L’attentat meurtrier du 18 octobre à Karachi, dont Bénazir Bhutto avait réchappé par miracle, et les avertissements réitérées par les autorités du pays de menaces la visant, n’auront pas suffi à la dissuader de faire campagne. A l’issue du rassemblement organisé cet après midi à Rawalpindi, près d’Islamabad, dans le cadre de la campagne pour les élections législatives, l’opposante principale au régime de Pervez Musharraf a été victime d’un kamikaze qui, avant d’actionner ses explosifs, a pris soin de lui tirer deux balles, pour s’assurer qu’elle n’en réchappe pas.
Le chef de file du parti d’opposition, le Parti du Peuple Pakistanais (PPP), était rentrée d’exil cet automne après huit ans d’exil. Non pas pour répondre à un appel de son peuple. Elle n’était pas la favorite des Pakistanais et ses fidèles au sein du PPP ne couvrent qu’une frange minoritaire représentée par les couches moyennes et occidentalisées. Ses deux mandats de Premier Ministre, de 1988 à 1990 puis de 1993 à 1996, entachés d’accusations de corruption et d’autorisme, n’avaient du reste pas laissé que de bons souvenirs dans le pays. Mais elle bénéficiait en revanche d’une grande popularité au sein de la communauté internationale, et particulièrement outre-atlantique, ce qui a définitivement contribué à renforcer ses adversaires islamistes pétris d’anti-américanisme. Elle devait essentiellement son retour au Pakistan à la dégradation des relations entre l’administration Bush et le Président Musharraf.
Allié stratégique de la politique américaine dans la région de l’après 11/09, relais nécessaire à sa lutte contre le terrorisme et les Taliban en Afghanistan , Pervez Musharraf n’a pas satisfait aux demandes de son contributeur principal, qui l’a accusé de ne pas « tenir » ses engagements et de trop ménager ses franges islamistes radicales, y compris pro-Talibans, très actives dans le pays, pour sauvegarder son pouvoir. L’opportunité d’un accord sur un partage du pouvoir à l’occasion des élections législatives prévues pour le 8 janvier prochain, avec celle qui incarnait pour les Etats-Unis la transition démocratique avait fait son chemin, côté américain.
Pris en étau entre ses opposants islamistes et la nécessité de réagir à l’ultimatum de son allié, Musharraf avait donc avalé la couleuvre. Il avait accepté, non seulement de composer avec une « ennemie » soutenue par son allié , mais aussi de rendre son uniforme de Chef des Armées. L’attentat qui avait visé Mme Bhutto, le 18 octobre, lui avait permis de décréter l’état d’urgence dans le pays, et donc de lui interdire la tenue de rassemblements politiques. Les négociations quant à un partage concerté du pouvoir avaient été rompues à l’initiative de Bénazir Bhutto, qui était ainsi repassée dans l’opposition directe contre Musharraf sur le territoire.
Suite à de très fortes pressions internationales, Musharraf cédait et levait le 15 décembre dernier l’état d’urgence, permettant ainsi à la leader du PPP de refaire campagne dans le pays, en levant l’interdiction de rassemblement.
Quelques heures à peine après l’annonce du décès de Benazir Bhutto, Musharraf vient d’annoncer que le pays est placé en état d’alerte rouge. Les forces paramilitaires sont actuellement déployées sur l’ensemble du territoire. Un degré de plus que l’état d’urgence. Le terrorisme a bon dos. A quand la loi martiale ? Même accusé de ne pouvoir garantir la sécurité de sa population, victime de la recrudescencee d’attentats meurtriers dans le pays, et moins encore de ses opposants amis de ses amis, Musharraf reste le seul garde fou pour les Occidentaux à une déferlante radicale, qu’il compte bien exploiter pour se remettre en selle. A moins que le PPP ne puisse s’appuyer sur l’émotion en interne de ses partisans et à l’étranger de ses soutiens pour faire émerger un successeur légitime à la déjà figure « martyre » de Bénazir Bhutto, Musharraf signe son retour en grâce. A quel prix ! Et pour combien de temps ?










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