Dans quelques semaines, on célèbrera comme d’habitude, et en grandes pompes, le 19ème anniversaire du coup d’Etat médico-légal en Tunisie, renversant Bourguiba. On fêtera donc 19 ans de tyrannie sous le joug d’un Général-policier que rien ne prédestinait à de telles hautes fonctions, en l’occurrence Zine El Abidine Ben Ali alias "le président Bac moins trois". Les laudateurs , les flagorneurs de tous poils trouveront là l’occasion d’encenser ce régime et son président, de rappeler avec zèle "les concrétisations" issues de la révolution tranquille grâce au génie de son réalisateur et les acquis incommensurables au pays "du miracle économique" (dixit Jacques Chirac). Pourtant, la réalité et les faits sont têtus. Diplomates étrangers, hommes politiques aguerris s’interéssant à l’évolution politique dans ce pays s’accordent à dire que tous les clignotants sont au rouge, que depuis une quinzaine d’années jamais ce régime n’a paru aussi vulnérable et sur ses nerfs, et qu’une atmosphère de fin de règne plane sur la vie quotidienne du pays. Laissons de côté la maladie du Général : nul ne sait avec exactitude de quoi il s’agit (on parle de cancer de la prostate qui a métastasé, de sérieux problèmes cardiaques, de soins réguliers en Allemagne etc.). Dans un régime démocratique, le médecin du président serait monté au créneau et rendu public son bulletin de santé pour faire le point et atténuer les rumeurs. Mais ne nous leurrons pas : nous ne sommes pas ici en démocratie, mais sous une dictature qui n’a rien à envier à celle qui régnait à Santiago à l’époque de triste mémoire de Pinochet.
De Pinochet à notre Zinochet national, les mêmes pratiques de répression continuent
Au lendemain de ce qu’on appelait alors "la révolution du jasmin", Ben Ali , pourtant connu pour ses mensonges et son art de la manipulation tout au long de sa carrière de militaire et de policier, avait promis le multipartisme et la liberté. Mais au bout de deux ans de répit, et dès 1990, l’une des plus féroces répressions s’abattit sur le pays, visant d’abord les islamistes dans le cadre d’un projet éradicateur et finissant par atteindre la Gauche démocratique, les indépendants, les journalistes libres, les militants des droits de l’homme. Si bien que lors de ces années noires, le pays aux belles plages tant encensées par une presse internationale peu enclin à s’informer comptait dans ses geôles ente 8 et 10 000 prisonniers politiques et d’opinion. Certains d’entre sont morts sous la torture ou suite de mauvais traitements dans une indifférence quasi générale… Le silence régnant dans les rues grâce à cette peur institutionnalisée, notre Général peut alors se consacrer à ses amours. Il divorce ainsi de sa première épouse et s’accorde les faveurs d’une…ex-coiffeuse, la belle et jolie Leila, cinquième d’une famille de onze enfants tous aussi délinquants, cupides et assoiffés de richesses.
L’ascension de Leila Trabelsi et de son propre clan
En une quinzaine d’années, c’est cette famille qui est devenue la plus riche et la plus influente du pays. Racket quotidien rappelant étrangement les pratiques de Cosa Nostra, accaparation de tous les marchés internationaux juteux, trafics de contrebande en tous genres, passant des cigarettes, aux pièces détachées et étendant ses tentacules jusqu’en Chine pour les faux Nike, par exemple. D’innombrables entrepots sont aujourd’hui mis à la disposition de la famille dans tous les ports du pays. De plus, les aéroports n’ont pas été épargnés puisque les free shop, les taxiphones, les restaurants sont passés sous leur coupe. Les entreprises publiques financent leurs entreprises privées à l’image de Tunisair, une compagnie aérienne publique de bonne renommée qui finance le kérosène, les produits de catering, l’entretien de la compagnie Kartago (qui figure sur la récente liste noire des compagnies aériennes) appartenant à Belhassen Trabelsi, frère de Madame. La douane ne perçoit plus ou presque de droits puisque ce sont les frères, soeurs, neveux et nièces de "la Présidente" qui les perçoivent en monnaie sonnante et trébuchante à l’arrivée des containers. Ainsi, des Domaines publics de l’Etat bradés à leur profit pour 0,65 euro le mètre carré en vue de les lotir et de les revendre à 300 fois le prix de leur acquisition car situés dans des zones fort prisées. Même les sites classés n’ont pas été épargnés… Et la liste des méfaits de cette mafia présidentielle peut s’allonger à n’en pas finir…
Et aujourd’hui ? La marmite chauffe
"Ventre affamé n’a point d’oreilles", a-t-on coutume de dire. La détérioration de la situation économique a fait que le pouvoir d’achat des citoyens s’est détérioré. Le chômage des cadres a atteint un niveau inégalé. On assiste à un nouveau phénomène de mendicité en col blanc. La population est surtout exaspérée par le comportement ostentatoirement ripoux du clan (voitures Hummer et autres Ferrari ne comportant aucune plaque d’immatriculation, prostitution de jeunes adolescentes encore à l’âge du lycée, racket organisé n’épargnant aucun commerce comme les cafés etc). C’est ce comportement voyou qui est en train de faire chauffer la cocotte, le tout sur fond de guerre de succession. L’ex-coiffeuse, de niveau primaire, a obtenu un diplôme de droit à Toulouse grâce aux entrées du Directeur du Cabinet présidentiel à l’université de la ville rose. Elle s’y voit déjà. Le couple se dispute aussi sur le nom d’un éventuel dauphin en cas de vacances du pouvoir et d’un empêchement qu’on dit imminent. Les chancelleries occidentales regardent avec intérêt l’évolution de la situation qui est plus qu’incertaine. Les Etats-Unis prennent certains contacts avec des opposants dans le cadre de réunions informelles. La conseillère politique de l’ambassade US est dans le collimateur du pouvoir (voir Le Point de cette semaine). D’ailleurs à chaque fois qu’un étranger s’intéresse à la situation calamiteuse du pays ou reçoit un Tunisien de l’opposition, celui-ci est traité de traitre sur les colonnes de la presse de caniveau officielle, et l’on brandit le principe de la souveraineté pour rappeler à l’ordre des étrangers. Drôle de souveraineté dans un pays qui subit de fait une occupation interne, qui reçoit des milliards de l’Union européenne, milliards détournés par cette oligarchie crapuleuse qui commence déjà à placer le fruit de ses détournements et de ses méfaits dans des paradis fiscaux. Au cas où. Car l’histoire a en effet de ces retournements de situation…








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