Alors que Nicolas Sarkozy recevait mardi 20 novembre le président vénézuelien Hugo Chavez, Reporters Sans Frontières envoie, la veille de la rencontre, une lettre personnelle au bon Nicolas, lui priant de bien vouloir rappeler au « caudillo d’opérette » (Robert Ménart, sic) latino-américain « l’importance d’une presse libre » (www.rsf.org).Toutes les occasions semblent bonnes pour Robert Ménart, co-fondateur et président de RSF, pour démolir Chavez, porteur de la seule vraie alternative à l’ultralibéralisme mondialisé.
C’est ce que l’on peut lire en filigrane dans l’ouvrage de Maxime Vivas (écrivain, cyberjournaliste et ex-référent littéraire d’Attac-France), La face cachée de Reporters Sans Frontières, de la CIA aux Faucons du Pentagone, paru le 20 novembre aux éditions Aden.
Nul besoin de lire entre les lignes pour comprendre que l’auteur accuse, documents à l’appui, le président de l’organisation de sélectionner ses causes, défendues dans les cas où elles n’ont aucun lien avec les intérêts du gouvernement américain, si elles ne leur portent pas préjudice, ou mieux, lorsqu’elles sont déjà causes du Pentagone. Pourquoi le sort de Sami Al-Haj, journaliste soudanais d’Al-Jazira détenu à Guantanamo depuis 2001, intéresse si peu RSF –sur son site Internet, « son nom n’est mentionné qu’une seule fois depuis un communiqué sur Al-Jazira du 27 janvier »–, alors que, « par contraste, RSF lance régulièrement de grandes campagnes pour les journalistes européens enlevés par la résistance irakienne » (p. 91) ? Pourquoi tant d’acharnement à critiquer le manque de circulation des informations à Cuba sans insister pour autant sur la raison essentielle de cette lacune, l’embargo américain ?
À la base de ces partis pris, les financements de l’organisation. En mars 2005, « la journaliste états-unienne Diana Barahona a révélé [dans le Northern California Media Guild] que RSF perçoit des fonds gouvernementaux états-uniens via la NED (National Endowment for Democracy, Fondation Nationale pour la Démocratie)" ; une agence gouvernementale, qui « a accordé à RSF près de 40 000 dollars au mois de janvier 2005 » (p. 31). Il y a également le Center for a Free Cuba (CFC), organisation dont le but est de « renverser le gouvernement cubain », et qui offrait à RSF 92 330 euros en 2005 (p. 33).
De son côté, Robert Ménart confesse, mais précise que les 50 000 dollars accordés par le CFC en 2004 ne représentaient que 1,3 % du budget total de RSF. L’institution n’est certes pas Sans Frontières… politiques.
Pour autant, l’ONG est très souvent bien utile quand des journalistes sont mis en cause au nom de la non liberté d’expression.








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