Trois jours après l’attaque par un groupe armé contre l’Ambassade d’Israël de Nouakchott, qui a fait - selon les autorités mauritaniennes - plusieurs blessés, dont des Français qui circulaient à proximité, le groupe algérien d’Al Qaïda dans les pays du Maghreb islamique (AQMI) a revendiqué ce qu’il qualifie d’ « expédition bénie », via le canal habituel des forums clandestins pro-Al Qaïda accessibles aux seuls membres – mais que Bakchich ausculte régulièrement.
Signé par l’Emir en personne, Abou Moussaab Al Wadoud (voir l’article de Bakchich « Abou Moussab, dans la ligne de l’Emir »), signe de l’importance stratégique accordée au plus haut niveau à cette action, le communiqué, avec son titre « Nous voilà, Ô Gaza », inscrit d’emblée cette attaque dans le contexte régional actuel : « cet assaut vient dans une période où les juifs maudits font subir les pires affres à nos frères en Palestine : blocus injuste [imposé par Israël sur la bande de Gaza en janvier dernier, en représailles aux tirs de roquettes dans le sud de l’État juif, NDLR], sévices, tueries, expropriations (…) et dans le silence infâme des pays occidentaux et avec la complicité honteuse des « juifs arabes ».
« Notre carcan est encore plein de flèches »
Que les Palestiniens se réjouissent, affirme l’Emir, ils peuvent désormais compter aussi sur les « frères moudjahidines au Maghreb islamique ». « En guide de première vague » à leur contribution à la « cause », le choix s’est porté sur un pays (la Mauritanie) ayant des relations diplomatiques entières avec Israël. Et, donc, contre l’Ambassade, où « les moudjahidines ont ouvert le feu avec des armes légères et des grenades, et réussi à toucher un nombre indéterminé de Juifs et leurs gardes » ce que « le régime mauritanien s’est bien gardé d’évoquer », qui « n’a reconnu que trois Français » parmi les blessés.
Menaçant nominativement l’Ambassadeur israélien, Boaz Bismuth – « ne te réjouis pas trop vite d’y avoir échappé cette fois, notre carcan est encore plein de flèches » - il appelle « les enfants de l’islam et ses hommes au Maghreb » à s’inspirer de cette action pour « forcer les gouvernements collaborateurs à rompre les relations diplomatiques et commerciales avec Israël et à s’en prendre à leurs intérêts et leurs expatriés ».
Deuxième attaque en Mauritanie
Si la « cause » palestinienne a toujours figuré dans les références de l’ex-GSPC, comme tout groupe marquant son adhésion à l’idéologie internationaliste d’Al-Qaïda, elle était restée jusque-là au niveau du seul exercice rhétorique. Depuis son intégration dans l’organisation d’Oussama Ben Laden en septembre 2006, l’AQMI avait déjà innové en ciblant à plusieurs reprises des étrangers, dont la représentation des Nations Unies à Alger le 11 décembre dernier, qui avait fait 17 morts parmi ses membres.
Mais c’est la première fois qu’il vise directement Israël, l’ennemi préféré d’Al Qaïda avec les Etats-Unis. Et la deuxième fois qu’il opère en tant qu’AQMI à partir du territoire mauritanien, après l’attaque meurtrière contre des soldats au sud-est de Nouakchott le 26 décembre dernier.
L’assassinat des quatre Français deux jours plus tôt à Aleg, dans le sud du pays, n’avait, en effet, pas été revendiqué par le groupe, comme Bakchich l’avait révélé (voir article « Paris-Dakar, les vraies fausses menaces »). Les Français blessés dans cette dernière attaque, distingués officiellement du bilan parce que de nationalité étrangère, ont été victimes de balles perdues, comme l’enquête a pu l’établir.
Avis de décès
En réalité, en affirmant avoir ciblé un symbole de la normalisation arabe avec Israël, le groupe revendique être définitivement rentré dans la cour des grands méchants. Le message est d’abord un avis de décès : le GSPC algérien « résiduel », comme les autorités continuent de le qualifier, dont le combat se limitait au seul territoire national contre les seuls objectifs historique anti-régime et anti-Français – est bien mort.
Il peut désormais « mériter » son statut de branche Maghreb d’Al Qaida, capable de fédérer régionalement, tout en ratissant plus large internationalement, avec les dividendes qui en découlent pour son développement. Et démontrer ainsi qu’il est un bon soldat de l’international djihadiste, suivant à la lettre les directives du DG de la holding, comme il vient de le prouver.
Dans un document audiovisuel datant d’un an tout juste, que Bakchich a retrouvé, le numéro deux d’Al Qaïda, Al Zawahri appelait en effet « les frères en Mauritanie à s’opposer résolument par la djihad au gouvernement traître, qui a reconnu Israël et trahi la Oummah ». Et plus précisément, à « s’en prendre à l’Ambassade des juifs renégats pour l’en expulser de cette terre d’Islam ». Discipliné, l’Emir.










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