Les banques ont une aversion légitime pour le risque. Elles jouent avec l’argent qui leur est confié. C’est pour cela qu’elles ont toutes développé un corps d’inspection capable de contrôler les processus internes. La Société Générale était réputée pour être à la pointe dans ce domaine. Du moins jusqu’à hier, lorsque le président de la banque, Daniel Bouton, a dû avouer q’un de ses traders aurait fait perdre 4,9 milliards d’euros. Une fraude d’une ampleur inégalée, dont personne n’aurait détecté l’ampleur. Cette version est pour le moins étonnante dans un établissement où les inspecteurs sont les rois.
L’Inspection Générale : « le top du top » dans la banque
Cette élite bancaire conduit, en effet, sur le papier, "pour le compte de la direction générale, des missions d’audit et de conseil sur les activités du groupe Société Générale en France comme à l’étranger". Ses membres peuvent ensuite grimper dans les étages, à de très hautes fonctions dans l’institution. Aujourd’hui, 3 des 5 membres du comité exécutif issus de la banque viennent de ce corps, dont le directeur général délégué.
L’inspection recrute les élites des écoles de commerce et d’ingénieur. De nombreux polytechniciens, des HEC… Elle a le droit à tous les honneurs. Pour les étudiants qui se destinent à la finance et à la banque, l’inspection générale a été longtemps une voie royale. Certains bi-admissibles à l’ENA n’hésitaient pas à regagner ce corps privé. Pour les Polytechniciens qui ne pouvaient prétendre aux grands corps de la fonction publique, l’inspection générale de la banque offrait une sortie honorable.
Daniel Bouton, le PDG, lors d’un chat internet avec les salariés du groupe en février 2006, n’hésitait pas à dire : « L’Inspection Générale (avec des majuscules, excusez du peu) est la colonne vertébrale de la rigueur, de l’organisation et des valeurs. Si elle n’existait pas, j’essaierais de la créer ». Pour cet inspecteur des finances distant, donner des titres de noblesse à une institution privée n’est pas anodin. Ce corps est un des seuls qui, dans le privé, recrute par concours, une fois par an, comme pour entrer dans l’administration. Cette année, les candidats doivent déposer leurs dossiers avant ce 25 janvier 2008 (sic). Le concours se déroule en trois temps. Un écrit et deux oraux.
Des contrôleurs qui ont perdu de leur cote
Mais voilà : depuis une dizaine d’année, les métiers des marchés financiers ont commencé à être bien mieux rémunérés que les fonctions de contrôle. Même le PDG de la Société Générale n’est pas le mieux payé de sa banque. Et dans sa quête des meilleurs spécialistes des marchés, les grandes banques ont proposé aux plus brillants de ses cadres des places de commerciaux, d’analystes… Avec ses salaires plus modestes l’inspection générale a perdu la cote. Le contrôle est devenu moins valorisant.
Relâchement ? Inadvertance ? Ce "grand corps malade" n’a, semble-t-il, rien vu venir de la catastrophe. Si un trader seul a pu perdre 4,9 milliards d’euros, c’est-à-dire contourner tous les processus de sécurité mis et place et contrôlés, audités, par l’Inspection, sans que les contrôleurs ne s’en rendent compte à temps, il y a comme un problème. Ils ont même du souci à se faire. Et ils ne sont pas les seuls.
Ironie de l’histoire : rappelons que la Société Générale a été élue « Banque de l’année » et « Meilleure banque française » par la prestigieuse revue Euromoney en juillet 2006 et qu’elle a été pour la 2e fois consacrée « banque de l’année en France » par The Banker en décembre 2006. Aujourd’hui, elle décroche le titre peu envié de recordman de la « plus grosse fraude du siècle ». C’est ce qui s’appelle tomber de son piédestal.








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