« Association de malfaiteurs, en vue de la commission d’extorsion en bande organisée, en vue de la commission d’assassinats et de corruption » : les chefs de mise en examen qui valent à Paul Barril de croupir aux Baumettes, la prison marseillaise depuis Noël, sont lourds et font tâche sur le CV d’une ex-vedette de la gendarmerie nationale, co–fondateur du GIGN, décorée de la légion d’honneur par Giscard d’Estaing.
Invité à commenter l’incarcération de son ancien frère d’armes, Christian Prouteau, explique que Paul est assurément un « vrai soldat », un « garçon courageux » mais tombé du côté « obscur » de la force. Baptisé « Tintin » par la presse dans les années 80, Paul Barril est–il devenu Dark Vador ?
Popaul nie farouchement toutes les accusations et notamment celle d’avoir prêté la main à des projets homicides dans le cadre de la guerre qui oppose des gangsters corses pour le contrôle du cercle de jeux parisien « Concorde ». Une affaire ultra-signalée, dont Bakchich a narré tous les rebondissements, qui place le ministère de l’Intérieur en première ligne. Dans le secteur ultra surveillé des jeux, seule la place Beauvau paraît n’avoir pas décelée la mainmise sur ce cercle de personnages notoirement connus de ses services…
Si le passé éclaire l’avenir, on peut pronostiquer que le bouillant capitaine ne devrait pas se laisser embastiller indéfiniment sans dégoupiller quelques grenades en relation avec cette singulière cécité. Bakchich avait d’ailleurs rencontré Barril quelques jours avant son incarcération. Un rendez-vous sous haute tension au cours duquel, le capitaine, se montre alors moins inquiet de ses problèmes cardiaques que de finir brutalement truffé de plombs. À l’extérieur du bistrot, un solide gaillard assure d’ailleurs les « arrières » du rendez-vous. Des explications recueillies, il ressort que, « oui », Barril a accepté de protéger le principal investisseur du Concorde, un banquier suisse en bisbille avec ses associés, mais pas au prix d’une confrontation directe avec le milieu.
Une attitude « suicidaire » explique-t-il, rappelant qu’il connaît suffisamment les corses pour ne pas tomber dans « cette folie ». C’est déjà en Corse, en 1975, que Barril accède à la notoriété lors de la prise d’otages d’Aléria. C’est encore Barril qui est expédié en Arabie Saoudite en 1979 lors de la prise d’otage de la Mecque… Retentissement international qui séduit jusqu’à Mitterrand lequel choisit en 1981 de faire du GIGN sa garde prétorienne. L’équipée des « mousquetaires du Président » tourne court. Irlandais de Vincennes, écoutes de l’Élysée, autant de scandales où Barril se trouve aux premières loges. Dangereusement ! Cas unique que d’être menacé de mort par son ministre de la Défense, Charles Hernu et d’en détenir la preuve sous forme d’enregistrement audio…
Entre deux best-sellers, Barril fonde sa société de sécurité. Si sa confrontation avec le pouvoir lui attire de violentes inimitées, elle ne dissuade pas nombre de clients de lui confier des affaires « délicates ». Service militaire à Berlin, nageur de combat, l’agent privé Barril conserve des liens éprouvés avec les Services. D’où une présence sur les théâtres d’opérations sensibles : Irak, Afrique, Moyen-Orient. En 1994, quelques heures seulement après le crash de l’avion du Président Rwandais, on le trouve déjà affairé – en plein génocide – à fouiller les décombres de l’appareil.
Au bilan, son casier judiciaire n’affiche pour l’heure qu’une modeste condamnation de 6 mois avec sursis pour « recel d’écoutes ».










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