et les Russes. « À 80 $ le baril, je serai le roi du monde » avait proclamé le vénézuelien Chavez quand il a pris le pouvoir en 1999. Or, personne n’a envie de le voir devenir le roi du monde. En février dernier, Poutine a rencontré le roi d’Arabie. On est loin du temps où les deux pays n’avaient pas de relations diplomatiques, époque vaillante du communisme militant à Moscou. « Il est indubitable que la Russie a un important rôle à jouer pour favoriser la paix » a été le seul commentaire officiel du roi d’Arabie. Mais les conversations sont allées bon train sur le vrai sujet. A savoir, comment engranger un maximum de devises grâce au pétrole sans faire de Chavez et accessoirement des mollahs iraniens les « rois du monde » ? Surtout qu’à Moscou, on se souvient des conséquences du deuxième choc pétrolier. Les réformes qui ont suivi dans les pays occidentaux ont réduit la consommation, les projections de rentrée de devises capable de soutenir l’économie vacillante du communisme finissant ont été démenties. Cela s’est terminé à la fin des années 80, en pleine déroute gorbatchévienne, par un baril à 10$. Moscou et Ryad se sont entendues pour éviter un retour à un tel scénario. Si le baril monte trop, le retournement peut être brutal et spectaculaire et menacer l’équilibre financier des pays producteurs. Depuis 2004 et les débuts de la flambée des cours, la consommation de pétrole est stable dans les pays de l’Ocde. Et maintenant qu’en France, Christine Lagarde fait la promotion du vélo, les économies d’énergie vont s’amplifier. Bref, en mars, le prix serait revenu à 50 $. Qui vivra verra. En attendant, nous marcherons, d’autant plus sûrement que les transports en commun vont se mettre en grève !!










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