La mode est à la pêche au gros à Marseille. La semaine dernière, de savants pêcheurs ont ferré un thon de 500 kg, une belle bête, mais qui ne rivalise pas avec la belle brochette alignée par le juge d’instruction de la Jirs (juridiction inter régionale spécialisée) Charles Duchaine. Le magistrat a ramené du bien beau monde dans ses filets et en premier lieu, comme l’a déjà évoqué Bakchich, le légendaire Roland Cassone. Présenté comme le grand patron incontournable du milieu marseillais est en garde à vue depuis hier soir. Le bon Roland a la réputation de faire autorité sur la région. Aucun coup sans son accord, aucune implantation sans son autorisation. Bref un grand, si ce n’est le plus grand.
Le solide Papy de 63 ans a été arrêté dans sa propriété de Simiane, dans l’arrière pays marseillais mercredi dernier, tout en faisant honneur à sa réputation. « Il a laissé les flics le cul par terre » siffle un avocat du Vieux-Port. Le charmant retraité a été appréhendé avec une grosse pétoire et une recharge de… 30 cartouches. Cerise sur le gâteau ; il arborait alors un superbe gilet pare-balles. « Il dort même avec depuis que son frère a été dézingué en 1978 ». Un méfiant en plus…Mais il est vrai que l’insécurité a même dû gagner la tranquille campagne de Simiane.
Au moins l’ami Roland a-t-il gagné un peu de tranquillité grâce aux poulets, une garde à vue de 96 heures, seulement usité pour les cas de terrorisme, stupéfiants et présentement de blanchiment de fonds en bande organisée.
Pour coincer le vénérable pater familias, les juges ont frappé au porte-feuille, « non justification de revenu ». Mais la traque a été longue et rien n’aurait été possible sans l’affaire dite des Marronniers et l’ami Paul Lantiéri.
En menant l’enquête sur cette tuerie et le rôle de Paul Lantiéri dans la fusillade, un autre juge marseillais, Serge Tournaire a trituré dans les affaires de M. Paul, à savoir le Cercle de jeux parisien Concorde sis rue Cadet et le restaurant aixois la Rotonde…
Or, les écoutes judiciaires ont révélé que Cassone et Lantiéri étaient bien souvent en conversation et blablataient beaucoup de la tenue de ces honorables établissements. D’où une vague de perquisition cette semaine, principalement à Aix-en-Provence et à Paris, dans les locaux du cercle de jeux, fermé depuis lundi. À croire que la flicaille soupçonne « la boîte à jeux » d’avoir servi de lessiveuse
Prévenante, la justice avait aussi, comme l’a révélé Bakchich, lancé de menues perquisitions en Suisse, en début de mois. Des opérations apparemment fort instructives. Un juge helvète a d’ailleurs passé quelques jours à Marseille ces derniers temps.
Sans doute une coïncidence, l’unique actionnaire de la brasserie du Cercle concorde et du restaurant la Rotonde, dont Lantiéri était jusqu’à l’été « gérant non associé », a son siège à Genève, la SA Sextius. Un joli nom, à la fois celui d’un cours fort agréable à Aix, et d’un bar assez plaisant (1,5 euro la tequila paf), sis cours Sextius.
Les comptes de la société ont été passé au peigne fin le week-end dernier et un gentil citoyen helvète a même eu droit à une convocation en bonne et due forme. Le président du conseil d’administration de la Banque des Patrimoines Privés, François Rouge était en garde-à-vue mercredi. Via Sextius, dont le représentant légal est le vice-président de la BPP, Rouge aurait investi quelques 6 millions d’euros dans les affaires de Lantiéri, « une avance jusqu’à ce que Paul soit revenu à meilleure fortune » a-t-il confessé aux limiers.
Ce ne sera pas pour tout de suite. Depuis le 25 novembre, Paul Lantiéri est officiellement en cavale. Son frère Antoine, n’a pas cette chance, il est, lui, en garde à vue.
Enfin, dernière grand nom à avoir eu les honneurs du Jirs pour une garde-à-vue dans ce dossier de blanchiment, Jacques Venturi, fils du doyen Nick Venturi. Un autre proche de Lantiéri, mis en cause il y a une quinzaine d’années dans un scandale qui toucha l’office marseillais des HLM.
Un bien beau feuilleton.










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